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Victime d’une déchirure du ligament croisé antérieur du genou droit le 23 septembre dernier lors du match Manchester City-Crystal Palace, le joueur français Benjamin Mendy (à droite) a entamé depuis une course contre la montre pour participer à la…
© PHIL NOBLE / Reuters

Blessure

Ligament croisé, vous avez dit six mois?

Plusieurs footballeurs et skieurs sont engagés dans une course contre la montre pour revenir à la compétition en six mois et participer aux Jeux olympiques ou à la Coupe du monde. Un objectif illusoire. Malgré les progrès de la médecine, une guérison complète n'est pas qu'une affaire de volonté

Un claquement sec, sans préavis. Ça fait mal mais la douleur est supportable, parce que le corps est chaud et parce que c’est allé si vite. C’est même déjà fini. Non, le premier sentiment qui domine, c’est la surprise: c’est grave alors que l’action est anodine, la chute banale. Pourquoi maintenant alors que tout allait bien? La seule question que l’on ne se pose pas, c’est: qu’est-ce qui m’arrive? Parce que l’on sait très bien qu’on vient de «se faire les croisés». Une rupture du ligament croisé antérieur du genou (RLC). L’épée de Damoclès des footballeurs et des skieurs.

Cette semaine, elle s’est abattue sur Carlo Janka. Blessé mardi 24 octobre sur une piste d’entraînement, le skieur des Grisons espère ne pas avoir à se faire opérer pour garder ses chances de participer aux Jeux olympiques de Peyongchang en février prochain. Il lui reste quatre mois.

Le même couperet pour tout le monde

En septembre, l’épée de Damoclès a fauché quelques-uns des meilleurs footballeurs internationaux: Robin van Persie le 5 avec Fenerbahçe, Andrea Conti le 15 avec l’AC Milan, Benjamin Mendy le 23 avec Manchester City, Arkadiusz Milik le même jour avec Naples, Iker Muniain le 29 avec l’Athletic Bilbao. Ligament croisé pour tout le monde, et pour chacun un communiqué annonçant une indisponibilité de six mois, parfois assorti d’un «minimum».

C’est devenu l’un des lieux communs les plus répandus dans le football. Une rupture du ligament croisé antérieur du genou entraîne – dit-on – une indisponibilité de six mois. Autrefois c’était neuf mais la médecine a fait des progrès. Sur le plateau de La Chaîne L’Equipe, on a même vu à l’occasion d’un débat intitulé: «Benjamin Mendy sera-t-il à la Coupe du monde en juin 2018?», un ancien sélectionneur national (Raymond Domenech) compter sur ses doigts jusqu’à six. Six mois pour rejouer (avril), un mois pour retrouver le rythme (mai), ça devrait le faire…

Un pari osé

Benjamin Mendy est un fantastique joueur et un garçon éminemment sympathique et attachant mais son pari est très loin d’être gagné. Il peut en parler à son ancien coéquipier à l’AS Monaco Radamel Falcao. Le 22 janvier 2014, l’attaquant colombien se blesse (RLC) en Coupe de France contre l’équipe amateur de Chasselay. Il se lance alors dans une folle course contre la montre pour tout de même participer à la Coupe du monde au Brésil.
Il y renonce fin mai, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Prêté à Manchester United en août 2014, Falcao ne marque que 4 buts en 29 matches avec United, puis seulement un en 12 matches la saison suivante avec Chelsea. C’est seulement à partir de l’été 2016, soit deux ans et demi après sa blessure, que le «Tigre», retourné faute de mieux à Monaco, retrouve tout son mordant.

Il est aujourd’hui l’un des meilleurs joueurs de Ligue 1, tout comme Nabil Fekir. Victime d’une RLC avec l’équipe de France le 4 septembre 2015, le milieu de terrain lyonnais fait le forcing pour participer à l’Euro 2016 en France. Il rejoue sept mois après sa blessure, est titulaire quelques semaines plus tard en club le 13 mai 2016, mais rate quand même l’Euro. Il est ensuite assez moyen durant toute la saison 2016-2017, avant de retrouver toute sa magie ces derniers mois.

Revenir au top

A vouloir rejouer trop vite, Falcao et Fekir ont perdu plus d’une année. Au moins sont-ils revenus finalement à leur meilleur niveau. Ce n’est de loin pas toujours le cas. Le milieu de terrain du FC Barcelone Rafinha se blesse le 16 septembre 2015 contre la Roma dans un choc avec Nainggolan. Six mois pile plus tard, il reçoit l’autorisation de s’entraîner avec le groupe pro. Il ne rejoue qu’un mois après, le 6 avril, et se blesse trois jours plus tard. Lors de la saison 2016-2017, il prend part à 28 matches mais se blesse au ménisque du même genou en avril. Il n’a pas rejoué depuis. L’ancien attaquant de Saint-Etienne Robert Beric a rejoué exactement six mois après une rupture du ligament croisé subie le 8 novembre 2015 lors du derby contre Lyon. Mais il se traîne la saison suivante (22 matches, 6 buts), avant d’être prêté à Anderlecht. «J’ai perdu un an dans ma carrière», constate-t-il. Un an, pas six mois. A Everton, l’attaquant congolais Yannick Bolassie, blessé le 4 décembre 2016, a repris l’entraînement le 28 septembre mais n’a toujours pas rejoué.

