Sans frapper, alors que le pays plonge seulement dans une torpeur estivale, le championnat suisse recommence ce samedi. Cette Super League, dont le nom ne cesse d'étonner, est repartie pour un tour sans Servette, mis en faillite, ni Sion, pas parvenu à passer l'épaule de la Challenge League, mais avec le promu Yverdon ainsi que Xamax, pour s'en tenir aux Romands. Bâle cherchera à conquérir un troisième titre d'affilée. Mais à vrai dire, savoir qui sera le champion national n'est pas le principal intérêt de cette ligue. Son niveau général, ni excellent ni très mauvais, promet certes quelques matches spectaculaires et des révélations excitantes (Xavier Margairaz, Neuchâtelois du FC Zurich). L'avenir du football suisse tient pourtant à d'autres facteurs: aux exploits réguliers d'un club en coupes d'Europe et à ceux de son équipe nationale.

La trajectoire européenne du FC Bâle, la saison dernière, montre que le club rhénan est entré dans un nouveau cycle qui renvoie à plus tard la prochaine épopée continentale. Grasshoppers ou YB et son Stade de Suisse flambant neuf entreront-ils à leur tour dans un cycle vertueux?

La Nati peut lire dans ce championnat qui débute un signe inquiétant pour son futur. Il a pour nom «l'affaire Elmer». Jonas Elmer a joué mercredi son premier match officiel sous le maillot de Chelsea. Le jeune Suisse a quitté à 17 ans les juniors de Grasshoppers pour le champion d'Angleterre. Ce départ hâtif inquiète les dirigeants du football suisse.

Pour Hansruedi Hasler, directeur technique de l'Association suisse de football (ASF) et architecte d'une politique de formation qui commence à porter ses fruits («moins de 17 ans» champions d'Europe en 2002, «moins de 20 ans» participant à la Coupe du monde 2005), ce transfert est «l'exemple même de ce qui ne devrait pas arriver». «Jouer dans la Super League est une bien meilleure manière d'acquérir de l'expérience que d'évoluer dans l'équipe réserve du Bayern Munich ou de Chelsea», a dit le formateur, qui semble craindre pour Elmer un destin à la Sandro Bürki (lire ci-dessous). «Quel serait le niveau de Johan Vonlanthen s'il était resté plus longtemps à YB?», a feint de demander Köbi Kuhn, sous-entendant que le talent de l'avant-centre a souffert de son transfert à Eindhoven, à l'âge de 17 ans. A ne pas jouer en club, les talents suisses affaiblissent la Nati, semble penser le sélectionneur national.

D'un point de vue comptable, Elmer, membre de l'équipe des «moins de 17 ans», part avant qu'il n'ait pu rapporter en primes de qualification ou en titres les 250 000 francs annuels que l'ASF a investi sur lui, comme sur chaque junior annuellement.

Pour l'ASF, la situation est paradoxale. «Ces départs sont le signe de la reconnaissance de notre travail de formation, dit Michel Pont, adjoint du sélectionneur national. Ils sont le lot des petits championnats. Les Danois et les Suédois l'ont vécu il y a dix ans. Les grands clubs sont aujourd'hui tellement bien organisés que les talents n'échappent plus à leurs recruteurs.»

Une nouvelle réglementation de la FIFA vise à protéger jeunes joueurs et clubs. Marcel Hottiger, directeur sportif de Young Boys, a déjà pu observer ses effets. Modena voulait transférer un jeune Bernois, mais a été rebuté par la somme de 200 000 francs que lui impose la nouvelle règle. «Les clubs suisses doivent apprendre à mieux collaborer avec les grandes équipes étrangères», dit-il, en donnant Pirmin Schwegler en exemple. Le Lucernois a été acheté par Bayer Leverkusen sur les conseils d'YB, auquel le joueur a été prêté pendant deux saisons. «Economiquement, c'est la seule manière de s'en sortir. Repérer des jeunes, les prendre sous contrat puis achever leur progression en collaboration», conclut-il.