La Formule 1 va bien devenir américaine. Il ne manque plus que l’aval de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), et le groupe Liberty Media compte bien l’obtenir avant le premier grand prix de la saison 2017 le 26 mars. Ses actionnaires ont, lors d’une assemblée générale extraordinaire à Englewood (Colorado), donné leur accord pour le rachat de la franchise, devisé à 8 milliards de dollars et annoncé en septembre dernier.

Une nouvelle ère va s’ouvrir pour la F1. C’est la fin d’une période de plus de dix ans sous le contrôle du fonds d’investissement CVC Capital Partners, basé au Luxembourg, mais aussi celle - qui se fera «progressivement, sur deux ou trois ans» – du règne de Bernie Ecclestone (86 ans), appelé à laisser sa fonction centrale à Chase Carey. Mais sera-ce pour autant la fin des soucis de la catégorie?

Un moteur puissant

La Formule 1 est une grosse machine. «Elle concernait en 2016 cinq continents, 21 pays, 21 courses, 400 millions de fans et une population très intéressante pour les sponsors et les annonceurs, se félicitait récemment Gregory Maffei, le directeur exécutif de Liberty Media. C’est assez rare, et pratiquement impossible, de pouvoir acheter une franchise sportive de cette taille. Vous ne pouvez pas acheter les Jeux olympiques ou la FIFA.» Assurément, le moteur du championnat du monde est puissant. Mais sa mécanique est un peu rouillée.

Depuis 2008, il a perdu un tiers de ses téléspectateurs et les spectateurs sont également de moins en moins nombreux autour des circuits. Une érosion de la popularité attribuée au manque de lisibilité de la compétition (le règlement évolue sans cesse) et à l’absence de suspense, contrasté en 2016 par le duel enflammé entre Rosberg et Hamilton mais confirmé par l’impossibilité de tous les autres à remettre en cause la domination des deux Mercedes. Les voix critiques ne manquent jamais une occasion de pointer du doigt les responsabilités de la direction de course dans ces différents dossiers.

Un rachat porteur d’espoirs

Dans ce contexte, le rachat par le groupe du milliardaire John Malone, actif dans des secteurs variés (production de films, télévision, management sportif) et l’arrivée de Chase Carey à la place de Bernie Ecclestone est porteur d’espoirs.

«C’est peut-être une bonne nouvelle qu’une compagnie américaine reprenne la F1, déclarait l’automne dernier le directeur sportif de Mercedes Toto Wolff. Il y a des choses que nous pouvons apprendre de la méthode américaine, particulièrement dans le domaine numérique. Tout va être étudié de près et analysé pour voir ce qui doit changer et ce qui doit subsister.» De fait, Liberty Media a une vision bien précise de ce que deviendra la Formule 1 sous son contrôle: «l’équivalent du Super Bowl», rien de moins que la finale du championnat de football américain.

A la conquête des Etats-Unis

Fin décembre, le Financial Times révélait que les intentions du groupe étaient d’organiser autour de chaque grand prix une semaine complète d’événements pour dénicher de nouveaux publics et de nouveaux sponsors, mais aussi d’étendre la présence de la F1 aux Etats-Unis. Une seule course du championnat – dont les racines européennes remontent aux années 1920 – s’y déroule pour l’heure, à Austin (Texas). Liberty Media songerait à installer de nouveaux grand prix dans des villes représentant des marchés importants (New York, Los Angeles, Las Vegas et Miami).

Mais l’objectif serait d’ouvrir de nouveaux horizons sans négliger les bases historiques du championnat du monde. Ainsi, à Silverstone, les organisateurs du Grand Prix de Grande-Bretagne – qui ont menacé de se retirer du circuit dès 2019 parce que la course était devenue trop chère à mettre en place – voient l’arrivée de Liberty Media d’un très bon œil. «Le changement de propriétaire devrait être profitable à moyen terme, a expliqué le directeur John Grant au site Motorsport.com il y a quelques jours. Liberty semble sincèrement sensible à notre point de vue. Il faut repenser l’équation économique.»

Nous avons besoin d’une vision commune

Gérer son nouveau produit de manière concertée semble être l’intention du groupe américain. Entre les différents acteurs, «nous avons besoin d’une vision commune», soutient Chase Carey. Mais cela passera bien sûr par une revalorisation du spectacle, à commencer par l’intérêt des courses en elle-même. Et sur cette question, certaines sources prêtent à Liberty Media la volonté de rouvrir un des débats les plus enflammés de la Formule 1: l’introduction d’un plafond budgétaire pour les écuries, afin de limiter les différences de moyens et de remettre l’affrontement sportif au premier plan.

Pour l’heure, c’est bien l’affrontement technologique entre les constructeurs qui est en évidence. L’arrivée de Valterri Bottas chez Mercedes vient d’en apporter une nouvelle illustration. Le pilote finlandais n’est pas un cancre de la Formule 1, mais il n’a jamais ni signé de pole position ni remporté de grand prix. En remplaçant Nico Rosberg, il devient dans l’esprit des observateurs à la fois le coéquipier de Lewis Hamilton et son principal contradicteur pour le titre. C’est dire le travail qui attend Liberty pour rendre la F1 moins prévisible.