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Lindsey Vonn, le glamour des neiges

L’Américaine est tout à la fois la grande favorite et la vedette des Mondiaux de ski qui débutent demain, chez elle, à Vail et Beaver Creek

Lindsey Vonn,le glamourdes neiges

Ski L’Américaine est tout à la fois la grande favorite et la vedette des Mondiaux qui débutent demain, chez elle, à Vailet Beaver Creek

Des rumeurs, du glamour et des victoires, du trash et du cash, c’est la vie de Lindsey Vonn, la fille qui a fait glisser le ski des pages des sports aux magazines papier glacé. L’Américaine, 30 ans et toutes ses belles dents blanches malgré quelques sévères gamelles, est la reine des neiges. La plus grande star du ski alpin, sans distinction de sexe, depuis Alberto Tomba. Parce qu’elle aime les séances photos, les tapis rouges, les déplacements en hélicoptère, clamer qu’elle est la meilleure et son copain golfeur, elle incarne «le ski paillettes, pas tartiflette», selon la formule de L’Equipe. «Elle gagne tout, elle est mignonne et elle sort avec Tiger Woods; c’est presque indécent!» résume Lise-Marie Morerod.

Sous contrat avec Rolex et Red Bull, très à l’aise en interview comme en bikini, Lindsey Vonn pourrait n’être qu’un produit marketing. C’est d’abord et surtout une très grande championne. La plus grande? La question se pose depuis qu’elle a égalé, dépassé et distancé Annemarie Moser-Proell. En huit jours et quatre courses, le vieux record du nombre de victoires en Coupe du monde de l’Autrichienne se faisait blanchir les dents par la blonde tornade du Minnesota. «Ce record, je le pensais intouchable, avoue Lise-Marie Morerod, vainqueur de la Coupe du monde 1977. A l’époque, Annemarie Moser-Proell gagnait toutes les courses; c’était la fille à battre.»

Au tableau d’honneur, Stenmark compte 86 victoires, Vonn 64, Moser-Proell 62, Vreni Schneider 55. Dans le détail, Lindsey Vonn cumule 32 descentes, 21 super-G, 3 géants, 2 slaloms, 5 super-combinés. Alors, la plus grande? «Quand je suis arrivée en Coupe du monde, Fernande Bochatay [médaille de bronze aux JO de Grenoble en 1968, ndlr] m’a tout de suite prévenue: à la fin de la saison, on devait rendre le pull à la fédération suisse», raconte Lise-Marie Morerod, histoire de rappeler d’emblée que les époques sont incomparables. «Par contre, Lindsey comme Annemarie ou Vreni sont des filles à part. Elles ont un potentiel supérieur, en tout cas dans la tête. Elles vont jusqu’au bout.»

Jacques Reymond, ancien entraîneur national et époux d’Erika Hess, confirme que «Lindsey Vonn marque son époque, à n’en pas douter», mais préfère mettre en évidence ce que cela signifie. «Battre ce record, que je croyais moi aussi inaccessible, implique de gagner six ou sept courses par an pendant dix ans. Il faut une régularité exceptionnelle.» Son mérite est d’autant plus grand qu’elle fut gravement blessée: rupture des ligaments croisés du genou droit en février 2013 aux Mondiaux de Schladming, récidive partielle neuf mois plus tard à l’entraînement à Val d’Isère. Elle est revenue encore plus forte. «Elle revient et elle gagne; les autres filles la regardent comme Nadal», estime Romain Roseng, qui suit le circuit féminin pour la RTS. «Avant sa blessure, elle était pratiquement imbattable, mais c’est depuis son retour qu’elle m’impressionne le plus, reprend Jacques Reymond. Vous savez, gagner lorsque tout va bien, lorsque vous êtes en confiance, je ne dirai pas que c’est facile mais vous le faites sans trop vous poser de questions. Avoir subi une blessure comme la sienne implique de tout recommencer à zéro physiquement. Il faut se remettre en question, se remettre au travail. Elle l’a fait avec une volonté et une force de caractère sans égales.»

«Tomber, avoir mal, se relever, ça fait partie de mon boulot», répond sobrement l’intéressée. Un jour, elle a chuté trois fois mais a terminé la course. Tête brûlée mais pas garçon manqué. Enfant, c’était Barbie et petites robes à volants. Et daddy, premier entraîneur, qui pousse fort. Trop fort. Le père et la famille ont renoué après des années de brouille. Enfant, la lumière est venue d’une rencontre avec Picabo Street, la championne olympique 1998 de super-G, croisée dans un magasin de ski du Minnesota. Lindsey a 9 ans et croit entendre Wonder Woman lui dire à l’oreille: «Tu dois voir ta ligne.» Pas celle des autres. La tienne.

Sa ligne est assez masculine. Autant sur les pistes, où elle taille des courbes au plus direct, qu’à l’entraînement, où elle s’astreint à des charges d’effort inconnues de ses rivales. Son physique (1m78, 73 kilos), son caractère (elle n’a peur de rien) et sa détermination tranchent avec les standards usuels. Elle aime souffrir à l’entraînement, se battre avec les meilleures, et, bien sûr, les battre. Elle utilise des skis masculins et a même ambitionné de courir avec les hommes. Jacques Reymond met toutefois en garde contre une interprétation uniquement physique du phénomène. «Je ne dirai pas qu’elle skie comme un homme. Techniquement, elle a un ski très épuré. Sa très grande condition physique est au service d’un style raffiné. Elle se sert de sa force mais elle ne skie pas en force.»

Première championne olympique de descente de l’histoire du ski américain, Lindsey Vonn se présente aux Championnats du monde de Vail et Beaver Creek en grande favorite. Elle s’est préparée avec soin, s’entraînant depuis des mois sur cette piste où le circuit féminin s’arrête rarement. Ça débute mardi avec le super-G. Comme Super Girl.

«Elle gagne tout, elle est mignonne et elle sort avec Tiger Woods; c’est presque indécent!»

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