Ça commence comme une chronique du hooliganisme ordinaire. Nous sommes le 30 octobre, veille du derby sudiste de Ligue 2 (2e division française) entre Montpellier et Nîmes. Cinq ultras du club de l'Hérault se rendent nuitamment dans la capitale du Gard et saccagent de fond en comble les locaux des Gladiators, leurs homologues nîmois. Sans doute pour leur «mettre la pression».

Les voyous se font pincer, comparaissent céans devant le Tribunal correctionnel de Nîmes - ce qu'autorise la nouvelle loi sarkozyste - et sont aussitôt condamnés à des peines de prison: trois ans dont six mois ferme pour le leader Sylvain S., un an avec sursis pour les quatre autres.

C'est alors que le quotidien Le Midi libre révèle, dans son édition du 6 novembre, un étrange détail, grâce à une information fournie par le président de la Cour lors du rappel de la procédure.

La veille du casse, le dénommé Sylvain S. avait reçu sur son portable un texto ainsi libellé: «On va enculer ces PD de Nîmois!!!!!!!!!» Message explicite émanant de Laurent Nicollin, président délégué du FC Montpellier-la-Paillade, fils du truculent Louis Nicollin, dit «Loulou», lui-même patron omnipotent du club depuis des lustres.

Incitation à la violence? Propos homophobes? Le lendemain, Nicollin fils s'excusera en ces termes sur le site internet du club: «Le SMS n'a pas été envoyé en qualité de président délégué mais à titre privé. J'ai commis l'erreur d'utiliser un langage de supporter. Je tiens à exprimer mes regrets pour ce vocabulaire qui n'est pas le reflet de ma personnalité.»

Pas l'ombre d'une plainte n'ayant été déposée à son encontre par les dirigeants nîmois, Laurent Nicollin ne sera pas inquiété par la justice. Reste que cette histoire illustre à souhait le fait que, derrière les groupes d'ultras, sévissent souvent des responsables de clubs, voire des hommes politiques d'extrême droite. En Italie, plusieurs enquêtes ont été diligentées. A ce jour, aucune n'a abouti.