Les similitudes entre ce qui se passa le jeudi 22 mars dernier sur une autoroute italienne et «l'affaire Festina» qui ruina le Tour de France 1998 sont troublantes. Une voiture aux couleurs de la formation cycliste italo-colombienne Selle Italia roule en direction de Milan sur l'autoroute du Soleil. A la hauteur de Modène, une patrouille de la police routière bloque le véhicule pour un contrôle de routine. Le conducteur, Nino Alberto Beltran, n'est pas un masseur comme l'était Willy Voet, mais se présente comme le médecin officiel de l'équipe. En fouillant la voiture, la police trouve des centaines de boîtes de médicaments, des capsules et des ampoules en tout genre. Un véritable arsenal, suffisant pour alimenter plusieurs coureurs pendant une saison entière.

La majorité des produits figurent sur la liste des substances interdites instaurée par le Comité international olympique. Ce ne sont en aucun cas «des boissons énergétiques et des vitamines» comme le soutenait Gianni Savio, manager de l'équipe, au soir de la perquisition.

Après analyse des carabiniers de Parme, le contenu de la «cargaison» vient d'être rendu public. Il a de quoi effrayer ceux qui pensaient que le «cyclisme à deux vitesses» était une notion obsolète: 60 comprimés de Cortone Acetato 25 mg (cortisone), 50 comprimés de Carvasin 5mg (stimulant cardiaque), 50 comprimés de Bentelan 0,5 mg (cortisone), 50 fioles de Katasma de 2 ml (stimulant respiratoire), 120 ampoules d'Epargiseovit de 1,5 ml (désintoxiquant), 30 ampoules de Neoton 500 (fortifiant musculaire), un flacon de Metrodin (hormone) et une boîte de 30 capsules de Keto-therm (testostérone). Dans la liste, on trouve aussi de l'hormone FSH qui sert à stimuler la spermatogenèse chez les sujets qui souffrent d'un dysfonctionnement en raison de doses élevées d'anabolisants (body-builders…).

La magistrature italienne a évidemment ouvert une enquête. Aussitôt relâché, le médecin est retourné à Bogota pour apporter des preuves à la nouvelle thèse défensive soutenue par Gianni Savio, à savoir «que les produits, achetés grâce à des ordonnances, étaient destinés à des patients personnels du docteur en Colombie». On peut dès lors se demander pourquoi, parmi le stock mis sous séquestre, figure également un mini-appareil pour contrôler l'hématocrite?