Le chemin de croix de la guérison

Tombé le 15 décembre 2016, le milieu de terrain allemand de Manchester City Ilkay Gündogan a rejoué en amical le 15 août 2017 (toujours ces six mois jour pour jour…) mais ne comptabilise que six entrées en jeu (89 minutes au total) cette saison en Premier League et en Ligue des champions. «Je mentirais si je disais que je suis le même joueur qu’au moment de ma blessure, avouait-il en août. Il y a des doutes quant au fait de retrouver le niveau que j’avais avant. Mais je n’ai pas le choix. Je suis un footballeur, je ferai de mon mieux.»
En Suisse, Mario Gavranovic devait être le buteur de la Nati en 2014 au Brésil. Le ligament croisé lâche le 28 juin pendant la Coupe du monde. Il revient huit mois après avec le FC Zurich mais ne marque que 4 buts durant l’année civile 2015 (27 matches). Il est transféré à Rijeka en janvier 2016, pas spécialement une progression. Il marque à nouveau cette saison mais cela lui aura pris deux ans et il n’a plus rejoué en équipe nationale.

Reste Zlatan Ibrahimovic. Blessé depuis le 20 avril, le géant suédois s’imagine volontiers en surhomme. Aux dernières nouvelles, son retour est prévu pour le mois de novembre. Sept mois après, si tout va bien. Mais quand redeviendra-t-il «Zlatan»? Le chemin vers la complète guérison est bien plus long et difficile que la pause de six mois souvent décrite. Le football et le ski sont, sous des formes diverses, des sports où les sensations des membres inférieurs – zone réputée peu sensible – sont déterminantes. Le ligament croisé n’est pas une corde de piano qu’on répare, ni un câble, ou alors de fibre optique.


Finn Mahler: «Il ne faut pas minimiser cette blessure»

Le ligament ne sert pas qu’à tenir le genou. Il lui transmet aussi des informations. Explications avec le Dr Finn Mahler, directeur médical du Swiss Olympic Medical Center à l’Hôpital de la Tour.

Le Temps: Quel délai donnez-vous pour une rupture du ligament croisé?

Finn Mahler: J’ai vécu il y a vingt ans le cas d’un footballeur australien remis sur pied en deux mois et trois semaines pour disputer une finale. Un record du monde! Plus récemment, j’ai traité un footballeur français qui a joué six saisons au plus haut niveau sans ligament croisé antérieur. Il y a toujours des exceptions. Mais la norme, pour tous les sportifs que nous traitons, c’est de ne pas autoriser la reprise de la compétition avant neuf mois car le risque de re-rupture est trop grand.

– Le sportif blessé pense souvent que «revenir» n’est qu’une question de volonté.

– La première chose qu’il veut savoir, c’est: «Quand pourrai-je rejouer?» Il voudrait être opéré tout de suite, ne comprend pas que parfois less is more. Mais après l’opération, il prend conscience qu’il y a des phases à respecter et que ce n’est pas qu’une question de degrés de flexion et de volume musculaire à retrouver. Le ligament croisé antérieur ne fait pas que tenir le genou, il lui transmet également des informations fines très utiles pour l’équilibre et la proprioception [la perception inconsciente du corps]. L’athlète doit se repositionner, réapprendre tout l’aspect «sensible» de la performance: les sensations, le mental, la confiance.

– Calculer une indisponibilité de six mois, c’est aussi ne voir qu’un empêchement, une contrariété.

– Il ne faut pas minimiser cette blessure, qui peut être plus grave si elle s’accompagne d’une lésion méniscale, voire hypothéquer une carrière en cas de lésion cartilagineuse. Une étude scandinave a montré que trois ans après une rupture du ligament croisé antérieur, seuls 60% des footballeurs professionnels évoluaient encore au même niveau qu’avant leur blessure.

– Pourquoi y a-t-il si peu d’exercices de prévention?

– Cela existe en Scandinavie où l’on a pu réduire de 60 à 70% les ruptures de ligaments croisés chez les basketteuses et les handballeuses en leur apprenant à mieux atterrir (en fléchissant plus les genoux) et en faisant beaucoup d’exercices de proprioception. C’est plus difficile à mettre en place dans le ski et le football, en partie parce que cela représente un temps conséquent pris sur l’entraînement.


Lara Gut va skier à Sölden

Victime d’une déchirure du ligament croisé antérieur au genou gauche (avec déchirure du ménisque) le 10 février 2017 lors des Championnats du monde de Saint-Moritz, Lara Gut participera samedi au slalom géant de Sölden (Autriche), épreuve d’ouverture de la Coupe du monde de ski. «Humeur du jour… On ne peut pas maintenir un lion en cage. Je suis de retour!», s’est-elle exclamée sur Twitter. Son retour, huit mois et trois semaines après sa blessure, a été décidé en concertation avec son équipe.

La Tessinoise avait dans un premier temps préféré faire l’impasse sur Sölden pour gagner quelques semaines supplémentaires de préparation. Les derniers entraînements l’ont convaincu de se lancer. «Lara Gut crée la surprise et sera au départ à Sölden», a annoncé Swiss Ski vendredi après-midi dans un communiqué. La veille, l’Américaine Lindsey Vonn avait également annoncé sa présence en Autriche, alors qu’elle n’apprécie pas particulièrement le géant. Cette épreuve finalement très intéressante se disputera en deux manches samedi: la première à 10h, la seconde à 13h. Lara Gut l’avait (facilement) emporté l’an dernier.

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© JOHN MACDOUGALL