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En Liga, l’Atlético Madrid part comme favori

En battant le Real 4-2 en Super Coupe d'Europe, le club entraîné par Diego Simeone confirme qu'il peut s'adjuger le championnat espagnol cette année

Il y aurait de quoi avoir jeté l’éponge depuis longtemps avec un voisin aussi vorace. Le Real Madrid rafle tous les titres ou presque depuis plus de soixante ans, sur la scène nationale comme continentale, a été élu meilleur club du XXe siècle et détient les trois dernières Ligues des champions. Mais l’Atlético de Madrid n’est pas fait de ce bois-là. La Liga reprend ses droits ce week-end et jamais davantage que cette saison les Colchoneros n’ont semblé armés pour devenir champions d’Espagne. Ils en ont apporté une première démonstration mercredi soir en prenant le meilleur sur le Real pour s'adjuger la Super Coupe d'Europe (4-2 après prolongations).

Vêtu de noir de la tête aux pieds, Diego Simeone incarne à merveille l’abnégation à toute épreuve de ses hommes, leur refus épidermique de la défaite et de l’ordre établi, jusque dans son regard possédé et dans sa gestuelle contagieuse. Ancien joueur de la maison (1994-1997, puis 2003-2005), l’entraîneur argentin a remporté la Ligue Europa en mai 2012, six mois à peine après son arrivée sur le banc, et fait remonter l’équipe de cinq places lors de la phase retour de la Liga cette saison-là (du dixième au cinquième rang). Avec lui sur le banc, les Madrilènes ont ensuite toujours fini sur le podium national: champions en 2014 pour la première fois depuis dix-huit ans, ils ont été troisièmes en 2013, 2015, 2016 et 2017 et deuxièmes l’an dernier.

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Parés au combat

Des champions de 2014 subsistent – en plus du milieu de terrain Koke – Juanfran, Filipe Luis et Diego Godin, ses plus fidèles soldats, qui constituent encore aujourd’hui la base de sa défense. A l’époque, Lucas Hernandez et Jose Maria Gimenez commencent déjà à pointer le bout de leur nez. A respectivement 22 et 23 ans, le Français et l’Uruguayen possèdent une formidable expérience (près de 150 matchs en pro à eux deux), ainsi qu’un engagement et une roublardise digne de leur coach, qui les font passer pour de vieux briscards. Régulièrement associés à Diego Godin, les deux jeunes hommes font d’ores et déjà partie des défenseurs les plus redoutés d’Europe.

En s’appuyant sur ces combattants intrépides, mais aussi sur le Monténégrin Stefan Savic et sur Jan Oblak, l’un des meilleurs gardiens du monde, le «Cholo» a bâti une machine de guerre, rarement prise au dépourvu, toujours prompte à sauter à la gorge de son adversaire, comme ce fut le cas face à l’Olympique de Marseille en finale de la dernière Ligue Europa (3-0). Le groupe façonné par Diego Simeone s’apparente à une meute de loups affamés où chacun des membres est disposé à se sacrifier pour son prochain.

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Renforcement dans chaque ligne

Une fois de plus, les Colchoneros ont pourtant dû repousser les offensives de leurs rivaux sur le marché des transferts cet été afin de conserver leurs meilleurs éléments. Le club de la capitale espagnole s’est même renforcé dans chaque ligne, en recrutant le portier Antonio Adan, le latéral droit colombien Santiago Arias, le jeune relayeur espagnol Rodrigo Hernandez, les milieux offensifs Gelson Martins et Thomas Lemar (acheté 72 millions d’euros à l’AS Monaco), et enfin l’attaquant croate Nikola Kalinic.

Si les icônes Fernando Torres et Gabi ont quitté le navire pour des destinations exotiques (Japon pour le premier, Qatar pour le second), la base de titulaires devrait toutefois ressembler à celle de l’an dernier, ce qui évitera ainsi une phase de rodage qui s’avère forcément fatale lorsque, en face, se trouvent le Real Madrid et le Barça.

Palette offensive élargie

Courtisé par les Blaugrana, Antoine Griezmann a finalement décidé de poursuivre l’aventure à Madrid, convaincu par l’ambition débordante de son entraîneur et de Diego Godin, son capitaine et parrain de sa fille unique, avec qui il partage le maté (infusion typiquement sud-américaine) et des asados (grands barbecues) familiaux. Après une fin d’année 2017 difficile, l’attaquant français a retrouvé des couleurs au côté de Diego Costa (qui n’a pu jouer qu’à partir de janvier, l’Atlético ayant écopé d’une sanction de la FIFA), autour duquel il se régale à faire des appels et à décrocher.

Champion du monde il y a un mois, Griezmann (27 ans) a une occasion rêvée de se faire une place parmi le gratin mondial en marquant la Liga de son empreinte et d’ainsi surpasser sa troisième place au Ballon d'or France Football obtenue en 2016.

