Après la Suisse, après les banques, l'Olympisme. A travers l'histoire des Jeux de Berlin et de leur captation par le national-socialisme avec le consentement passif du CIO, on observe à quel point, à l'époque déjà, le principe du «non-politique» affiché par le comité est irréaliste et porteur de compromission. C'est cette même politique de l'autruche qui permit au CIO de ne pas protester énergiquement contre le massacre de la jeunesse mexicaine, sur la place des Trois-Cultures, à la veille des Jeux de Mexico en 1968. De célébrer à Moscou l'amitié entre sportifs au lendemain de l'invasion soviétique en Afghanistan. De pactiser avec le régime combien musclé de la Corée du Sud pour les Jeux de 1988. Ou qui sait, demain, d'oublier Tiananmen et les droits de l'homme en Chine pour confier des Jeux à Pékin.

Le Centre Simon Wiesenthal, en brandissant des accusations de corruption relativement mal fondées contre Avery Brundage et le comte Baillet-Latour, entend surtout réveiller une mémoire défaillante quant aux compromissions dont l'Olympisme s'est rendu coupable jadis. Il tient là un os qui, si le débat est relayé par les médias, pourrait faire paraître dérisoire le récent scandale sur les pots-de-vin. En effet, au-delà des personnes et de leurs «petits arrangements entre amis», c'est l'attitude tacitement complice d'un CIO composé de notables indifférents au drame juif face au 3e Reich – sinon sympathisants de l'idéologie hitlérienne – qui est en la cause. Si elle ne fait pas l'objet d'une réévaluation par le CIO, cette mise en lumière de pages combien sombres dans l'histoire du mouvement de Pierre de Coubertin pourrait porter un coup définitif à ce fameux «idéal olympique» que l'institution s'obstine à proclamer envers et contre des faits têtus et qui n'apparaît aujourd'hui que comme une coquille vide. Juan Antonio Samaranch peut trouver là une belle occasion de réhabiliter l'Olympisme dans l'opinion en désignant une commission ad hoc chargée d'examiner comment les principes dont il se targue aujourd'hui résistent à la lumière du passé. Et, qui sait, de redéfinir quelques valeurs de base qui assureraient une nouvelle crédibilité à un mouvement aujourd'hui complètement discrédité.

M. My