Après une semaine de navigation au près, de négociation laborieuse avec un anticyclone de Sainte-Hélène récalcitrant, le peloton a enfin retrouvé le plaisir de la glisse par vents portants. Mais aussi le stress inhérent à la vitesse.

A l'heure de passer aux choses sérieuses, de plonger vers ce fascinant Grand Sud qui donne des frissons au sens propre et au sens figuré, la tête de la flotte, emmenée par Sébastien Josse, cavale à 15 nœuds (28 km/h) de moyenne dans les quarantièmes rugissants. Un rythme soutenu qui use les hommes et les machines. «Je suis assez fatigué car j'ai beaucoup manœuvré ces dernières heures. J'ai empanné cette nuit et affalé le gennaker [grande voile d'avant] ce matin. Ça devenait un peu chaud dans ces conditions», racontait Josse hier après-midi. «J'ai actuellement entre 23 et 28 nœuds de vent, et ces grandes voiles de portant sont vraiment difficiles à tenir quand ça souffle fort. Je navigue maintenant sous voilure réduite. C'est toujours rapide et surtout bien plus stable. Cela va me permettre de prendre un peu de repos.»

Les écarts, qui s'étaient réduits à peau de chagrin ces derniers jours au cours d'une intense régate au contact, se sont à nouveau creusés un peu. Josse possède une avance de 44 milles (81 km) sur son premier poursuivant, l'inépuisable Loïck Peyron.

Finalement, le délicat passage de l'anticyclone de Sainte-Hélène, qui a sérieusement freiné les premiers, n'aura pas complètement bouleversé le classement. Leaders de la première heure, Josse et Peyron sont les premiers à avoir touché la bascule du vent pour filer sur l'autoroute des dépressions australes. Derrière eux, en revanche, les choses ont bougé. Yann Eliès et Roland Jourdain se sont hissés respectivement aux 3e et 4e places. Jean-Pierre Dick a rétrogradé.

Ce resserrement de la flotte aura permis d'assister à de fulgurantes progressions. A commencer par celle de Michel Desjoyeaux. Le vainqueur de l'édition 2000, revenu aux Sables-d'Olonne le lendemain du départ pour réparer, est remonté à la 11e place et n'est plus qu'à 200 milles du premier. Son statut de chasseur le contraint à naviguer un cran au-dessus des autres. Au passage, il a d'ailleurs brûlé la politesse à Dominique Wavre.

L'autre remontée spectaculaire est celle de Bernard Stamm, le plus rapide de la flotte depuis plusieurs jours. Au moment de s'élancer à nouveau après son arrêt au stand, le Vaudois voguait à la 25e place et accusait un retard de 1500 milles. Il est désormais 19e à 717 milles. Comme Desjoyeaux, il n'hésite pas à appuyer sur le champignon. Alors que certains, devant, songent à mettre la pédale douce, craignant de finir dans le rouge.I.M.