Pour l’accompagner dans sa quête personnelle et collective, l’Atlético a recruté des joueurs offrant diverses options offensives. Son ami Thomas Lemar sera chargé d’animer les ailes et de pourvoyer en ballons ses attaquants. Avec son petit gabarit explosif (1,73 m), le Portugais Gelson Martins l’aidera à dynamiter les défenses regroupées. Nikola Kalinic, un neuf à l’ancienne qui ne se régale jamais autant que lorsqu’il doit évoluer dos au but, constituera un autre allié de poids pour Griezmann dans la surface de réparation. Le prodige Rodrigo devrait quant à lui faire des ravages grâce à sa capacité à casser les lignes adverses.

Tous contribueront à corriger une anomalie: l’an dernier, malgré leur deuxième place, les hommes de Simeone ne disposaient que de la septième attaque de Liga (58 buts marqués), loin derrière le Barça (99) et le Real (94). Si l’on ajoute à leurs séduisantes recrues le tank Diego Costa, la flèche Angel Correa, le funambule Saul et le bulldozer Vitolo, les Colchoneros sont équipés comme jamais aux avant-postes pour conquérir ce que l’on appelle en Espagne «la compétition de la régularité».

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Des mastodontes en mutation

Face à un Atlético de Madrid taillé pour gagner se dressent encore et toujours deux monstres du football mondial. Champion en titre sous la houlette d’un Lionel Messi toujours aussi stratosphérique (34 buts et 12 passes décisives en Liga la saison dernière), le Barça reste un sérieux candidat au titre, même si sa campagne de recrutement a pris à contre-pied plus d’un observateur.

Alors que des joueurs de la pointure d’Antoine Griezmann, Willian (Chelsea) ou encore Paul Pogba (Manchester United) étaient annoncés par la presse catalane, ce sont finalement le défenseur central Clément Lenglet, le milieu offensif Malcom et les relayeurs Arthur et Arturo Vidal qui ont débarqué sur les bords de la Méditerranée. S’ils permettent également au Barça de se renforcer dans toutes les lignes, ces quatre joueurs ne font pas partie du gotha mondial.

Deux jolis coups

En l’espace de deux ans, le Barça a perdu les cadres Dani Alves, Neymar, Javier Mascherano et Andres Iniesta. Parmi eux, seul le rugueux défenseur argentin a été dignement remplacé, par Samuel Umtiti. Si Philippe Coutinho a réalisé une première demi-saison prometteuse (8 réalisations et 5 passes décisives en 18 apparitions) et devrait petit à petit compenser le départ d’Iniesta, Sergi Roberto et Ousmane Dembélé sont encore loin de faire oublier leurs prédécesseurs.

En chipant le Bordelais Malcom à l’AS Roma et en débauchant Arturo Vidal du Bayern Munich, le Barça a malgré tout réussi deux coups dans ce mercato, qui restent toutefois incomparables aux transferts de Neymar en 2013 ou de Luis Suarez l’année suivante. Depuis l’apparition de Sergi Roberto en 2010, aucun jeune issu de la Masia (le centre de formation maison) ne s’est installé en équipe première, même si Riqui Puig (19 ans) frappe à la porte. 

Il faudra que la fabrique blaugrana augmente significativement sa production pour maintenir son niveau dans les années à venir, car l’équipe type barcelonaise est désormais composée en majorité de trentenaires: Lionel Messi, Luis Suarez et Gerard Piqué ont 31 ans, Ivan Rakitic et Sergio Busquets 30 ans, Jordi Alba 29 ans.

Le choc Cristiano Ronaldo

Le Real Madrid a démontré que l’âge n’était pas un problème pour gagner les matchs qui comptent au printemps, en remportant la Ligue des champions ces trois dernières années sous l’égide de Luka Modric (32 ans), Sergio Ramos (32 ans) et Cristiano Ronaldo (33 ans). En rejoignant la Juventus cet été, le Portugais a néanmoins mis fin à une fructueuse association qui s’est étendue sur neuf saisons. Son départ a été vécu comme un choc par les supporters madrilènes, quelques semaines après celui de Zinedine Zidane, à l’issue d’une saison achevée sur la dernière marche du podium de la Liga, à 17 points du Barça.

Désormais coachés par l’ancien sélectionneur Julen Lopetegui, les Merengue doivent se réinventer. En incorporant ces dernières années Marcos Asensio, Lucas Vazquez, Isco, Dani Ceballos, auxquels sont venus s’ajouter cet été le Basque Alvaro Odriozola et le Brésilien Vinicius Jr., les dirigeants madrilènes ont jusqu’alors su insuffler à leur effectif cette dose de sang neuf qui fait défaut au Barça. Mais il manque aujourd’hui sans doute un «tueur» de la trempe de Cristiano Ronaldo, capable de changer le cours d’une rencontre, alors que Gareth Bale n’a jamais réussi à s’émanciper de l’ombre tutélaire de ce dernier et que Karim Benzema est un avant-centre qui marque de moins en moins au fil des saisons.

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