L’hymne espagnol n’est que musique, et non paroles. Autrefois, oui, La Marcha Real se mariait à un propos. Cependant, au terme de la guerre civile de 1939, le dictateur – général Francisco Franco l’accoutra d’une inédite poésie que l’histoire voulut oublier; la musique se suffirait à elle-même. Puis, en 2008 – dans un épisode moins dramatique –, un concours du Comité olympique espagnol suscita 7000 vocations d’écriture. Le texte élu, même plébiscité par Placido Domingo, provoqua surtout rictus ou mépris. Le poète José Manuel Caballero Bonald traduisit ainsi, dans le quotidien El Pais, un sentiment répandu: «Que l’hymne ait des paroles ou pas m’est complètement égal, et en ce qui me concerne, ils peuvent même retirer la musique!» Elle est restée et, même seule, prouve qu’on peut faire beaucoup de bruit sans prononcer un seul mot.

Ainsi la présidente de la Région de Madrid Esperanza Aguirre a-t-elle provoqué un tollé, proposant que la finale de la Coupe d’Espagne, qui doit opposer demain (à Madrid) l’Athletic Bilbao et Barcelone, se dispute à huis clos. Elle craint que l’histoire ne se répète. Le rapport? En 2009, l’affiche était similaire, et des supporters des équipes basque et catalane avaient hué La Marcha Real. «Les outrages au drapeau ou à l’hymne national sont des délits inscrits au Code pénal, a rappelé Esperanza Aguirre sur les ondes de la radio Onda Cero. On ne peut pas les tolérer et, à mon avis, le match devrait être reporté et joué à huis clos ailleurs.»

De quoi enflammer les esprits entre Castille, Catalogne et Pays Basque. «Pourquoi tu ne la fermes pas?», a titré hier le quotidien sportif catalan El Mundo Deportivo, tandis que le président de Barcelone, Sandro Rossell, exhortait les supporters à «exprimer librement leur sentiment». La liberté d’expression, Esperanza Aguirre la revendique justement, elle aussi, pour légitimer sa prise de position. Elle dit se ranger à l’avis de Nicolas Sarkozy. Il n’y a que le décor qui évolue: en 2008, avant une partie contre la Tunisie, l’interprétation de La Marseillaise – par la chanteuse Lââm – avait été brouillée par des sifflets. Dans la foulée, le gouvernement français, selon les vœux de l’ancien président, avait décrété que toute action de ce genre avant un match entraînerait son annulation.

Les hymnes nationaux ont souvent constitué un thème de discorde. En Suisse aussi (contre la Turquie). En 2005, Sepp Blatter n’excluait pas de les bannir; mais il songeait aux compétitions internationales, pas aux fiertés basque et catalane.