En remportant la Ligue des championnes en 2021, le FC Barcelone a brisé la série de l’Olympique Lyonnais, qui restait sur cinq sacres consécutifs. Ce samedi à Turin, l’Olympique Lyonnais a brisé le FC Barcelone en une demi-heure pour prendre sa revanche. Il y avait 3-0 pour les joueuses de Sonia Bompastor après 33 minutes de jeu. Malgré le retour de leurs adversaires, dominatrices dans la plus pure tradition blaugrana, les Françaises ont tenu bon pour s’imposer 3-1.

Beaucoup de choses ont changé, cette année, en Ligue des championnes. Le format, qui incluait pour la première fois une phase de groupes. La visibilité, sensiblement renforcée par la diffusion de tous les matchs sur YouTube. Les primes promises aux équipes participantes, revues largement à la hausse. Mais une vieille vérité n’a pas été démentie: l’Olympique Lyonnais demeure au sommet du football féminin, malgré un exercice 2020-2021 sans le moindre trophée. Sur le point de reconquérir le Championnat de France, le club a d’ores et déjà remporté huit fois la plus prestigieuse des compétitions, soit plus du tiers des 21 éditions disputées à ce jour, loin devant la concurrence. Francfort compte quatre titres, le dernier en 2015.

La Catalogne entière

Ce sacre est le huitième pour la capitaine Wendie Renard, le septième pour la patronne Amandie Henry, le cinquième pour l’icône norvégienne Ada Hegerberg. Il a pourtant le goût de l’inédit. Il a été acquis dans le contexte de cette Ligue des champions réinventée, «très convaincante» et «qui se rapproche de celle des garçons, en permettant aux équipes de progresser au cours d’un premier tour plus long», soulignera la coach Sonia Bompastor. A l’heure, aussi, où les «sections» des plus grands clubs masculins sont en passe de prendre le pouvoir sur les équipes historiques du football féminin. «Pour moi, c’est la plus belle de nos victoires car cette fois, tout le monde nous voyait comme des outsiders», validera Delphine Cascarino. Le succès a, enfin, quelque chose de spécial parce qu’il s’est dessiné dans l’immensité du Juventus Stadium, et dans une atmosphère de feu.

Les sceptiques doivent se rendre à l’évidence: le football féminin est, lui aussi, désormais capable de s’emparer d’une ville à l’occasion d’un grand match. Ce samedi, la quatorzième étape du Giro se terminait à Turin, mais pour le savoir, il fallait se promener sur la rive droite du Pô, où était installée la ligne d’arrivée. Ailleurs? La Catalogne entière semblait s’être déplacée pour soutenir le FC Barcelone. Venus en voiture pour l’aventure, ou en avion car c’est moins long, ils étaient environ 15 000 à agiter des drapeaux, à chanter en chœur sous le soleil cuisant et à chercher des places en terrasse. Les supporters de l’Olympique Lyonnais n’étaient que 2000, mais leur présence ne passait pas inaperçue autour des bars choisis pour leur «échauffement».

Parmi les fans des deux camps, il y avait ces groupes de filles, elles-mêmes footballeuses, vêtues des trainings de leurs clubs. Il y avait aussi le public familial typique des matchs féminins. Mais il y avait en plus beaucoup de passionnés du Barça et de l’OL version masculine qui se sont pris au jeu d’une compétition beaucoup mieux mise en valeur cette année. Le phénomène s’est produit partout en Europe, y compris en Suisse où Servette-Chênois a établi un record national d’affluence pour un match féminin en affrontant Chelsea devant 12 782 personnes. Il s’est confirmé lors d’une finale aux billets très abordables (dès 10 euros par adulte, 5 par enfant).

Merveille de but

Cet engouement demeure toutefois l’exception, pas la règle. Il y avait à Turin près de trois fois plus de Catalans que ne peut en accueillir l’Estadi Johan Cruyff, où le Barça joue ses matchs de championnat. Les joueuses ne font pas comme si cela ne changeait rien. «Ce n’est pas pareil de tirer un penalty dans notre petit stade ou au Camp Nou, déclarait la capitaine, Alexia Putellas, avant la partie. Les gens nous ont beaucoup plus suivies, donc nous avons beaucoup plus de pression. Mais cette pression, je la considère comme un luxe: qui n’aimerait pas jouer au football devant 90 000 personnes?»

Dans la chaude soirée de Turin, ce sont les joueuses de l’Olympique Lyonnais qui ont su garder la tête froide. En zone mixte, elles appelaient ça «l’expérience» ou «les valeurs». «Si je réalise qu’on écrit l’histoire? Oui et non, lançait Eugénie Le Sommer. En revanche, je sais qu’après autant de victoires on a toujours la même motivation de gagner encore.»

Dès la 6e minute de jeu, Amandine Henry saisissait sa chance des 30 mètres pour inscrire une merveille de but, d’une frappe enroulée en pleine lucarne. A la 23e, Ada Hegerberg ne tremblait pas au moment de conclure de la tête un centre parfait. A la demi-heure, c’est Catarina Macario qui inscrivait le 3-0 au terme d’une action plus confuse.

Après la réduction du score signée Alexia Putellas (41e), le Barça s’est créé énormément d’occasions de revenir. Parfois, un soupçon de malchance a eu raison du panache, comme quand la frappe de Patricia Guijarro, décochée de 50 mètres alors que la gardienne était avancée, s’est écrasée sur la latte. Mais souvent, il s’en est fallu d’un peu de précision ou de confiance dans le dernier geste. Entrée à la 58e minute de jeu, la Suissesse Ana-Maria Crnogorcevic n’a rien pu changer à l’issue de la rencontre.