Un policier tous les dix mètres. En faisant garder hier jusqu’aux barrières de sécurité, sur l’aire de départ, Pau portait haut son statut de trappe à dopés – dans la liste, Frank Schleck dispute désormais le morceau à Rasmussen et Contador. Dans les jardins du Palais Beaumont, il était écrit que les quatre des plus grands cols pyrénéens – dont deux hors catégorie – de la seizième étape du Tour de France seraient réduits à la bagatelle. La positivité de Frank Schleck à un diurétique, tombée la veille en soirée, resterait le sujet du jour. L’équipe RadioShack aimanterait la cohue comme au bon vieux temps. Un must cette année, tant elle fut peu présente. Durant la nuit, Frank Schleck avait fui en direction du Luxembourg avec femme et enfant, il s’était fendu d’un message pour exprimer son incompréhension, et affirmait vouloir porter plainte contre X pour empoisonnement. Andy, son frère, avait trouvé tout cela «dégueulasse». Le dopé incompris, un inlassable remake.

Mais quelles que soient les tendances, il était aussi écrit qu’on ne chercherait pas le mystérieux empoisonneur X. «C’est forcément surprenant, vu le produit», commentait Denis Bastien, envoyé spécial pour Le Quotidien. «On se demande pourquoi il l’a utilisé. Au Luxembourg, c’est un tremblement de terre. Il n’y avait plus eu de grand champion depuis Charly Gaul [vainqueur du Tour 1958]. Les frères Schleck étaient des icônes, leur cote va descendre. Johny, leur père, dit toujours: «Petit pays, petit esprit». Le Luxembourg avait mis du temps à s’intéresser au cyclisme et à les supporter.»

«Pas besoin de cela»

Grand artisan du succès de Frank Schleck, Bjarne Riis, manager du Team Saxo Bank, restait barricadé derrière ses lunettes noires, évoquant sa tristesse. Interpellé sur le nombre de coureurs passés chez lui et qui ont été contrôlés positifs, il balayait la question d’un revers de la main. Quid de l’affaire Puerto, à laquelle Frank Schleck a été lié en 2006, un versement à l’attention du docteur Fuentes attestant de leur relation? «Premièrement, il a été disculpé. Et deuxièmement, ce sont deux choses incomparables.» Les réponses auront peut-être trouvé leur plus grande consistance par l’entremise de Danilo Hondo, l’Allemand de l’équipe Lampre, qui fut suspendu deux ans pour dopage: «Le règlement n’est pas clairement défini. Ou les produits sont interdits, ou ils ne le sont pas, il faut que ce soit oui ou non.» Danilo Hondo souffrait-il d’un coup de chaleur?

«On n’avait pas besoin de cela», réagissait Jean-Luc Vandenbroucke, jadis directeur sportif, et aujour­d’hui consultant averti de la RTBF. «Frank Schleck est suspecté depuis des années? Qui ne l’a pas été… Un jour ou l’autre, vous êtes démasqué. Que vous vous appeliez Frank Schleck ou Tartempion. Mais les sponsors vont en avoir marre. Dans le vélo, pour les deux courses que j’organise, je dois rassembler 250 000 euros. Je suis un mendiant. Je ne suis pas dans la position de force du Tour de France, où les sponsors frappent à la porte. Le Tour existera toujours, c’est un tel barnum. J’entends déjà Christian Prudhomme et son discours… J’arrive encore à jouer sur mon nom, mais j’ai peur.» Loin de la cohue, Marco Marzano, gregario de l’équipe Lampre, enfourchait son vélo dans l’anonymat le plus total. «C’est toujours triste pour notre sport. Cette affaire fait mal à une équipe, mais aussi à tout le monde du cyclisme. Frank Schleck était une bannière pour son pays. Et plusieurs formations se sont construites autour des deux frères.» Avec Frank Schleck, l’UCI a pêché un gros poisson. «Je me focalise sur mon travail», poursuit Marzano. «J’espère toujours que je suis battu par un coureur correct. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser.»