Drôles de Mondiaux… Après avoir fait le plein de spectateurs (40 000) vendredi soir pour la cérémonie d'ouverture et le marathon terminé par la victoire au sprint du champion olympique de Sydney, l'Ethiopien Gezahegne Abera, devant le Kenyan Simon Biwott (lire ci-contre), le Commonwealth Stadium s'est vidé de moitié samedi et dimanche matin. Le temps d'attribuer quelques titres, d'assister à une succession d'éliminatoires et de voir les Suisses Sabine Fischer (1500 m) et André Bucher (800 m) se qualifier pour les demi-finales de la nuit passée devant un aréopage de dignitaires olympiques et de VIP.

Mais la première partie de ce premier week-end des Mondiaux a surtout été marquée à Edmonton par l'«affaire Yegorova», un énième épisode de dopage qui risque d'alimenter la controverse ces prochains jours. Cette athlète russe de 29 ans, spécialiste du fond et du demi-fond, avait été contrôlée positive à l'érythropoïétine (EPO) le 6 juillet dernier lors du meeting de Paris. Une première dans l'histoire de l'athlétisme, née de l'initiative des organisateurs français à la veille de l'introduction officielle de ces tests aux championnats du monde (lire nos éditions du 3 août).

Or, samedi, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a levé la suspension de Yegorova «pour des raisons légales et de règlement». Motif? «Problèmes techniques». D'ordinaire, les tests de détection de l'EPO se font sur la base d'une double analyse sanguine et urinaire. Si le premier échantillon de sang et d'urine se révèle positif, un deuxième est analysé. Dans le cas de la coureuse russe, «un problème technique est intervenu lors de la contre-expertise, a expliqué le président de la Commission médicale de l'IAAF, Arne Ljungqvist. Nous voulions demander une nouvelle étude de cet échantillon B, mais nous nous sommes rendu compte que le Laboratoire parisien de Chatenay-Malabry (n.d.l.r.: celui-là même qui a inventé le test de détection basé sur l'urine) n'avait pas effectué l'analyse sanguine du premier échantillon. Le test n'était donc pas valable.»

Rien à voir cette fois-ci avec un quelconque repêchage d'un athlète par les instances de l'IAAF «en récompense de son palmarès», comme dans le cas du sauteur en hauteur Javier Sotomayor l'année passée. Mais l'affaire n'a pas tardé à provoquer la polémique dans un milieu déjà visé depuis de nombreuses années par les soupçons de dopage. Certains observateurs s'étonnent de ce dysfonctionnement dans l'application d'un procédé de détection qui n'a pas connu le moindre problème technique aux Jeux de Sydney et au Tour de France cycliste. D'autres ne peuvent s'empêcher de hausser les sourcils devant l'empressement de l'IAAF à liquider ce cas. D'autant que la grande dominatrice du demi-fond, Gabriela Szabo, avait émis de sérieux doutes sur la progression fulgurante cette saison d'une athlète qu'elle côtoie depuis sept ans, menaçant même de ne pas disputer les qualifications du 5000 m ce jeudi si la Russe était autorisée à y participer. «Je dois encore réfléchir», s'est bornée à commenter la Roumaine samedi. Mais le malaise né ce week-end ne se dissipera pas quelle que soit sa décision.

Frédéric Donzé