«L'OM – Fournisseur officiel d'émotions». Ce slogan sur la home-page du site Internet de l'Olympique de Marseille n'est pas démenti par les faits. Emotions, dépression: avec deux matchs nuls et trois défaites, l'OM occupe à ce jour la seizième place du championnat de France. Un rang bien inférieur aux objectifs claironnés par les dirigeants en début de saison. Où l'OM ira-t-il chercher un sauveur suprême? Difficile à dire cette fois-ci, d'autant plus qu'il croyait l'avoir trouvé il y a cinq mois.

A l'époque, l'OM traîne déjà dans les eaux troubles du classement. Il ne reste que quelques matchs à jouer avant la fin du championnat 2000-2001. Pour la deuxième année consécutive, le club est menacé de relégation – en 1999-2000, il n'avait sauvé sa peau qu'à la différence de buts. Robert Louis-Dreyfus, le président d'Adidas qui a racheté l'OM à Bernard Tapie, a une idée de génie. Il nomme… Bernard Tapie directeur sportif du club. Première mesure: Tapie licencie l'entraîneur Javier Clemente qui déclare: «On connaît son style, Tapie est un dictateur.» Le «sauveur» débarque avec ses mouvements de menton, ses phrases à l'emporte-pièce et sa méthode chaotique faite de brutalité et de séduction. Il engage Tomislav Ivic, 67 ans. Ivic a entraîné Hadjuk Split, Ajax Amsterdam, Anderlecht, Galatasaray, Atletico de Marid, Benfica, Porto, Paris-Saint-Germain, entre autres, et il a déjà passé trois mois à Marseille pendant la saison 1991-1992. C'est un de ces hommes de terrain, roublards et expérimentés, comme on les aime sur la Canebière. Marseille termine à la quinzième place. Avec trois points d'avance sur le premier relégué. Ce n'est pas une position digne d'un des plus grands clubs d'Europe, ou du moins, d'un club qui aime se croire tel. D'autant que les semaines qui suivent sont agitées. La ligue de football menace l'OM d'une relégation administrative en deuxième division en raison de sa situation financière. Robert Louis-Dreyfus sauve de nouveau les meubles.

Le 25 juillet dernier, à quelques jours du début de la saison, Tomislav Ivic retourne chez lui, en Croatie, pour «raisons personnelles». On pense à ses problèmes de santé (il a connu des incidents cardiaques). On découvrira qu'il n'avait pas de contrat signé avec Marseille. Ivic est remplacé par son adjoint José Anigo, un homme formé à l'OM. Le 28 juillet, Le Monde fait un bilan de la situation sous le titre: «L'Olympique de Marseille s'enivre dans une valse de transferts virtuels.» On annonce l'arrivée d'une pléiade de vedettes. On ne verra que Frank Leboeuf. Le Brésilien Jardel, dont la signature est promise, finit par aller au Portugal, et les «grands» hésitent à faire partie d'une équipe dont l'avenir est incertain. D'autant plus incertain que ses dirigeants s'insultent en pleine conférence de presse au début du mois d'août. Pierre Dubiton, le responsable financier du club, dénonce les «effets d'annonce» de Bernard Tapie. Robert Louis-Dreyfus mettra cet incident sur le compte d'un «excès d'amour» pour le club.

Effets d'annonce ou pas, il est de plus en plus difficile de savoir qui fait partie de l'effectif. Ainsi, la direction annonce le prêt au Servette d'Alen Skoro, un jeune Bosniaque, dont le club veut se séparer pour ne pas dépasser le quota de joueurs extracommunautaires. Alen Skoro dit qu'il refuse de partir et conteste la régularité du contrat passé en faveur de Servette. Il aurait signé sans comprendre ce qu'on lui faisait signer. Mais, à Genève, Skoro ne figure pas dans l'effectif. Patrick Trotignon, le directeur général du club, nous a confirmé que le nom de Skoro avait été évoqué dans des pourparlers, mais que le joueur n'était jamais venu en Suisse «pour des raisons que j'ignore». Aujourd'hui, l'acquisition d'Alen Skoro n'est plus à l'ordre du jour.

Les deux premiers matchs de la saison de l'OM sont plutôt rassurants: matches nuls contre Montpellier, puis Bordeaux. La suite est catastrophique: trois défaites. Avec, au passage, le licenciement de José Anigo, qui ne veut pas devenir un «animateur d'entraînement»; et la visite éclair de Josip Skoblar, une ancienne gloire du club, qui fait une entrée et une sortie. Plus personne ne croit Bernard Tapie quand il dit, mardi dernier, que Tomislav Ivic sera bientôt de retour au club. Ivic se fait désirer. Il demande des garanties, un contrat, c'est «une question de dignité, de respect. Le travail d'entraîneur est compliqué partout, il l'est encore plus à Marseille». Robert Louis-Dreyfus est allé en personne chez lui, à Split, dans son jet privé. Ivic s'est laissé convaincre. Il sera aujourd'hui à Marseille.