Ski alpin

Lindsey Vonn, chercheuse d’or

L’Américaine a remporté ce week-end à Garmisch ses 80e et 81e succès en Coupe du monde. Elle fonce sur le record de Stenmark, mais avant, et surtout, sur un nouveau titre olympique

Il paraît que gagner la dernière course avant les Jeux olympiques est le plus sûr moyen d’échouer à remporter la médaille d’or. Lindsey Vonn n’est sans doute pas superstitieuse car, ce week-end, l’Américaine s’est appliquée à remporter les deux descentes de Coupe du monde organisées à Garmisch-Partenkirchen. Nonobstant les statistiques, la voici donc grande favorite pour celle programmée le 21 février à Pyeongchang.

Avec ce doublé, Lindsey Vonn porte désormais son total de victoires en Coupe du monde à 81 (42 descentes, 28 super-G, 4 géants, 2 slaloms, 5 combinés). L’ancien record féminin d’Annemarie Moser-Pröll (62 victoires), égalé en janvier 2015, n’est plus qu’un vieux souvenir; celui d’Ingemar Stenmark (86) ne devrait plus lui résister très longtemps.

Aussi bien samedi sur un parcours réduit que dimanche sur le tracé complet de la classique bavaroise, Vonn a devancé l’Italienne Sofia Goggia, qui ne possède plus que 23 points d’avance au classement général de la Coupe du monde de descente. La dernière épreuve de la spécialité n’aura lieu qu’en mars, lors des finales à Åre. Lindsey Vonn pourrait y gagner un énième globe de cristal. Elle en possède déjà 20, de toutes les tailles, c’est un record hommes et femmes confondus, et un de plus ou de moins ne changerait rien, ni à l’affaire, ni au problème.

Aux Etats-Unis, seul l’or olympique compte

Car derrière Vonn, 33 ans, arrivent déjà Marcel Hirscher (28 ans, 55 victoires, 14 globes), et surtout Mikaela Shiffrin (22 ans, 41 victoires). Les records sont faits pour être battus, les siens comme ceux des autres. Ils ne sont finalement que des traces dans la neige fraîche. Seuls les titres olympiques impriment réellement et durablement l’imaginaire collectif. Et il n’y a que les JO pour éveiller, quinze jours tous les quatre ans, l’intérêt du public américain pour le ski alpin. C’est là qu’il faut briller, et briller d’or.

De Bill Johnson à Phil Mahre, de Gretchen Fraser à Diane Roffe, 14 champions américains (pour 16 médailles d’or) ont gravi l’Olympe en dévalant les pentes, imprimant chaque fois un peu plus la légende de ces Yankees capables comme personne de se sublimer lors du «D-Day». Lindsey Vonn est du lot, mais n’en ressort pas. Son seul titre olympique (la descente à Vancouver en 2010) la place sur la même ligne que Picabo Street ou Julia Mancuso. Et là encore, l’étoile de Mikaela Shiffrin (championne olympique de slalom en 2014 à Sotchi) menace d’accaparer bientôt toute la lumière.

Aux Etats-Unis, seuls Ted Ligety et Andrea Mead sont, pour l’heure, doubles champions olympiques de ski. Dans les bilans internationaux, Vonn la «speed queen» n’arrive que bien après les quatre titres de Janica Kostelic et les trois médailles d’or de Vreni Schneider, Katja Seizinger, Maria Höfl-Riesch et Deborah Compagnoni.

34% de réussite en Coupe du monde, 18% aux Jeux

En Coupe du monde, Lindsey Vonn a signé 135 podiums (dont 81 victoires) en 390 départs, soit un podium toutes les trois courses (34%). Aux Championnats du monde, dans un contexte plus relevé, son taux de réussite est sensiblement identique: 7 médailles (dont deux titres en 2009) en 22 dossards, soit 32% de réussite. En revanche, aux Jeux olympiques, où elle a remporté l’or (descente) et le bronze (super-G) à Vancouver, elle n’est «montée sur la boîte» que deux fois sur 11 possibles, à peine 18% des cas.

En 2002 à Salt Lake City, une Amérique encore traumatisée par les très récents attentats du 11-Septembre se passionne pour Bode Miller et Picabo Street, et découvre une jeune blonde de 17 ans, Lindsey Kildow, sixième du combiné. Quatre ans plus tard à Turin, elle arrive en outsider après ses deux victoires à Lake Louise et Val d'Isère, mais une lourde chute lors du second entraînement de la descente martyrise sa hanche et ruine ses chances. Elle ne se classe que huitième en descente, septième en super-G et quatorzième en slalom.

Pyeongchang, une obsession

Lindsey, devenue Vonn en 2007, est l’incontestable favorite des Jeux de Vancouver. Elle remporte enfin l’or olympique en descente mais, inscrite dans toutes les épreuves, chute ou sort de la piste trois fois et n’ajoute finalement qu’une seule autre médaille, le bronze du super-G. Elle vise Sotchi en 2014 mais, un an avant, se blesse grièvement (fracture du tibia, déchirure du ligament croisé antérieur du genou) aux Mondiaux de Schladming. Elle fait le forcing pour être prête mais se reblesse en novembre, insiste, avant finalement de se rendre à l’évidence.

Elle renonce à Sotchi, pas à son rêve olympique. Lorsqu’elle se blesse, encore, dans le super-G de Sölden en février 2016 et doit abandonner le gros globe de cristal à Lara Gut, elle prend «la décision la plus difficile de [sa] carrière», parce qu’«avec les Jeux olympiques en Corée du Sud dans deux ans, je ne peux pas prendre le moindre risque». Et lorsqu’elle se fracture le bras droit le 9 novembre 2016 à l’entraînement, elle en sourit presque: «Au moins, mes genoux sont OK et je reviendrai sur les pistes aussitôt que possible, comme je l’ai toujours fait!» Cette fille n’a peur de rien, et surtout pas d’une superstition.

Publicité