Football

A Londres, le bourreau bâlois dans le rôle de la victime d’Arsenal

Le champion de Suisse n’a pas soutenu la comparaison avec Arsenal, vainqueur tranquille (2-0) d’un match de Ligue des Champions assez inquiétant pour le niveau général de la Super League

Les matchs de poule de la Ligue des Champions, c’est un peu comme dans un couple: il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie. Mercredi soir à Londres, pour la deuxième soirée du groupe A, Bâle l’amoureux transi se déplaçait dans l’antre d’Arsenal, le géant assoupi. Côté suisse, c’est le match de cette fin d’année, le grand frisson garanti contre l’une des références de la Premier League. Toute la journée, les vols low cost ont transporté des supporters persuadés que leurs favoris, la nuit venue, en feraient de même (les transporter). Bouches pâteuses le matin mais voix claires le soir: lorsque les deux équipes pénètrent sur le terrain, on n’entend que les 3000 Bâlois. Le reste du stade prend son temps et ses aises. Le match a déjà commencé depuis plusieurs minutes quand tout le monde est assis.

A Londres, la préoccupation du moment n’est pas la venue du champion de Suisse passé, présent et à venir, mais le départ précipité du sélectionneur de l’équipe d’Angleterre Sam Allardyce, contraint à la démission après seulement 67 jours pour s’être compromis devant des journalistes qui le filmaient en caméra cachée. Les retrouvailles des frères Xhaka étaient bien utiles pour être poli et avoir l’air de s’intéresser à l’adversaire mais Bâle l’épouvantail de la Super League n’inquiète pas grand monde. Arsenal tourne à plein régime (grâce notamment à Theo Walcott) et vient de donner une leçon éblouissante à Chelsea (3-0).

Arsenal, une fausse équipe anglaise

Bien sûr, Chelsea, Tottenham et Manchester United se sont récemment cassé les dents sur ces Suisses qui, disent-ils, «aiment bien jouer les Anglais». «Mais cette équipe d’Arsenal n’est pas vraiment anglaise; elle est même à moitié espagnole», fait remarquer Bernard Challandes, le consultant de la RTS, croisé avant le match. «Les joueurs de Wenger savent garder le ballon, construire des actions mais aussi accélérer et placer des contres.»

On joue depuis seulement cinq minutes, les retardataires arrivent avec des provisions plein les bras et ça chauffe déjà devant le but de Vaclik. Arsenal utilise les ailes et la vitesse de ses joueurs de couloir (milieux ou latéraux) pour déborder et centrer. A la 7e minute, Cazorla lance Alexis Sanchez côté gauche, le Chilien adresse un centre flottant que Walcott, lancé à pleine vitesse, reprend de la tête entre deux Bâlois. C’est déjà but (1-0), c’est presque déjà fini.

Trop vite pour Bâle

Arsenal tient le match à sa main et fait la différence sans même accélérer, ou alors sur une touche de balle. Une remise de Sanchez pour Walcott, cette fois côté droit, et le rideau défensif bâlois est déchiré. L’attaquant anglais lève la tête, ne voit personne au centre, alors il s’applique et frappe, croisé: poteau rentrant (2-0, 27e).

Il reste une heure de jeu et Arsenal commence à jouer facile. Cazorla décale Sanchez (qui bute sur le gardien Vaclik) au lieu de tirer (33e), Özil tente une pichenette qui rate la cible (36e), Vaclik sauve devant Sanchez (38e). C’est tellement facile que même le latéral Bellerin s’y met et il faut à nouveau toute l’attention de Vaclik pour éviter le KO définitif. Ça va trop vite pour Bâle, démuni en attaque, étouffé au milieu et dépassé en défense.

A la pause, Bâle a deux buts dans les valises, soit un de moins que Chelsea samedi dernier si l’on veut voir ça du bon côté. Mais comment expliquer aux Anglais que cette équipe atone explose tout en Suisse (9 matchs, 9 victoires en Super League)? Heureusement, en seconde mi-temps, Arsenal desserre un peu l’étreinte, oublie de presser et continue de vendanger (Iwobi 56e, Sanchez 68e). Les Bâlois en profitent pour se rapprocher un peu de leurs supporters, postés non loin du but anglais. Bjarnason combine avec Lang une jolie action côté droit (63e) puis arrive un poil tard au second poteau pour reprendre un corner (65e), mais rien ne rentre, hormis les remplaçants (les six changements possibles sont «poutzés» avant le dernier quart d’heure) et le public, qui plie bagage sans attendre de savoir si Alexis Sanchez aura finalement réussi à marquer son but. La réponse est non. Comme redouté, l’un a souffert, l’autre s’est ennuyé.


Granit Xhaka prend ses marques

A Londres, Granit Xhaka n’est pas encore le patron qu’il est appelé à devenir mais il a déjà une flatteuse réputation. Ses deux frappes lointaines contre Hull City et Nottingham Forest ont été appréciées en connaisseurs par les fans des Gunners: à chaque fois qu’il hérite du ballon à 30 mètres des buts adverses, un murmure gourmand parcourt le stade. Mercredi soir contre son ancien club, le Bâlois n’a pas tiré au but. Il s’est contenté de jouer simple.

Granit Xhaka a jusqu’ici participé à 7 des 9 premiers matchs d’Arsenal. Il a été 4 fois titulaire. Il est rentré 3 fois en cours de jeu, souvent à la 65e minute, souvent juste avant une titularisation. A l’évidence, Arsène Wenger prend son temps pour l’installer en douceur. «Il y a beaucoup d’attentes autour de lui en raison du montant élevé de son transfert mais ses débuts sont bons, plutôt impressionnants même, estime l’ancien défenseur d’Arsenal Martin Keown, aujourd’hui consultant pour la BBC. Il faut toujours un peu de temps mais il a toutes les qualités pour réussir en Premier League. Arsène Wenger le compare d’ailleurs à Emmanuel Petit, qui est resté une référence ici.»

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