Loïck Peyron sera le deuxième barreur du catamaran Alinghi 5. Facétieux, le navigateur français évoque son rôle sur le bateau

Le Temps: Comment se passera le partage de la barre avec Ernesto Bertarelli?

Loïck Peyron: On tire la barre tous les deux et le plus fort gagne (il se marre). Non, sérieusement, le bateau a un poste de barre sur chaque coque et nous sommes techniquement obligés d’être deux durant les virements de bord. C’est Ernesto qui sera le véritable barreur et je prendrai peut-être le relais dans certaines conditions plus irrégulières, plus musclées. Comme cette course demande de rester attentif pendant très longtemps, il est utile de pouvoir se remplacer. Je trouve joli qu’un armateur ait le potentiel de barrer son propre bateau. On revient à ce qui se faisait à une certaine époque.

– N’êtes-vous pas déçu de ne pas piloter?

– Non. Nous savons tous depuis le début que nous ne sommes pas sûrs d’être sur le bateau et je suis déjà content d’être à bord. J’ai eu la chance de pouvoir barrer longtemps le bateau, d’avoir participé aux développements, j’ai un rôle de père formateur. Je suis le petit rat du navire. Je cours dans tous les coins, je recueille des informations et je les transmets. J’aime bien le côté très technologique de ce bateau car les chiffres me permettent de valider mes sensations. Je n’avais jamais pu naviguer comme ça et je vois que mes sentiments sont souvent justes.

– Barrez-vous différemment ­qu’Ernesto Bertarelli?

– Je fais du multicoque depuis tout petit et je peux me débrouiller tout seul. Je suis plus directif quand je suis à la barre, tandis qu’Ernesto attend plus qu’on lui donne des informations.

– Comment vous sentez-vous à trois jours du départ?

– Je me sens bien. La moyenne d’âge est plutôt élevée dans l’équipe et on a l’habitude des grands rendez-vous. Je suis plus stressé avant un tour du monde en solitaire. Ce qui met plus de piment, c’est qu’on va découvrir notre adversaire durant la première régate alors que d’habitude on peut l’observer durant la Coupe Louis Vuitton, la phase des éliminatoires.