Le tennis n'est pas épargné par la psychose du dopage. Mardi matin, un homme mandaté par l'Association olympique suisse s'est présenté à Gstaad en ayant l'intention de contrôler au moins deux joueurs suisses participant au tournoi. N'ayant pas été prévenus de cette démarche, les organisateurs et les représentants de l'ATP ne sont pas entrés en matière et ont simplement procuré au délégué de l'AOS le Media Guide contenant tous les détails sur le programme antidopage développé par l'Association des tennismen professionnels et la Fédération internationale de tennis.

Ce refus, conforme au règlement du circuit, a néanmoins fait jaser dans les coulisses et incité Jacques Hermenjat, directeur du tournoi, et Gerry Armstrong, superviseur de l'épreuve pour le compte de l'ATP, à venir s'expliquer devant la presse. De leur point de vue, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. «Nous sommes tout à fait prêts à collaborer avec des organismes nationaux qui désirent contrôler des athlètes. Nous leur demandons simplement de nous prévenir de façon à pouvoir coordonner nos efforts en matière de lutte antidopage. Nous venons par exemple d'effectuer de nombreux contrôles à Wimbledon, et cela n'a pas beaucoup de sens de recommencer quelques jours plus tard. D'autre part, nous n'acceptons pas qu'il y ait différence de traitement entre les joueurs. Il n'y a aucune raison à nos yeux de s'intéresser aux professionnels suisses et pas aux autres.»

Tant Jacques Hermenjat que Gerry Armstrong se sont par ailleurs déclarés surpris de l'amateurisme manifesté par l'AOS: «L'homme qui était censé procéder aux contrôles était seul et il s'exprimait avec peine dans une autre langue que le suisse allemand. Tout cela ne fait pas très sérieux. Notre programme de contrôle l'est plus, preuve en est le fait qu'il est agréé par le CIO.» De son côté, l'AOS a évidemment regretté de n'avoir pas été autorisée à effectuer des contrôles à Gstaad et déclaré qu'elle allait réfléchir à la suite à donner à cette affaire. La conclusion n'est pas nouvelle: tant qu'il n'y aura pas un organisme faîtier capable d'imposer le même type de contrôles à toutes les fédérations sportives, on ne fera pas beaucoup de progrès en matière de lutte contre le dopage.

A part cela, on a quand même joué au tennis sur les courts de l'Oberland bernois, et plutôt bien. Gustavo Kuerten, tête de série numéro un de l'épreuve, a notamment été éliminé au terme d'une rencontre spectaculaire à souhait par l'Américain Vince Spadea, qui possède le don de se surpasser face aux grands noms du circuit. Malgré deux occasions de faire le break à 5-5 dans le dernier set, malgré une balle de match en sa faveur dans le jeu décisif qui a mis un terme à la partie, le Brésilien a dû s'incliner face à un adversaire qui avait déjà battu André Agassi, Evgueni Kafelnikov, Karol Kucera et Richard Krajicek cette saison. Gustavo Kuerten fait désormais lui aussi partie de cet impressionnant tableau de chasse.