Sion en 1re Ligue, Lausanne-Sports en 2e Ligue interrégionale, le football romand vit un véritable traumatisme. Par le passé, il a souvent damé le pion à la majorité alémanique. Le déclin est brutal. En moins de deux ans, cette position dominante s'est effondrée. Les derniers représentants au sein de l'élite, Servette et Neuchâtel Xamax, sont confrontés à des difficultés financières sans fin.

A force de frôler les précipices, leurs dirigeants ont gagné en lucidité. Ils n'attendent plus leur salut d'un hypothétique investissement de mécènes étrangers. La rigueur salariale adoptée depuis quelque temps déjà à Neuchâtel fait école à Genève. «Aucun salaire ne dépasse la barre des 15 000 francs», assure Alain Rolland. Le PDG du groupe Jelmoli est le véritable patron du club. Il est aussi le plus solide et le plus fervent soutien du nouvel entraîneur, Marco Schällibaum. Les deux hommes affichent un tempérament identique de battant. Ils supporteront malaisément toute forme de renoncement parmi les joueurs. Les primes à la performance seront le plus sûr aiguillon. Autre stimulant, la montée en force de ces stagiaires provenant du centre de formation. Certes, ils n'ont pas tous le talent de Philippe Senderos, le nouveau protégé d'Arsène Wenger à Arsenal, mais ils sont suffisamment performants pour que le club s'abstienne enfin de recruter de faux renforts. Tous les efforts ont porté durant la pause sur la recherche d'un buteur. Mais ses moyens limités l'ont empêché, non seulement de convaincre mais, plus révélateur encore, d'entrer en négociations avec André Muff et Marco Streller, deux joueurs suisses en devenir…

Sans la construction du nouveau stade à La Praille, Servette n'existerait plus. Après le départ de Canal + en octobre 2002 et la dérobade du président fantôme Michel Coencas, le club a frôlé le dépôt de bilan. Aujourd'hui, il est confronté à une énorme attente. Le spectacle sur la pelouse doit être en harmonie avec la majesté du décor. A Neuchâtel, Claude Ryf n'est pas soumis à la même pression. Il jouit d'un réel crédit. Au printemps, il a su répondre à l'attente du public en décrochant un ticket européen. Meneur de jeu incomparable, Augustine Simo avait beaucoup contribué à cette qualification. Au FC Zurich, le Camerounais quadruplerait son salaire aux dires de Gilbert Facchinetti. Il n'a pas été possible également de s'opposer financièrement au départ du Brésilien Leandro aux Young Boys. Le pari sur la jeunesse, avec le Lausannois Xavier Margairaz et l'Australien Joël Griffiths, est la meilleure des parades. La seule.