«The cruel sport», disaient les Anglais dans les années 60, au temps où le sport automobile tuait bien davantage qu'aujourd'hui. Comment s'ôter de l'esprit l'image de la Ferrari de Michael Schumacher sortant de piste et heurtant le mur de pneus – comme il n'y en avait guère autrefois – en pleine vitesse?

Lorsque Clay Regazzoni sortit pareillement en bout de ligne droite du circuit de Watkins-Glenn, l'image fut si effrayante que tout le monde resta pétrifié en attendant que le nuage de poussière retombe – sauf l'ex-pilote américain Dan Gurney, qui plongea, et ressortit en faisant le signe du pouce: il vit. Il vit encore aujourd'hui, paralysé. Rien de tel pour Schumi, parce que les monocoques sont désormais soumises à de sévères crash-tests.

Il fallut ainsi beaucoup d'accidents pour que, au fil de ses cinquante années d'histoire, la Formule 1 soit moins cruelle. Mais toujours aussi tendue, terrible, risquée. Là est son nerf, vous diront les pilotes.

Son nerf. Justement: lors d'un même Grand Prix d'Angleterre, disputé à Brands Hatch cette fois, en 1986, la course fut pareillement interrompue, le temps d'extraire Jacques Laffite de sa voiture, avec de multiples fractures. Ballet de médecins, d'ambulances, d'hélicoptères, au milieu d'une foule de 180 000 spectateurs. Et les télévisions qui tournent autour des pilotes revenus sur la grille, attendant le nouveau départ. Elles se focalisèrent particulièrement sur l'auteur de la pole-position, en tête de la grille: le Brésilien Nelson Piquet. Eh bien, pour ne pas se laisser gagner par l'angoisse (un camarade en train de se faire charcuter), et pour garder sa concentration, Piquet, sous l'œil des caméras, dans la clameur environnante, parvint à rentrer en sommeil…

* Ecrivain.