Golf

L'incroyable retour de Tiger Woods

Un temps donné perdu pour le golf, Tiger Woods a retrouvé dimanche, à 43 ans, sa place au sommet: il a signé, en remportant le prestigieux Masters d'Augusta, l'une des plus improbables rédemptions de l'histoire du sport

L'Américain Tiger Woods a remporté dimanche à 43 ans le Masters d'Augusta, aux Etats-Unis, son 15e titre du Grand Chelem, après onze années d'attente. L'ancien roi incontesté du golf, un temps donné perdu pour le golf, ne s'était plus imposé dans un tournoi majeur depuis l'US Open 2008. 

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Comme souvent dans sa carrière - et même dans sa vie -, Tiger Woods n'a pas fait les choses à moitié. Il a mis fin à une disette de onze ans en Grand Chelem en écoeurant dans le quatrième et dernier tour tous ses rivaux qu'il a relégués à une longueur, grâce à une série de coups incroyables et à son mental d'acier. Comme à ses plus belles heures. Habillé de son emblématique polo rouge, il a laissé éclater, comme rarement auparavant dans sa carrière, sa joie, devant ses deux enfants, sa mère et sa compagne.

A trois coups de Nicklaus

Il n'est plus qu'à trois longueurs du record de victoires en Grand Chelem du légendaire Jack Nicklaus et totalise désormais 81 titres PG, à un succès du record de son compatriote Sam Snead. Le «Tigre» a devancé avec un total de 275 (-13) d'un coup ses compatriotes Dustin Johnson, Xander Schauffele et Brooks Koepka, 2e ex aequo (276, -12)

Au terme d'un quatrième tour au scénario riche en rebondissements, qui a vu l'Italien Francesco Molinari perdre pied, Woods a réussi l'un des come-backs les plus incroyables de l'histoire du golf, voire du sport. Il y a seulement seize mois, un tel scénario semblait impossible, même pour les plus enthousiastes de ses supporters. Et peut-être même pour le principal intéressé.

Douloureuse fusion des vertèbres

Quand il revient sur les greens en janvier 2018, après plusieurs tentatives ratées et quatre opérations du dos, dont une arthrodèse, une douloureuse fusion de vertèbres, celui qui est considéré comme le plus grand golfeur de l'histoire est dans le flou. «J'avais tellement d'appréhension au moment de frapper la balle et de tout donner. Mes médecins m'avaient pourtant dit que tout était OK, mais il a fallu que je retrouve confiance, cela a pris du temps car je ne voulais plus me blesser, je ne voulais plus ressentir ces douleurs», avait-il expliqué en 2018.

Il va pourtant rapidement retrouver ses marques, en terminant notamment 2e du Valspar Championship en mars 2018. Il redevient le «Tigre» l'été dernier en prenant la tête du British Open, avant de terminer 6e, puis en échouant à deux coups de son compatriote Brooks Koepka dans le Championnat PGA en août. En septembre, il s'offre sa première victoire sur le circuit PGA depuis cinq ans en remportant le Tour Championship.

Un sportif décidément à part

Il est celui qui a fait prendre au golf une nouvelle dimension. L'un de ces très rares sportifs, à l'image de Roger Federer en tennis, qui incarnent à eux seuls leur discipline, avec une aura dépassant le cadre feutré du golf. Quand il débarque sur la planète golf au milieu des années 90, il suscite dès le début un intérêt hors-norme. Jeune, métissé (né d'un père noir et d'une mère asiatique), il dépoussière son sport.

Son jeu, plus agressif, son approche physique d'une discipline encore réticente aux salles de gym, sa fougue qu'il n'hésite pas à exprimer... Un cocktail qui d'emblée électrise et fascine. Et surtout, il gagne, vite et beaucoup. Entre 1996 et 2008, il domine outrageusement son sport, empoche 14 titres du Grand Chelem et fait passer le golf sur une autre planète. La sienne. Puis la machine s'enraye. En 2009, la révélation de ses nombreuses liaisons désarçonne celui que l'on croyait à l'époque inébranlable. Il se sépare de sa femme, le mannequin suédois Elin Nordegren, avec qui il a eu deux enfants.

Une vie et un physique à reconstruire

Contraint par ses sponsors de faire des excuses publiques, son image s'effrite sérieusement. Sa carrière connaît un premier coup d'arrêt. Il chute mais ne renonce pas. Il va mettre quatre ans à retrouver le fauteuil de numéro mondial et, en 2013, parvient à redevenir le sportif le mieux payé au monde selon le magazine économique Forbes, qui estime à 1,5 milliard de dollars le total de ses gains depuis ses débuts pros en 1996.

C'est alors son physique qui l'abandonne. Touché au dos, il est opéré une première fois en 2014 mais son swing se délite, son mental vacille et son niveau inquiète. Il réalimente de nouveau la rubrique des faits divers en se faisant arrêter, endormi au volant de sa voiture, sous l'emprise d'un cocktail de médicaments et d'anti-dépresseurs un soir de mai 2017 en Floride. Mais Woods a fini par se relever et a balayé les doutes un après-midi d'avril 2019 à Augusta, 22 ans après son premier succès sur ce même parcours.

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