EDITORIAL

L'ombre de la légende

Joueur-vedette à ses débuts, aujourd’hui Michel Platini semble ne plus faire l’unanimité auprès du public

Il faut aller, ces jours-ci, voir à Paris l’exposition «Football de légendes». Sur les murs de l’Hôtel de Ville, les portraits de trente des plus grands joueurs européens sont affichés, accompagnés d’une légende signée d’une personnalité des lettres pour célébrer l’Eurofoot à partir du 10 juin. Celle de Michel Platini, écrite par Bernard Pivot, célèbre un joueur-icône, à la fois maître tacticien, buteur et toujours respectueux de son public. Une histoire française et footballistique quasi parfaite, de l’AS Nancy-Lorraine aux sommets de la Juventus de Turin, puis au firmament de l’UEFA. Une carte postale d’une réussite tissée ballon au pied avec trois maîtres-mots par ce numéro 10 d’exception: clairvoyance, charisme, humilité.

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C’est ce cliché-là, révéré dans l’hexagone, que les juges du Tribunal Arbitral du Sport basé à Lausanne ont déchiré ce lundi. Car même si les supporters les plus zélés de «Platoche» continuent, comme lui, de voir dans sa suspension ramenée à quatre ans une criante injustice sur fond d’odieux règlements de comptes mafieux à la FIFA, les manquements du président démissionnaire de l’UEFA sont bel et bien patents. Se retrouver, après des années dans les instances internationales du football, condamné pour «abus de position, conflit d’intérêts et gestion déloyale» n’est pas une mince affaire. Et prétendre être la victime expiatoire d’un Sepp Blatter démoniaque ne change guère les faits: les négligences du dirigeant constituent un passif que la clairvoyance passée du joueur ne peut suffire à solder.

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Mais le jugement du TAS, à la lumière de ces images de légende présentées à Paris, impose une autre réflexion: celle du changement d’époque. On ne dira jamais assez combien le foot de l’argent-roi, des audiences télévisées phénoménales et de la marchandisation sans limite des joueurs-vedettes – avec un déluge de milliards à la clef – modifie règles et comportements, et mettent à l’épreuve les tempéraments les plus rigoureux. Légende d’hier, Michel Platini prétendait dompter cet emballement généralisé. Sa part d’ombre, révélée lors de la guerre de succession nauséabonde à la tête de la FIFA après la controverse sur l’attribution du Mondial 2022 au Qatar, démontre que cet engrenage fatal avait aussi fini par le happer.

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