Ils étaient samedi soir au parc des Princes à Paris pour le match entre le Portugal et l’Autriche (0-0). Depuis la mi-journée ce dimanche, Vitor, Amandine et Romain ont stationné leur voiture immatriculée VD au pied du stade Pierre Mauroy, à Villeneuve-d’Ascq, près de Lille. Dans un sac Migros: leurs victuailles du jour, qu’ils espèrent terminer avant de reprendre la route en pleine nuit pour Lausanne, une fois la rencontre France-Suisse achevée. Sept heures de conduite après un week-end de foot.

Pour l’heure, ces trois jeunes fans de la «Nati», âgés de 23 et 25 ans, se réjouissent d’être à Lille où l’atmosphère est beaucoup moins lourde que lors de la rencontre à hauts risques Angleterre-Pays de Galles. Pour preuve, la bière interdite de vente les jours de matches «sensibles» est, ce dimanche, autorisée aux abords du stade de 50 000 places inauguré en 2013. Liesse sur la Grand-Place de Lille où la fontaine centrale est parée de drapeaux rouges à croix blanche. Des fans suisses ont investi plusieurs appartements donnant sur la fameuse esplanade pavée. En réponse, un cri de ralliement tricole: «On va manger du petit-suisse!» Rires. La bonne humeur est au rendez-vous.

Lire aussi: Suisse-France, le stade comme exutoire

«Avec les Suisses, c’est vraiment la fête du foot. Regardez: il n’y a presque pas de flics», confirme Youssef, un revendeur de places à la sauvette, en embuscade à la station de métro Cité Scientifique qui relie cette banlieue lilloise au centre-ville.

Les unités de CRS casqués et équipés genre Robocop, déployés lors des matches Russie-Slovaquie (1-2) et Angleterre-Pays de Galles (2-1) à Lens, semblent un lointain souvenir, de même que les affrontements au gaz lacrymogène, en début de semaine, devant la gare de Lille-Flandres. Au centre de la ville, face à l’hôtel Carlton devenue fameux lors du procès de l’ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, cinq cars de CRS attendent, stationnés. Les policiers sont en chemisette. Calme plat malgré la bière qui coule à flots…

Les Suisses prêts à payer cher leurs places

Youssef a une autre raison de se réjouir. Les Suisses paient, et bien, les places qu’il a réussi à récupérer au marché noir. «Les Français ne paient pas plus de 200 euros (pour des places vendues 55 euros par l’UEFA) alors que les Suisses peuvent payer 400 sans problème.»

Alors Youssef guette. Rudes pourparlers avec Andrea, une fan venue avec son mari du canton d’Uri, au détour d’un séjour de vacances en France. Andrea et son époux avaient initialement prévu de suivre le match France-Suisse depuis la «fan-zone» installée dans le parc Matisse, entre les gares Lille-Europe et Lille-Flandres. Elle lance à voix basse un montant au revendeur, pour ne pas être entendue. L’argent change de main. Le couple pourra accéder au stade, dans les travées des fans en rouge et blanc.

Lire aussi: Pourquoi Petkovic pourrait ne rien changer

Autre endroit, autre preuve du climat de confiance entre les supporters de la «Nati» et leurs hôtes nordistes. Sur les terrasses des estaminets du vieux-Lille, dans le quartier de La Madeline, tables bringuebalantes sur les ruelles pavées, les fans des «Bleus» toisent les Helvètes. Deux victoires pour l’équipe de Didier Deschamps. Une victoire et un nul pour la sélection suisse.

«Le duel qu’on attend, c’est Xherdan Shaqiri – Dimitri Payet», lâche l’un des trois jeunes Vaudois, en référence au buteur français, auteur de deux goals dans les dernières minutes. Bertrand, chapeau rouge et blanc sur la tête, est venu pour sa part de Genève avec son jeune fils par le TGV. L’adulte et le garçon patientent à l’entrée du stade où les fans suisses se rassemblent devant les bâtiments de l’Université de Lille qui promet «L’excellence pour répondre aux défis sociétaux».

Plus de 10 000 Suisses attendus

«On s’attendait à trouver une France chaotique, mais tout roule assez bien, constate le Genevois. Cela fait plaisir de se trouver ici sans être coincé dans les manifestations ou les affrontements avec des policiers. On aime cette France-là, parce qu’on va en plus la battre dans le stade.»

Plus de 10 000 supporters suisses sont attendus ce soir, pour le match programmé à 21 heures. Mais pour l’heure, le principal lieu de rassemblement est la Grand'Place de Lille. Autour de la fontaine. Comme une flaque rouge et blanche, qui s’époumone en riposte aux Marseillaises scandées çà et là.

Lire aussi: Didier Deschamps: «Aucune équipe n’est meilleure qu’un collectif fort»

«Nous sommes dopés au Toblerone», lâche un fan de Zurich, venu en groupe de la métropole alémanique. Les applaudissements jaillissent des terrasses des cafés. La Suisse est célébrée comme un «adversaire valeureux» que la plupart des fans de l’équipe de France voient plutôt défait ce soir.

Shaqiri-Payet? «Il ne faut pas laisser la rencontre s’éterniser sans but car sur la fin, les Français vont marquer in extremis, comme ils l’ont fait lors de leurs deux premiers matches», juge la jeune Vaudoise Amandine. Nos trois supporters lausannois, pour l’heure, veulent aller profiter de Lille. Ils se dirigent vers l’autre station de métro proche du stade. Clin d’œil involontaire à l’Helvétie, ce terminus de la ligne 1 se nomme «Place des Quatre-Cantons».