Les skieuses suisses ont réussi une nouvelle performance d’ensemble impressionnante ce mardi en Autriche, lors du très attendu slalom nocturne de Flachau. Elles sont trois à s’être classées parmi les six premières d’une course remportée par l’Américaine Mikaela Shiffrin. Les motifs de satisfaction sont multiples avec la troisième place de Wendy Holdener, synonyme pour elle d’un premier podium cette saison, et le cinquième rang d’une Michelle Gisin portée par sa régularité à lutter pour le grand globe de cristal.

Le grand public retiendra peut-être moins la performance de Camille Rast, sixième à 2"55. Mais c’est sans doute celle qui a le plus impressionné les spécialistes. La Valaisanne de 21 ans a non seulement réussi le meilleur résultat de sa carrière en Coupe du monde, mais elle l’a fait en revenant de très loin – assertion qui vaut au propre comme au figuré.

Dossard 57

Au sens propre: la jeune femme s’est élancée mardi avec le dossard 57, alors qu’en ski alpin, les meilleures partent en premier. Lorsque ont retenti pour elle les trois bips, les favorites étaient en bas depuis longtemps, et bon nombre de viennent-ensuite avaient déjà tenté leur chance sur une piste de plus en plus marquée, et donc de moins en moins propice à se démarquer. Au-delà des 30 premières concurrentes, les athlètes qui s’époumonent alors que les télévisions ont souvent rendu l’antenne n’ont qu’un objectif: skier suffisamment vite pour s’inviter dans le top 30, et donc en deuxième manche.

A Flachau, Marie-Therese Sporer, dossard 53, concède 3''34 sur la tête de la course – éliminée. Serena Viviani, dossard 54, pointe à 4''10 – éliminée. Martina Ostler, dossard 55, est encore plus loin, 4''78 – éliminée. Magdalena Egger, dossard 56, ne va même pas au bout. Et puis vient le tour de Camille Rast. Elle skie presque dans les temps des meilleures. Elle coupe la ligne d’arrivée à 1''93 de Mikaela Shiffrin pour s’emparer de la quatorzième place. C’est un véritable exploit. Elle le reproduira en seconde manche pour grappiller huit rangs supplémentaires au classement.

Hivers de galères

Son nom n’est pas inconnu pour ceux qui suivent le ski alpin assidûment depuis des années. Ils se rappellent peut-être qu’elle avait décroché la médaille d’or du slalom des Championnats du monde juniors en 2017. Que, quelques semaines plus tôt, elle avait signé son premier top 10 en Coupe du monde, une neuvième place en géant à Kronplatz (Italie). Elle avait alors 17 ans, un talent et un franc-parler à vous rappeler Lara Gut, et l’ambition qui va avec. Il y avait de bonnes raisons de penser qu’elle allait rapidement devenir incontournable.

Mais les trois hivers qui ont suivi furent rigoureux. Camille Rast a souffert d’une mononucléose tenace, puis elle a subi une rupture du ligament croisé antérieur, une blessure qui fait presque figure de passage obligé dans son sport. Lorsque nous lui parlons en novembre 2020, pour un article sur le caractère haché des carrières dans le ski alpin, oui, elle a le sentiment de revenir de loin.

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Elle n’avait, cette saison, pas encore réussi à se qualifier pour la seconde manche d’une épreuve de Coupe du monde, mais des performances encourageantes dans l’antichambre de l’élite qu’est la Coupe d’Europe – une deuxième place en géant, une troisième en slalom – montraient bien qu’elle était dans le coup. Ce mardi à Flachau, elle a prouvé qu’à 21 ans et après des années de galère, elle pouvait encore prétendre à un rôle en vue dans le spectacle du Cirque blanc.