Lors d'une cérémonie pleine de l'immodestie qui caractérise souvent la capitale britannique, Londres a présenté vendredi, à l'Opéra royal de Covent Garden, les détails de sa candidature aux Jeux olympiques de 2012. Après bien des atermoiements, les élites politique et sportive britanniques soutiennent désormais un dossier dont les promoteurs, dirigés par l'Américaine Barbara Cassani (ex-PDG de la compagnie aérienne Go), veulent déjà croire qu'il fait figure de favori, malgré l'impressionnante opposition à laquelle il fait face – en particulier de Paris, New York, Madrid et Rio (les autres sont Leipzig, La Havane, Istanbul et Moscou). Toutes les villes ont déposé jeudi à Lausanne le premier dossier de 25 questions.

Le cœur des Jeux aurait pour cadre la Lower Lea Valley, au nord-est de la ville. C'est sur le site d'un ancien stade de courses canines aujourd'hui à l'abandon, et de terrains vagues avoisinants, que se dresserait le nouveau stade olympique de 80 000 places et le village des athlètes. Ces constructions s'accompagneraient d'un vaste plan de réhabilitation de cette zone de Londres. Les promoteurs de la candidature de Londres font évidemment grand cas de l'accélérateur social que représenteraient les Jeux olympiques, persuadés que ce type d'argument scolle aux préoccupations actuelles du CIO.

Les autres sports utiliseront soit des sites existants, soit des installations provisoires dans des endroits évocateurs. Par exemple, le beach volley s'installerait à Horse Guards Parade, le triathlon et le cyclisme sur route investiraient Hyde Park, l'aviron et le canoë iraient à Eton, sous les murs du château de Windsor, le baseball se poserait à Regent's Park et le tir à l'arc au stade de cricket de Lord's. Le tennis prendrait ses quartiers à Wimbledon, of course, et le football, après avoir sillonné le pays pour les éliminatoires, verrait ses finales se dérouler dans le nouveau stade de Wembley (90 000 places, achèvement prévu en 2006). Le budget du tout a été fixé à 2,5 milliards de livres (5,75 milliards de francs).

Même s'ils sont conscients qu'il faut souvent revenir plusieurs fois à la charge pour décrocher les Jeux, les Anglais sont persuadés d'avoir monté une candidature solide. Dans un pays réputé pour se prendre les pieds dans le tapis au moment décisif (voir les échecs des candidatures à la Coupe du monde de foot 2006 et aux Mondiaux d'athlétisme 2007, et la saga pathétique du nouveau Wembley), l'unanimité qui prévaut actuellement fait figure d'exploit. Le premier ministre Tony Blair, long à se décider, déclarait vendredi que «l'immense passion de ce pays pour le sport nous place dans une position très forte». Pour Ken Livingstone, maire de la ville, le fait que 300 langues soient parlées à Londres fait de la mégapole «la plus grande cité mondiale: aucune autre n'a un pareil degré de diversité». Les délégués olympiques seront peut-être moins enthousiasmés par l'état précaire des transports urbains… Réponse en mai, avec la première présélection, puis en juillet 2005, à Singapour, avec la décision finale.