A tout seigneur, tout honneur: Niki Lauda, dernier champion du monde autrichien (le premier, Jochen Rindt, ayant été le seul pilote couronné champion du monde à titre posthume), donna ce conseil à son nouvel équipier – Alain Prost! – lorsqu'il le vit débarquer dans son écurie pour laquelle il avait mis au point le moteur Porsche: «Dans une même écurie, il ne faut ni se haïr (jusque-là, rien que de prévisible) ni s'aimer»… On y repensa, hier au Grand Prix d'Autriche, à cette formule de vieux sage; on y repensa dès le second virage lorsqu'on vit David Coulthard «sortir», ni plus ni moins, son coéquipier et leader Mika Hakkinen. Et Ron Dennis, leur directeur d'écurie, pourrait la lui rappeler, coup de menton à l'appui, lui qui eut pour pilotes Lauda-Prost, mais aussi Prost-Senna. Et à propos de ces duos de légende, un autre souvenir en voyant le coup de roue de Coulthard: les deux McLaren identiques de Prost et Senna se harponnant l'une l'autre dans un virage après des tours et des tours d'un duel acharné. Cela dit, ce qui explique peut-être la témérité de Coulthard, c'est que, depuis deux courses, le championnat a viré au combat des seconds. Combat des seconds entre eux: cette fois Irvine a pris sa revanche sur Coulthard, qui l'avait battu en Angleterre. Combat des seconds contre leurs leaders: Coulthard ne voulant plus rester dans le sillage de Hakkinen, auquel il avait fait cadeau d'une victoire l'an dernier. Et Irvine devenu leader Ferrari depuis l'accident de Schumacher.

Or, symétrie troublante dans ce tableau narratif d'un championnat du monde qui décidément promet d'être surprenant: c'est également en tout début de course, il y a quinze jours, qu'Irvine, résistant à Schumacher, le vit sortir de piste…

* Ecrivain