Tennis

Le lien privilégié de Stan Wawrinka avec l’US Open

A bien des égards, c’est le Grand Chelem de ses premières fois. Tout a commencé en 2005 et sa victoire sur Puerta, alors 10e mondial. Pour «Le Temps», le Vaudois revient sur ses moments forts à Flushing Meadows. Confidences

Certes, c’est à l’Open d’Australie qu’il a fait le plus grand pas. De ceux qui vous changent une vie et même un homme. En janvier 2014 à Melbourne, Stan Wawrinka entre dans le club très fermé des vainqueurs de Grand Chelem. Mais une telle victoire n’arrive pas par hasard. Elle se construit lentement. Un résultat majeur, fruit d’une somme d’exploits mineurs. Et en cela, les petits pas effectués à l’US Open depuis plus de dix ans ont une forte résonance dans la carrière du numéro 3 mondial. A maintes occasions, Flushing Meadows fut le théâtre de ses premières fois. Des expériences qui créent des liens, laissent des souvenirs uniques.

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Lundi, après son match remporté face à Illya Marchenko et sa qualification pour son quatrième quart de finale consécutif à l’US Open, Stan Wawrinka accepte de confier ses souvenirs au «Temps». Dans les couloirs, entre sa douche, une apparition sur le plateau d’Eurosport International et sa conférence de presse. Rendez-vous à la sortie du vestiaire. Et on démarre; au propre comme au figuré. Mais il a à peine le temps de commencer à répondre à la première question que quelqu’un l’arrête. Pour le féliciter. C’est Jill Smoller, l’agent de Serena Williams. Il lui colle une bise et la félicite en retour pour la performance de la numéro 1 mondiale, qualifiée elle aussi pour les quarts.

Magnéto!

On repart. Magnéto. «C’est clair que c’est un tournoi que j’ai toujours apprécié. Il se situe vers la fin de la saison. Beaucoup de matches ont déjà été joués. Ce sont des conditions qui peuvent être difficiles physiquement et mentalement. On le voit, chaque année, il y a beaucoup de joueurs qui abandonnent pendant les matches à cause des conditions ou de blessures. Moi, ça m’a toujours plutôt bien convenu. Je me suis toujours senti bien et mes résultats le montrent.»

On continue de marcher tout en parlant, trois colosses de la sécurité pour l’accompagner et nous frayer un chemin. Laisserait-il entendre que c’est un tournoi pour les durs? «Non, je ne dirai pas ça. Simplement, ce sont des conditions de jeu sur une surface en dur, plutôt lente, avec les balles Wilson qui me conviennent assez bien. Tout cela me laisse le temps d’imposer mes frappes, mon jeu. C’est vraiment un revêtement qui me plaît contrairement à celui de Cincinnati, par exemple, beaucoup plus rapide.»

C’est pour ça aussi qu’il se réjouit de rejouer sur le court Arthur Ashe, ce mercredi, pour son quart de finale contre Del Potro. Parce que le Louis Armstrong, sur lequel il a frôlé l’élimination samedi face à Daniel Evans et lâché un set lundi contre Illya Marchenko, est plus rapide que les années précédentes. «Il a été peint un mois avant les autres et ça change tout. Entre le Louis Armstrong et le Ashe, ce n’est pas le même tournoi.»

Les premières fois

On arrive près du studio Eurosport International. La caméra tourne et pointe sur nous. Mats Wilander l’attend impatiemment. Pause. Le plateau télé terminé, il signe quelques autographes au passage et on reprend. Venons-en à ses premières fois. Stan Wawrinka fouille dans sa mémoire et remonte le temps.

2005. «C’est là que j’ai battu mon premier joueur du top dix mondial. Mariano Puerta. Je m’en souviens parce que c’est l’année où il atteint la finale de Roland-Garros. Je le bats en cinq sets.» Le Vaudois n’a alors que 20 ans et pointe à la 62e place du classement ATP.

2008. «Je dispute mon premier huitième de finales face à Andy Murray, si je me souviens bien…» En réalité, sa mémoire lui joue un tour sur ce coup-là. Le premier huitième, c’est en 2007. Alors 47e joueur mondial, il affronte l’Argentin Juan Ignacio Chela (22e) et perd en cinq sets au terme d’un match marathon. Mais en 2008, année de sa première entrée dans le top 10 du classement ATP, il se hisse au même stade et c’est là qu’il s’incline face au Britannique alors 6e joueur mondial. «C’était aussi ma première night session. Forcément impressionnant. Ça avait été difficile pour moi. J’avais perdu en trois petits sets.»

2010. «J’atteins les quarts de finale d’un Grand Chelem pour la première fois. Je perds contre Mikhail Youzhny (ATP 14) malheureusement. J’étais arrivé un peu à bout physiquement contre lui. J’avais enchaîné pas mal de très gros matches, notamment au tour précédent contre Sam Querrey en cinq sets. Mais j’avais surtout battu Andy Murray au troisième tour sur le court Louis Armstrong. C’était ma première victoire contre un membre du big four. Je passais clairement un stade. C’étaient des émotions que je n’avais pas encore vécues en Grand Chelem, le fait de gagner un si gros match et de pouvoir disputer un quart sur le central. Des moments qui restent.»

2013. «Première demi-finale, contre Novak Djokovic. De toutes ces premières fois, c’est celle qui m’a le plus marqué, forcément. En plus, c’est l’année où j’avais perdu contre lui en huitièmes de finale à l’Open d’Australie (10-12 dans le 5e set). Du coup, ça faisait écho à cette défaite qui m’avait fait très mal, mais qui s’est avérée constructive puisqu’elle a eu l’effet d’un déclic. Après, en avril, j’avais commencé à gagner pas mal de matches. C’est l’année où je reviens dans le top 10. Alors cette demi-finale contre Djokovic était symboliquement très importante. Mes plus belles émotions à l’US Open. Quatre heures en plein soleil, à midi, avec une standing ovation à la fin du match pour les deux. C’étaient des frissons, des sensations incroyables. J’avais fait le maximum et il avait été tout simplement meilleur à la fin.»

Ces sensations l’ont porté jusqu’en Australie quatre mois plus tard, pour l’aider à passer le cap ultime et décrocher une première couronne inespérée. «Toutes ces étapes aident. L’année de cette première demi-finale en Grand Chelem, j’avais aussi atteint mon premier quart à Roland Garros. Je gravissais les marches petit à petit.» Nous sommes arrivés devant la salle d’interview numéro 1. Du passé, il va devoir revenir au présent et même se projeter vers l’avant. Pour sa conférence de presse sur son match du jour contre Marchenko et le choc à venir contre Del Potro en quarts de finale.

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