Il s’appelait Justin Fashanu, premier (et jusqu’ici seul) footballeur pro – qui plus est Noir, d’origine nigériane – à avoir fait son coming out, en 1990. Il n’était pas n’importe qui. Neuf années plus tôt, Justin avait été transféré, pour la somme record en Grande-Bretagne d’un million de livres sterling, de Norwich City à Nottingham Forest, double champion d’Europe des clubs (1979 et 1980), afin d’y remplacer une gloire nationale nommée Trevor Francis. Le 2 mai 1998, la police le retrouvera pendu dans son garage du Shoreditch, vaincu par l’accusation d’agression sexuelle, à l’issue d’une beuverie new-yorkaise, émanant d’un ado américain de 17 ans. A l’instant où Fashanu se suicide, le FBI a déjà abandonné les poursuites, faute de preuves. Mais il l’ignore.

La détestation du gay

Entre-temps, Justin avait été victime, lui, d’agressions verbales et physiques, et même exclu de l’entraînement à Nottingham par son coach, le fameux Brian Clough.

Plus récemment encore, en 2009, Halil Ibrahim Dinçdag, arbitre turc de 1re division, est mis à pied pour avoir avoué son homosexualité, que la fédération de son pays juge incompatible avec ses fonctions. «Ils ont détruit ma vie, mais je les combattrai jusqu’au bout», martèle celui qui milite aujourd’hui au sein de l’association des gays de Turquie.

«Il est très ardu de faire son coming out en football ou hockey sur glace, sports qui survalorisent les formes traditionnelles de virilité», analyse Fabien Ohl, sociologue du sport. «Par rapport aux disciplines individuelles, une difficulté supplémentaire apparaît, liée à l’importance des moments communs, notamment lors de déplacements ou dans les vestiaires, que les sportifs homosexuels doivent désexualiser sous peine de prêter le flanc à l’ambiguïté. La détestation du gay est une manière de renforcer l’unité d’un groupe, d’hommes le plus souvent, et appartient à ce que l’on affirme être la culture du football.» Ainsi en va-t-il des mésaventures de Yoann Lemaire, amateur français, dont le club, le FC Chooz (Ardennes), a refusé un renouvellement de licence en 2010, en raison de son homosexualité déclarée.

Forts de ces exemples négatifs, plusieurs spécialistes français dissuadent le coming out dans le foot (Le Monde du 1er décembre 2011). Psychologue du sport, Denis Hauw se veut moins pessimiste: «En sport collectif, il existe effectivement une forte pression du vestiaire. Néanmoins, au niveau social, on assiste à des évolutions dans la recherche de la reconnaissance de la diversité des genres. On peut penser que ce mouvement va se déplacer aussi vers le sport, bien qu’il ressorte d’une étude récente que le niveau culturel des athlètes professionnels soit en baisse. Ce qui ne favorise guère les changements d’attitude par rapport à la sexualité…»

Eviter le «boomerang»

Ancien joueur de l’AS Rome et président du Syndicat italien des footballeurs pros, Damiano Tommasi a lâché à la télévision: «La révélation de l’orientation sexuelle ne doit pas être recommandée dans le football, où l’homosexualité est toujours taboue, car il y existe une cohabitation entre collègues différente des autres métiers.» Et d’ajouter que «la moindre chose qui sort et n’est pas conventionnelle devient un boomerang». Heureusement que les politiques entrent en scène pour défendre les sportifs «homos», en particulier la chancelière allemande Angela Merkel, laquelle vient d’encourager les footballeurs gays à avouer publiquement leur homosexualité. Alors même que Philipp Lahm, capitaine de la Mannschaft, avait auparavant déconseillé cette pratique dans une interview au magazine Bunte, soulignant le risque d’exposition à des «commentaires injurieux». Football, sexe et omerta, la «règle d’or» perdure.