Contrat signé: la chaîne de télévision Al-Jazira servira de relais à l'Euro 2008 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. En attendant, Lucerne se trouve sous le feu des projecteurs, ce dimanche, à l'occasion du tirage au sort de la phase finale. Retransmis dans 138 pays depuis le splendide Centre de la culture et des congrès, l'événement doit définitivement plonger tout le monde dans le concret. A commencer par les sélectionneurs des seize pays impliqués (voir infographie), qui observeront le maître de cérémonie - Roger Federer? - tirer les petites baballes avec une grosse boule à l'estomac. Juste pour rire, on rappellera qu'un groupe réunissant Pays-Bas, Italie, Allemagne et France est envisageable.

Pour beaucoup de monde, donc, l'Euro commence ce dimanche midi. Les six cents invités, de même que les quelque 120 millions de téléspectateurs escomptés, auront droit au ténor espagnol José Carreras, aux Petits Chanteurs de Vienne, au Chœur de Bach de Berne et à l'Orchestre de l'ORF. Histoire de ne pas éviter les clichés, Eliana Burki se produira au cor des Alpes. «Après avoir traversé beaucoup de soucis et connu quelques craintes, nous entrons dans la phase où les gens se réjouissent de cet événement exceptionnel», constate Peter Gilliéron, secrétaire général de l'Association suisse de football (ASF). «Si on inclut la phase de candidature, nous travaillons sur ce projet depuis plus de sept ans. Aujourd'hui, c'est un sentiment de fierté qui prédomine. C'est très beau d'en être arrivé là. Nous continuons à avoir beaucoup de respect face à l'ampleur de la manifestation, mais je crois que les principaux problèmes sont derrière nous.»

Le budget alloué à la sécurité, initialement fixé à 3,5 millions de francs, s'élèvera en fin de compte à 82,5 millions. Une «erreur» de calcul qui a fait jaser mais si tout se passe bien, qui s'en souviendra? L'agrandissement du Parc Saint-Jacques de 30 000 à 40 000 places ne s'est pas fait sans mal, mais le résultat est probant et l'équipe de Suisse évoluera dans un cadre propice au dépassement de soi et, si possible, des autres. Ecueil principal rencontré par les organisateurs helvétiques, le dossier du stade zurichois a finalement trouvé une issue heureuse grâce au remplacement du Hardturm par le Letzigrund. «Lorsque l'UEFA nous a fixé un ultimatum à ce sujet, j'avoue avoir vécu des moments très difficiles», reprend Peter Gilliéron. «Maintenant, tout est prêt pour que nous vivions un événement unique dans une vie.»

«L'émotion au rendez-vous», tel est le slogan du raout de juin - le match d'ouverture se joue le 7, la finale le 29. Une étude prévoit un chiffre cumulé de 8 milliards de téléspectateurs sur les 31 rencontres agendées, un gros million de chanceux aura accès au stade et des centaines de milliers se rueront au pied des écrans géants disséminés dans toute la Suisse. Si les quatre villes hôtes - Bâle, Berne, Genève et Zurich - proposent des installations gratuites aux visiteurs, UBS a opté pour une formule semi-payante. Tous ceux qui souhaitent suivre les rencontres dans l'une des seize «Arena» prévues à cet effet paieront 11 ou 16 francs, selon l'affiche, pour une place assise en tribune. «L'organisation de telles structures, si on tient compte du montage, du nettoyage et de la sécurité, est très onéreuse», argumente Philippe Margraff, directeur du marketing à l'UEFA, volant au secours de l'un des quatre partenaires nationaux helvétiques.

«Au-dessus d'eux, on trouve dix sponsors officiels internationaux, dont la vocation est d'alimenter l'intérêt global de l'événement sur les marchés, à raison d'environ un tiers sur l'Asie, un tiers en Amérique et un en Europe», expose le Français. Si la Confédération a renoncé, faute de parrains, au projet culturel qu'elle avait échafaudé dans le cadre de cet Euro, de nombreuses marques tentent de s'y associer par tous les moyens. Un phénomène surveillé avec au moins autant d'acuité que la menace constituée par les hooligans. «C'est un problème de propriété intellectuelle», poursuit Philippe Margraff. «Nous allons, à l'aide de tous les outils juridiques dont nous disposons, protéger nos droits et lutter contre toute forme de marketing parasitaire. Il faut le faire, ne serait-ce que par respect pour tous ceux qui se sont engagés à nos côtés.» Migros, qui a émis l'envie de mettre sur pied des manifestations parallèles, est prévenue...

Afin de mesurer l'ampleur de cet Euro, rien de tel qu'une étude. Celle menée par l'institut Rütter+ Partner table sur la visite d'environ 1 million d'étrangers en Suisse. Le chiffre d'affaires total devrait se situer entre 1,1 et 1,5 milliard de francs. Le canton de Vaud, qui abrite le siège de l'UEFA et profitera de l'événement de par sa situation entre Berne et Genève, a annoncé vendredi qu'il consacrera 4 millions de francs pour «permettre à sa population de participer à la fête et montrer aux visiteurs les atouts de la région lémanique».

Bref, tout semble prêt, y compris les CFF qui prévoient quelque 2500 trains supplémentaires pour l'occasion, auxquels les détenteurs de billets auront accès gratuitement. Tout semble prêt sauf, accessoirement, l'équipe de Suisse. Or, personne ne conteste le fait que la réussite d'une grande compétition passe par une bonne performance du - des en l'occurrence - pays organisateur. «Il vaut mieux aligner les performances douteuses avant la compétition que pendant», temporise Peter Gilliéron. «Il est temps de passer aux matches à enjeu. On va faire mieux à l'avenir, j'y crois. Quant à nos adversaires, je n'ai pas de préférence. Quel que soit le tirage, tout sera possible.»

Il n'empêche qu'après avoir écouté José Carreras et les Petits chanteurs de Vienne, Köbi Kuhn préférerait sans doute «toucher» la Suède, la Roumanie et la Pologne que se coltiner l'Italie, l'Allemagne et la France.