Sale week-end pour l’équipe de Russie de football. Samedi, à Saint-Pétersbourg, les hommes de Stanislav Tchertchessov se devaient de battre le Mexique pour atteindre les demi-finales de la Coupe des Confédérations. Ils pensaient avoir fait le plus dur en ouvrant la marque à la 25e minute de jeu, mais leur joie n’a été que de courte durée: cinq minutes plus tard, ils concédaient l’égalisation, et leurs adversaires passaient finalement l’épaule en deuxième période. Auparavant vainqueurs de la Nouvelle-Zélande mais déjà battus par le Portugal, les Russes quittaient leur compétition par la petite porte. Et leurs ennuis ne faisaient que commencer.

Dimanche, le Mail of Sunday publiait une longue enquête faisant planer l’ombre du dopage sur la «Sbornaja». Le journal britannique révèle que les 23 joueurs sélectionnés pour le Mondial 2014 au Brésil – ainsi que onze autres footballeurs russes – figurent sur une liste de mille «personnes dignes d’intérêt» établie par l’Agence mondiale antidopage dans le cadre de son enquête sur le système dopage institutionnalisé par l’Etat russe. C’est la première fois que le football se retrouve lié à ce scandale qui a fait couler beaucoup d’encre l’année dernière, et a coûté leur participation aux Jeux olympiques 2016 à 111 sportifs, dont pratiquement toute l’équipe d’athlétisme.

«Un non-sens»

«Ne prenez pas la peine de lire la presse britannique aujourd’hui, a rétorqué le vice-premier ministre russe chargé des sports Vitali Moutko dans la journée de dimanche. Ce qu’ils ont écrit est un non-sens. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de problème de dopage dans notre football.» De son côté, la FIFA a démenti toute suspicion de dopage des footballeurs russes ayant disputé le Mondial au Brésil. «Tous les joueurs participant à la Coupe du monde FIFA 2014 – y compris tous les membres de l’équipe russe – ont subi des tests avant la compétition et après les matches. Ils se sont tous révélés négatifs», précise son communiqué. Le Mail on Sunday avançait pourtant qu’un porte-parole de l’organisation avait confirmé que l’enquête concernant les joueurs russes était toujours en cours.

«Les footballeurs ont attiré l’attention des autorités antidopage parce que celles-ci ont constaté des irrégularités dans un certain nombre d’échantillons d’urine, explique le Mail of Sunday. On ignore s’il existe une explication valable à cela. Il existe aussi des soupçons selon lesquels des joueurs de haut niveau étaient protégés de l’obligation de se soumettre à des tests, qu’ils soient dopés ou non.» Pour le journal, qui précise bien ne pas détenir de preuves de la culpabilité des joueurs, la question se pose aujourd’hui de savoir si toute l’équipe russe au Mondial 2014 était directement impliquée dans le scandale du dopage institutionnalisé en Russie. Cinq des joueurs présents au Brésil – Maksim Kanunnikov, Denis Glushakov, Igor Akinfeev, Aleksandr Samedov et Yuri Zhirkov – faisaient encore partie de la sélection pour la Coupe des Confédérations.

Une image à revaloriser

Cette nouvelle salve de révélations tombe au plus mauvais moment pour la Russie, en pleine opération de revalorisation de son image. A une année de la Coupe du monde 2018, la première de l’histoire organisée en Europe de l’Est, elle comptait sur la Coupe des Confédérations pour rassurer le monde du football quant à sa capacité à organiser un grand tournoi sans heurts autant qu’à maîtriser les dossiers du hooliganisme et du racisme dans les stades. A mi-parcours, le vice-premier ministre russe et président de la Fédération nationale de football Vitali Moutko se réjouissait samedi de la bonne tenue de la manifestation: «L’organisation de la Coupe des Confédérations est d’un très haut niveau. Ce n’est pas seulement notre évaluation mais aussi celle de la FIFA: j’ai été en contact avec des responsables qui m’ont dit qu’il n’y avait pas de problème.»

D’ici au Mondial 2018, la Russie a encore beaucoup de travail à accomplir. A l’heure actuelle, seuls quatre des onze stades qui accueilleront des matches sont prêts, mais en la matière, la Russie assure qu’elle sera dans les temps. Son chantier le plus délicat sera peut-être celui de la lutte contre le dopage, et de la restauration de sa crédibilité en la matière.