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Wayne Rooney célèbre l’ouverture du score lors du match opposant Manchester United à Liverpool, le 17 janvier dernier.
© PAUL ELLIS

Football

Liverpool et Manchester, rivalité éternelle

Les deux clubs historiques du football anglais se retrouvent en Europa League. Stéphane Henchoz raconte de l’intérieur ce qui, pour les deux équipes, est le match de l’année

Liverpool affronte Manchester United en huitième de finale de l’Europa League. Même si ce double affrontement n’a pas la saveur d’une rencontre de championnat, ces deux matchs sont très attendus dans les deux camps, qui se détestent cordialement. Un peu comme les Valaisans et les Genevois, pour prendre un point de comparaison romand.

Avant d’être une rivalité sportive, Liverpool-Manchester oppose deux villes très différentes. D’une manière générale, personne en Angleterre n’aime Liverpool. La ville a très mauvaise réputation et si vous dites à un Londonien, comme cela m’est arrivé, que vous avez vécu onze ans là-bas, il va se méfier de vous, jusqu’à ce que vous précisiez que c’était pour le football. Les habitants de Liverpool seraient tous des chômeurs, des voleurs et des vendeurs de drogue, et en plus ils parlent avec un accent débile. Il y a quelques années, un pilote d’un vol EasyJet a annoncé au micro que l’avion survolait Liverpool et que les passagers étaient invités à surveiller leurs valeurs. Ce n’est pas toujours de «l’humour»; après la catastrophe de Hillsborough, où 96 supporters du club périrent étouffés au pied d’une tribune, le Sun a écrit que certains fans de Liverpool avaient fait les poches des morts. Depuis, aucun scouser [un habitant de Liverpool] digne de ce nom ne lit le Sun.

Pour ce qui est de l’accent, par contre, ce n’est pas une légende. Lorsque je suis arrivé chez les Reds, je venais de passer deux saisons à Blackburn mais j’ai quand même eu de la peine à comprendre ce que l’on me disait. A Liverpool, «chicken» se dit «tchireune». Quant à Jamie Carragher, un prolo issu des entrailles de la ville, j’avais l’impression qu’une sorte de néerlandais sortait de sa bouche. Il est aujourd’hui consultant à la télévision mais il a été beaucoup critiqué au début et doit encore faire de gros efforts de concentration pour gommer son accent. Bref, Liverpool, c’est un peu Marseille quartiers nord avec l’accent des Ch’tis.

Manchester est une ville très différente. Ce n’est pas Londres, il n’y a pas l’opulence du sud de l’Angleterre mais c’est tout de même une ville moderne, qui s’est beaucoup développée ces dernières années. Ses habitants parviennent à se faire comprendre à peu près dans tous le pays. Accolé au Grand Manchester se trouve le Cheshire, le comté de Chester, une ville historique entourée de petits villages aux maisons cossues. C’est une zone très riche, avec de bonnes écoles, où habitent notamment tous les joueurs professionnels de la région, ceux de Manchester comme ceux de Blackburn, de Bolton et même de Liverpool.

Le football a exacerbé cette opposition entre les villes. Il faut préciser tout de suite que lorsque l’on parle de Manchester, c’est toujours de United, jamais de City. A l’étranger, Liverpool et MU sont les deux seuls clubs qui importent. Personne ne vous parle de Chelsea, de Manchester City ou de Tottenham. Pour Everton, le derby de la Mersey est le «big match» mais pour Liverpool, celui contre Manchester est plus important parce que s’y règle la suprématie nationale. Depuis la fin des années cinquante, les deux équipes ont successivement dominé le football anglais. Manchester compte plus de titres de champion (20 contre 18) mais Liverpool a gagné plus de Ligue des champions (5 contre 3).

Les Reds ont été très marquants dans les années 70 et 80, l’entraîneur mythique Bill Shankly fit de Liverpool la première équipe britannique à abandonner le kick and rush. Manchester a comblé son retard puis dépassé son rival dans les années 1990 et 2000 en étant le premier à se développer comme une marque, à agrandir le stade pour générer de nouvelles recettes, à s’ouvrir au monde en ouvrant des boutiques et des académies à l’étranger, en tissant un réseau de scouts, en organisant des tournées d’été. Sur le plan du jeu, Alex Ferguson s’est beaucoup intéressé à ce qui se faisait à l’étranger et son équipe s’est mise elle aussi à jouer dans les pieds. Autant dans un derby contre Everton, jouer en deux touches vous expose à vous faire «ramasser», autant dans un Liverpool-Manchester, ça joue au foot, quel que soit l’enjeu.

Les deux clubs se retrouvent actuellement dans une phase de transition. Liverpool a trouvé avec Jürgen Klopp un entraîneur qui lui convient bien – généreux, passionné, expressif – mais ses résultats ne sont pas meilleurs que ceux de son prédécesseur Brendan Rogers. On verra ce qu’il fera cet été lors du mercato mais le club a désormais un urgent besoin de résultats. Ses dernières stars mondiales s’appelaient Fernando Torres, Steven Gerrard, Luis Suarez. Aujourd’hui, le palmarès ne compense pas le fait de ne plus jouer le titre ou d’être absent de la Ligue des champions et le club ne parvient plus à recruter que des joueurs moyens trop cher payés.

Le creux est moins net et plus récent à Old Trafford mais Manchester a mal géré l’après-Ferguson. Pour moi, David Moyes était une erreur de casting. Cet entraîneur faisait des miracles avec Everton, une équipe de milieu de tableau habituée à se défoncer à l’entraînement et à jouer le contre en championnat, mais gérer un effectif de stars habituées à jouer deux fois par semaine et à s’autogérer entre deux est un tout autre challenge. Louis van Gaal a lui le profil requis mais sa personnalité ne passe pas. Des échos que j’ai à l’intérieur du club, il n’est pas aimé car il est jugé trop froid et même antipathique.

Les joueurs anglais sont des bons vivants qui ont besoin d’un espace de liberté pour s’exprimer. En football, ils ont une capacité unique à faire la part des choses et peuvent rigoler dans le vestiaire avec la musique à fond et être à 100% dans le match dès le coup d’envoi. Pour eux, la notion de groupe est primordiale, déterminante. Signer dans un autre club sans y être obligé est considéré comme une traîtrise. Très peu de joueurs ont joué à la fois à Liverpool et à Manchester. Il y a Paul Ince et Michael Owen, mais ils ne sont pas passés directement de l’un à l’autre.

Dix ans après, nous nous retrouvons régulièrement pour des matchs d’anciennes gloires, et rien n’a changé. Les deux équipes voyagent parfois ensemble mais se mélangent peu, voire pas du tout. Sur le terrain, personne ne se fait de cadeau parce que tout le monde veut gagner ce match plus qu’aucun autre. C’est ainsi. Il m’arrive parfois de penser que j’aurais pu jouer pour le camp ennemi et c’est un sentiment bizarre. Lorsque j’ai quitté Hambourg en 1997, j’ai été contacté par Manchester United alors que je venais de me mettre d’accord oralement avec Blackburn. Forcément, MU ça fait réfléchir… Mais j’avais donné ma parole à Roy Hodgson et découvrir l’Angleterre avec lui à Blackburn m’offrait plus de garanties que d’être le remplaçant de Steve Bruce et Gary Pallister à Manchester. Je n’ai jamais regretté ce choix parce que deux ans après, je signais à Liverpool. Et que pour moi, représenter ces gens attachants que personne n’aime donne à Liverpool un supplément d’âme unique.

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