Euro 2016

L’Italie met un terme au règne de l’Espagne

Battu 2-0 par une Squadra généreuse et séduisante, le double champion d’Europe quitte la compétition dès les huitièmes de finale. La fin d’une génération dorée

Cette fois, la thèse de l’accident ne tient plus. Ni sur les causes de la défaite, ni sur ses conséquences. Après son titre mondial, abandonné au Brésil dès la phase de poule, l’Espagne cède son (double) sceptre européen dès les huitièmes de finale. L’invincible armada des années 2008-2012, rentre à la maison et dans le rang. C’était inévitable; ainsi meurent les équipes. Lundi au Stade de France, elle a été battue par une Italie plus forte qu’elle, plus déterminée et même plus joueuse.

L’Espagne possède toujours de grands joueurs. Mais elle n’a plus l’état d’esprit qui l’a couverte d’or. Xavi et Puyol sont partis, Casillas est sur le banc et Iniesta est trop seul pour garantir le projet commun.

Le match, débuté sous des trombes d’eau, aurait pu être plié à la mi-temps. Huitième minute: tête de Pellè. Tout le stade croit au but mais De Gea se prend pour Gordon Banks et réalise un arrêt-réflexe étonnant. Le gardien espagnol est encore à la parade trois minutes plus tard sur un retourné de Giaccherini, mais l’arbitre a sifflé pied levé, ce qui en l’occurence est un euphémisme.

L’Italie, hargneuse et organisée, quadrille le terrain et prend l’Espagne à son propre jeu de la possession. La Roja (qui joue en blanc) commence à sortir la tête de l’eau après vingt minutes. Elle revient mais à son rythme, avec un soupçon de suffisance qui devient une preuve sur l’ouverture du score de l’Italie (33e). Au départ, un coup-franc plein axe tiré par Eder. Eder est un attaquant d’origine brésilienne, comme le flamboyant numéro 11 du Brésil 1982, celui qui tirait les coup-francs en visant la valve du ballon. Cela donnait une trajectoire flottante à la balle.

Plus besoin de ça avec les ballons modernes; ça zigzague tout seul. Le tir arrive sur De Gea mais le gardien espagnol concède un rebond, comme on dit au hockey, sur lequel se jettent deux Italiens. Giaccherini tacle la balle et Chiellini la pousse au fond. L’expression est vilaine, le but est moche et le buteur pas un premier prix de beauté. Mais Chiellini est emblématique de cette Italie d’apparence quelconque mais qui sait se sublimer dans cet Euro.

En fin de première mi-temps et en début de deuxième, De Gea s’emploie et se déploie pour sauver les meubles et l’intérêt du match. L’Italie va-t-elle payer – un comble pour elle! – son manque d’efficacité? L’Espagne accélère enfin, presse, tente quelque chose même si c’est assez désordonné. Iniesta fait son âge mais place une volée sans élan qui inquiète Buffon (75e). Le vétéran italien (38 ans) sauve son équipe devant Piqué (87e) avant que, comme contre la Belgique, Graziano Pellè ne marque en contre le but de la sécurité (90e 2-0).

La Squadra azzura poursuit sa route. Elle est plus escarpée qu’une étape du Giro dans les Dolomites: l’Allemagne samedi à Bordeaux puis la France ou l’Islande en demi-finale avant, peut-être, de retrouver la Belgique en finale. L’équipe d’Antonio Conte est ce que l’on a vu de plus probant jusqu’à présent mais pourra-t-elle tenir ce rythme jusqu’au bout?

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