Effacé, le terrible souvenir de la Coupe du monde 2018 qui s’est disputée sans elle: l’équipe d’Italie s’invite en finale de l’Euro! Il lui a fallu une séance de tirs au but, ce mardi à Wembley, pour se défaire de l’Espagne après une rencontre qui s’était terminée sur le score de 1-1. Elle affrontera dimanche le vainqueur de la seconde demi-finale qui opposera ce mardi l’Angleterre au Danemark, toujours à Londres.

Victorieuse de la Suisse au tour précédent lors du même exercice cruel mais parfois nécessaire des penaltys, la Roja n’est pas parvenue à l’emporter une seconde fois. Très bons dans le jeu, Dani Olmo et Alvaro Morata ont raté leur affaire, tandis que seul Manuel Locatelli échouait côté transalpin. Difficile de dire ce qui fait vraiment la différence dans ce genre de situations, mais l’usure a peut-être joué un rôle: les Ibériques en étaient à leur troisième rencontre de 120 minutes consécutive.

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L’essentiel est là: l’Italie va donc jouer pour décrocher son premier trophée majeur depuis la Coupe du monde 2006, et sa deuxième victoire à l’Euro seulement après celle de 1968. C’est loin d’être immérité au vu de la qualité des prestations alignées depuis le début de ce tournoi, notamment contre l’équipe de Suisse au premier tour (3-0).

«Faux 9» et vraie bonne idée

C’est une véritable opposition de styles qui fut proposée aux quelque 60 000 spectateurs de Wembley (dont 11 000 Italiens et 9000 Espagnols selon les deux fédérations). D’un côté, la Nazionale et son jeu tout en recherche de verticalité; de l’autre, la Roja et son obsession de la conservation du ballon.

Ce tableau était prévisible, et pourtant chacune des deux formations a légèrement fait évoluer son plan par rapport aux matchs précédents. Le sélectionneur Roberto Mancini a sans doute demandé à ses hommes – qui se plaisaient jusque-là à dominer – d’accepter de laisser le cuir à leurs adversaires pour se concentrer sur les phases de rupture. Son homologue Luis Enrique a, lui, remplacé Alvaro Morata par Dani Olmo en pointe, troquant un pur centre-avant pour un «faux 9» à l’espagnol qui a passablement perturbé l’alignement défensif de Leonardo Bonucci e compagnia.

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Durant une première heure à haute intensité, marquée par une qualité technique générale de premier ordre, les deux projets se sont neutralisés. L’Italie a beaucoup cherché la profondeur, notamment via des ballons dans le dos de la défense, mais le gardien Unai Simon évoluait suffisamment loin de sa cage pour contrecarrer chaque tentative. Il ne fut guère battu qu’à la 45e sur un essai d’Emerson, mais sa barre transversale l’a sauvé. L’Espagne, elle, est parvenue à créer des décalages, à ouvrir des failles, mais jamais à les exploiter. Sur la seule frappe cadrée de la première mi-temps (Dani Olmo à la 25e minute), Gianluigi Donnarumma faisait la démonstration de son amplitude et de sa vélocité pour repousser en corner.

Deux buts calibrés

La situation s’est décantée après la pause, chaque formation inscrivant un but conforme à son identité propre. A la 60e, le ballon passait en quatre passes du gardien à l’attaquant Federico Chiesa, qui enroulait une merveille de frappe dans le petit filet d’Unai Simon. Vingt minutes plus tard, l’Espagne réussissait une phase de jeu quasi «tiki-takaesque» pour égaliser via Alvaro Morata – entré peu avant – sur un service de Dani Olmo. Deux belles réussites, qui ont permis au suspense de se prolonger une demi-heure de plus.

On aurait presque été tenté de s’en réjouir, mais le niveau a rapidement baissé d’un cran. Contrairement à ce qui s’était passé en huitièmes de finale contre la Croatie, les hommes de Luis Enrique ne sont pas parvenus à enflammer le temps supplémentaire pour se qualifier par le jeu. A posteriori, ils doivent se dire qu’ils auraient dû essayer davantage.

Cette partie, qui mettait aux prises les deux bourreaux de la Nati à l’Euro, a aussi permis de mesurer ce qui avait manqué aux hommes de Vladimir Petkovic. L’Italie a, mieux qu’elle, réussi à mettre l’Espagne sous pression dans le déploiement de son jeu de possession, tandis que l’Espagne a mieux géré la projection de l’Italie. Ces deux sélections, qui ne figuraient pas dans le «premier chapeau» des favoris en début de tournoi, ont séduit tant par leurs philosophies singulières que par leurs capacités à s’adapter à l’adversaire. Mais il ne pouvait en rester qu’une.