Monsieur Cendrillon a donc des émotions. Marin Cilic, le jeune et longiligne Croate (21 ans, No 14, 1m98 pour 81 kilos) invité surprise de ces demi-finales masculines, était déjà affublé du sobriquet «d’Iceman» (homme de glace) – comme le skieur grison Carlo Janka – tant il paraissait insensible à toute pression psychologique depuis le lancement de l’Open d’Australie 2010. A son tableau, Fabrice Santoro, Bernard Tomic, Stanislas Wawrinka (No 19), Juan Martin Del Potro (No 4), Andy Roddick (No 7), sans que cela provoque chez lui une réaction de type humain, en dehors de «Je n’ai peur d’affronter aucun des top-10».

Jeudi soir, cependant, l’homme sans nerfs a dû mettre un genou en terre devant sa seigneurie Andy Murray (No 5), premier qualifié en vue de la finale de dimanche. Non pas tellement parce que le Britannique, vainqueur de Rafael Nadal par abandon au tour précédent, a délivré un tennis de conte de fées (très loin de là), mais parce que Cilic a lui-même commis de grosses bévues en abattant ses deux atouts majeurs: son premier service (6 doubles fautes), et surtout son coup droit long de ligne, imprenable lorsqu’il fuse avec précision. Au bas mot, une bonne trentaine d’erreurs non provoquées sur… 54 au total. 3-6 6-4 6-4 6-2 en 3h02’, «Iceman» a fini par craquer tout seul.

Corollaire, Andy Murray n’a rien entrepris de très spectaculaire afin de mériter une étiquette de finaliste haut de gamme. Avare de son talent pourtant reconnu, l’Ecossais n’a fait qu’attendre que son opposant galvaude les points, hormis de parcimonieux coups de grâce où un passing millimétré suivait une volée amortie.

Mais le plus souvent, adepte d’une sorte de «tennis catenaccio», Murray est resté planté sur sa ligne de fond, soutenant l’échange avec l’espoir que Cilic «se plante» avant lui. On appellera ça une tactique ultra-défensive payante. A l’instar, comparaison footballistique, de l’Inter Milan de Helenio Herrera dans les années 1960. Dimanche, il faudra peut-être que Mr Murray daigne attaquer un minimum pour prétendre toucher le Graal.