En atterrissant à Wolfsburg pour défier une des équipes les plus titrées d’Europe, le Servette FC Chênois Féminin savait que la mission s’annonçait difficile sinon impossible. Plutôt que de parler de victoire ou de nul, l’entraîneur Eric Sévérac avait promis d’évaluer la performance de ses joueuses selon trois critères: la capacité à gêner l’adversaire, à se créer des occasions et à conserver le ballon durant de longues phases de jeu.

Nonante minutes de football plus tard, les championnes de Suisse ont quitté le terrain sur un score de 5-0 et un constat sans appel quant à la différence de niveau entre les deux formations. «Selon la grille de lecture que j’avais définie, il faut reconnaître que nous sommes restés loin du compte», soufflait le coach en conférence de presse. Il n’était pas frustré, encore moins fâché, et même «fier» de ses protégées. «Ma jeune équipe a fait de son mieux mais le niveau était simplement trop haut. Voilà. Nous sommes là pour apprendre.»

Ne pas en prendre 10

A côté de lui, sa capitaine Thaïs Hürni validait, dans un très bon allemand déroulé à l’intention des (nombreux) journalistes locaux. «Aujourd’hui, nous avons réalisé ce que nous sommes en mesure de faire contre les meilleures équipes», lançait la milieu de terrain. Dans la salle, l’auditoire relevait que Wolfsburg avait fait une belle performance, en termes d’intensité et d’application technique, avec peut-être un bémol… sur le réalisme. «Les filles ont raté beaucoup d’occasions, remarquait un confrère. Mais bon, elles en ont marqué cinq, c’est difficile de le leur reprocher.»

Notre reportage: Servette Chênois dans la gueule des Louves

Deux fois vainqueurs de la compétition, les «Wölfinnen» évoluent dans leur habitat naturel en Ligue des championnes. Les Genevoises, elles, découvrent toutes les nuances d’excellence des grandes équipes européennes. «C’était un cran en-dessus de la Juventus [qui a battu Servette 0-3], soulignait Eric Sévérac. Au niveau de l’intensité, de la qualité technique, de la vitesse d’exécution.» Le coach ne regrette qu’une chose: les petites erreurs individuelles qui ont précipité le verdict après un quart d’heure remarquable de résistance.

Mais même quand les buts ont commencé à s’enchaîner irrémédiablement, ses joueuses n’ont pas abdiqué. «Nous savions en débutant la phase de groupe que nos adversaires étaient des monstres, rappelait Thaïs Hürni. Pour progresser, il faut profiter de chaque minute et ne rien lâcher. A 3-0, on sait peut-être qu’on ne va pas revenir mais on donne tout pour éviter d’en prendre 10.»

Profiter dans la défaite

Sur le terrain, la jeune femme a particulièrement été frappée par le calme de ses adversaires, jamais sous pression au point de dégager, et l’énergie investie dans les duels. Elle sait aussi que le fossé se creuse en partie au-delà du match. «Wolfsburg est une équipe professionnelle, dont les membres ont le temps de se consacrer à leur récupération. Chez nous, beaucoup retournent vite à leur travail ou à leurs études. On enchaîne. Et, mine de rien, on commence à fatiguer.»

Avant même le début de la compétition, Eric Sévérac avait anticipé le problème, et défini la priorité: les matchs internationaux. Le championnat, «d’un niveau relativement bas», Servette Chênois aura tout le temps de s’y consacrer sérieusement au moment des play-off. L’expérience européenne, c’est maintenant qu’il faut la saisir. «Dans deux ou trois ans, ce sera difficile pour des équipes suisses de jouer la Ligue des championnes. Les écarts vont se créer avec l’argent investi par les clubs des plus grandes nations.»

En attendant? «On profite, même si on perd», souriait-il. Et qui sait? «Peut-être qu’à terme, certaines de nos joueuses intéresseront des clubs comme Wolfsburg.» C’est le genre de victoire dont son équipe peut rêver au niveau européen.