Éditorial

Ligue des champions, l'heure du sevrage

EDITORIAL. L'exceptionnelle offre sportive de la SSR a été quelque peu écornée par la perte des droits de diffusion de la Ligue des champions. Restent deux solutions si l’on ne veut pas payer: attendre que les géants du Web acquièrent des droits sportifs, ou se sevrer

L’amateur romand de football a éprouvé mardi soir un sentiment de frustration qui, longtemps, lui fut inconnu: il n’a pas pu regarder le match Liverpool-Paris Saint-Germain, l’affiche de la première journée de la Ligue des champions 2018-2019. Il s’en remettra mais, depuis vingt-cinq ans, il s’était habitué à ne pas se poser la question: s’il y avait match, il pouvait le voir. La télévision publique avait les droits de diffusion de presque toutes les grandes compétitions. Au fil des années, l’offre sportive de la SSR était devenue un particularisme envié à l’étranger.

L’exception suisse est tombée. Et c’est soudainement fébrile que notre téléspectateur a vérifié s’il pourra voir le match Young Boys-Manchester United de mercredi soir. Ce sera le cas, plus par chance que parce que la SSR maîtrise encore quelque chose: elle conserve un match par semaine, le même pour les trois régions linguistiques, à choisir parmi ceux au programme le mercredi à 21h. Pour voir le reste, il faut désormais souscrire un abonnement à Teleclub, au prix de 19 fr. 90 par mois.

Le sort de l’amateur romand est encore enviable en comparaison de son voisin français. Dans l’Hexagone, cela fait bien longtemps que les chaînes gratuites ont abandonné le meilleur du sport aux privées. Il faut même trois ou quatre abonnements différents pour suivre son équipe dans les différentes compétitions et, chaque année ou presque, un nouvel acteur arrive, surenchérit, et oblige à changer encore. Il y a paradoxalement de moins en moins de gens qui regardent le football à la télévision mais ce plus petit nombre paie de plus en plus cher. Si les opérateurs déboursent des milliards, souvent à perte, c’est parce que l’amateur de football est un client captif et parce que le sport en direct reste à ce jour le meilleur produit d’appel pour vendre des accès internet et des forfaits de téléphonie.

La solution? Si l’on ne veut ou ne peut payer, il y en a deux. La première consiste à attendre l’étape suivante: les prochains acquéreurs des droits sportifs seront – sont parfois déjà – les géants du numérique (Google, Amazon, Facebook, YouTube, Twitter), qui reviendront peut-être à la diffusion gratuite contre publicité. L’autre solution implique de se sevrer de cette overdose. Le Temps a décidé d’y contribuer en ne parlant pas, ou le moins possible, de la Ligue des champions durant sa phase de poule. Lors de chacune des six journées, nous rendrons visite au plus petit club de chacun des six principaux championnats européens.

Lire le premier article de cette série: Derrière Huesca, l’union sacrée

Loin des grandes affiches, nous irons voir Huesca, Guingamp, Huddersfield ou Tondela comme on s’intéresse à un film d’auteur ou à un petit vin de propriétaire. Avec l’espoir de faire une découverte, d’appréhender une réalité qui s’approche finalement bien plus de la norme que de l’exception, de comprendre un peu mieux le sport et de ne l’en aimer que davantage.

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