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Battue 1-0 à Stockholm, l'Italie n'a pu faire mieux que 0-0 lundi soir à Milan. Pour la première fois depuis 1958, les Italiens ne participeront pas à la Coupe du monde.
© Claudio Villa/Getty Images

Football

Pour l’Italie, un 0-0 en miroir

Incapable de marquer un but contre la Suède, l’Italie se retrouve exclue de la Coupe du monde 2018, une première depuis soixante ans. Le score est ironique mais la sanction logique pour un football sur le déclin depuis plusieurs années

L’Italie n’avait pas connu naufrage aussi spectaculaire depuis le Costa Concordia. Privée de Coupe du monde pour la première fois depuis soixante ans, son équipe de football, la Squadra, a échoué en barrage, envoyée par le fond par la Suède.

Un système de qualification «injuste»

Depuis plusieurs mois, le réflexe de cette Italie enlisée dans la suffisance consistait à mettre la tête dans le sable en imitant l’autruche. Le sélectionneur Giampiero Ventura a critiqué l’arbitrage du match aller (celui du match retour a privé la Suède, en deux occasions, d’un penalty). Début septembre, après une défaite 3-0 en Espagne qui condamnait l’Italie au barrage, le président de la Fédération italienne (FIGC) Carlo Tavecchio avait pesté contre ce système de qualification «injuste», qui ne tient «pas compte des quatre titres mondiaux gagnés par l’Italie».

Tavecchio avait promis «d’en parler à Gianni» [Infantino, le président de la FIFA], comme si les problèmes de l’Italie pouvaient éternellement se régler dans les coulisses. Il doit d’abord parler mercredi à Ventura, très contesté, mais qui n’a pas prévu de démissionner et ne voit d’ailleurs pas pourquoi. «C’est le football, et je connais le football. […] Ma plus grande erreur, c’est que nous ne sommes pas parvenus à marquer. […] On ne peut pas attaquer le sérieux, la volonté et le professionnalisme avec lesquels j’ai fait ce travail.»

Nous avons touché le fond. C’est le niveau le plus bas depuis longtemps

Giorgio Chiellini, défenseur de l'équipe italienne

L’Italie peut compter sur des joueurs plus dignes que leurs dirigeants. Ainsi Gigi Buffon qui, comme contre la France un an plus tôt, a ostensiblement applaudi avant le match l’hymne suédois que le public de San Siro s’appliquait à conspuer. Mettre la pression, une autre habitude qui ne peut plus servir de cache-misère. «On n’a jamais vu un but marqué depuis les tribunes, rappelait le néo-retraité Andrea Pirlo quelques jours plus tôt. Les joueurs doivent donner davantage que ce qu’ils n’ont fait en Suède.»

Lucide également, Daniele De Rossi, lorsque l’entraîneur assistant lui demanda de se préparer à entrer en jeu. «Pourquoi moi? On a besoin de gagner, pas de tenir le match nul», s’étonna le demi-défensif de l’AS Roma, en désignant l’attaquant de Naples Lorenzo Insigne, plus à même selon lui de qualifier l’Italie.

En d’autres temps, la réaction de De Rossi aurait été très mal accueillie mais lundi, tout un pays a partagé son interrogation. Tout le monde était également d’accord avec le jugement sans appel de Giorgio Chiellini: «Nous avons touché le fond. C’est le niveau le plus bas depuis longtemps.»

Les stars ont 39 ans en moyenne

L’Italie ne participera pas à une Coupe du monde dont elle avait été sortie dès le premier tour en 2010 (défaite contre la Slovaquie, matches nuls contre le Paraguay et la Nouvelle-Zélande) et en 2014 (défaites contre le Costa Rica et l’Uruguay). Mais il y avait eu la finale de l’Euro 2012, l’élimination de l’Espagne en 2016 avec «la sélection la plus faible de l’histoire du calcio», ce mythe bien ancré qu’un entraîneur italien pourra toujours faire des miracles, et puis cette idée qu’une qualification poussive est plutôt bon signe. Autant de raisons d’y croire encore et toujours, autant d’excuses pour ne pas voir la réalité en face.

Cette élimination marque la fin de carrière internationale des trois derniers champions du monde 2006: Daniele De Rossi, Andrea Barzagli et surtout Gianluigi Buffon, vingt ans dans le maillot gris de gardien de la Nazionale (175 sélections). L’année 2017 aura également vu le départ à la retraite d’Andrea Pirlo et de Francesco Totti. Buffon, Pirlo, Totti: les stars du foot italien ont 39 ans de moyenne d’âge.

«Notre tradition s’est perdue»

Derrière, il n’y a rien, ou presque. La Botte ne produit plus de grands joueurs, parce que les clubs ont fait le choix des transferts spéculatifs et des effectifs mondialisés plutôt que des talents locaux. Selon le Centre international d'étude du sport (CIES) de Neuchâtel, le Calcio est le championnat qui forme le moins (seulement 9% de ses joueurs). Dans le onze titulaire lundi à San Siro, six joueurs avaient moins de 10 matches en Ligue des champions. Le football italien ne compte plus les faillites et les salaires impayés. Et cela ne va pas s’arranger. Le manque à gagner de cette élimination, entre les primes de participation non perçues de la FIFA et l’activation de clauses à la baisse des contrats de sponsoring, est estimé à 100 millions d’euros.

A ces explications structurelles, Giorgio Chiellini ajoute une perte d’identité du football italien. Au pays du 0-0, les défenseurs s’intéressent désormais davantage à éclairer le jeu qu’à éteindre leur attaquant. «Le «guardiolisme» a ruiné toute une génération, notre tradition s’est perdue», regrette le défenseur à l’ancienne de la Juve. Pour revenir dans l’élite mondiale, nous devons retrouver le type de défenseurs que nous avions il y a vingt ans.»

A l’Italie de faire le travail que, successivement, la France, l’Espagne, l’Allemagne et l’Angleterre ont fait avant elle. D’ici là, c’est donc un ironique 0-0 qui l’obligera à regarder le Mondiale 2018 à la télé. Une rude perspective pour un pays à qui le football, écrivait mardi le Corriere della Sera, donnait «l’illusion de compter encore pour quelque chose».

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