C’était trop beau… Après des débuts timides, le public était revenu voir les matchs de l’Open d’Australie, donnant à ce premier Grand Chelem de la saison une saveur unique. Les joueurs australiens Nick Kyrgios puis Thanasi Kokkinakis étaient parvenus à recréer l’atmosphère des longues nuits de Melbourne et, jeudi, le doigt d’honneur à Rafael Nadal d’une spectatrice visiblement éméchée avait ramené les rires dans les travées. Tout cela est terminé, pour au moins cinq jours.

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A partir de samedi, le tournoi se déroulera à huis clos et les participants devront à nouveau restreindre leurs déplacements et leurs contacts. La décision est venue de l’Etat de Victoria, dont Melbourne est la capitale, qui a décrété vendredi un nouveau confinement de cinq jours pour contrer une possible résurgence de l’épidémie de Covid-19. A l’annonce de cette décision, des spectateurs ont quitté précipitamment le stade, par crainte ou dans l’espoir d’espérer prendre un avion dans la journée de vendredi.

Foyer «hyperinfectieux» à l’hôtel

Le confinement débutera samedi à minuit (vendredi 14h en Suisse). Le premier ministre de l’Etat de Victoria, Daniel Andrews, l’a déclaré nécessaire pour stopper un cluster «hyperinfectieux» de contaminations au variant anglais du coronavirus, apparu dans un des hôtels ayant servi à la quarantaine de plusieurs joueurs et participants au Grand Chelem australien. Jusqu’à présent, 13 personnes ont été infectées parmi le personnel de l’hôtel et leur famille.

Le site de Melbourne Park est désormais considéré comme un «lieu de travail» qui peut continuer à fonctionner avec un nombre limité d’employés. Huis clos, donc. Les organisateurs du tournoi ont annoncé le remboursement des billets achetés et précisé le nouveau protocole à suivre pour les joueurs. «Une bulle sanitaire va être mise en place pour les joueurs. Seuls les joueurs et leurs équipes, ainsi que les membres du personnel qui ne pourront pas faire leur travail depuis chez eux, seront autorisés sur le site, a détaillé Craig Tiley, le directeur de l’Open d’Australie, qui a estimé que «d’après les retours que nous avons, les joueurs veulent juste continuer à jouer. Cela fait un an qu’ils sont dans des bulles.»

Muguruza attend Osaka

Le jeu s’est donc poursuivi vendredi avec la qualification tranquille de l’Espagnole de Genève Garbiñe Muguruza aux dépens de la Kazakhe Zarina Diyas (6-1 6-1), qui affrontera dimanche la Japonaise Naomi Osaka dans un quatrième tour aux allures de finale. Très impressionnante durant cette première semaine, Muguruza sera un vrai test pour Osaka, qui a eu plus de peine que ne l’indique le score à se défaire de la Tunisienne Ons Jabeur (6-3 6-2).

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Serena Williams est toujours dans la course mais l’Américaine a peiné face à la jeune Russe Anastasia Popotova, 101e mondiale (7-6 6-2). Parfois dominée à l’échange, la légende vivante du tennis féminin s’en est sortie une fois encore au mental, à la fois par sa capacité à réagir lorsqu’elle est en danger et par l’ascendant psychologique qu’elle détient sur ses rivales, qui savent toutes qu’à un moment ou à un autre, la bête de compétition qui sommeille de l’autre côté du filet va se réveiller. Pour Popotova, ce moment de bascule survint au moment de servir pour le gain de la première manche, puis dans le tie-break.

Allumer le feu… une dernière fois

Chez les hommes, outre l’abandon de la tête de série numéro 15, l’Espagnol Pablo Carreño Busta, devant le Bulgare Grigor Dimitrov (6-0 1-0), la grosse surprise est l’élimination de l’Argentin Diego Schwartzman. La tête de série numéro 8 a été sortie en trois sets secs et moins de deux heures de jeu à sens unique par le qualifié russe Aslan Karatsev (6-3 6-3 6-3). Révélation tardive (il a 27 ans), Karatsev s’est extirpé des profondeurs du classement ATP depuis la reprise du jeu l’été dernier. Même s’il n’est toujours que 114e à l’ATP, il n’est peut-être pas au bout de son aventure à Melbourne.

Les principaux matchs de vendredi étaient programmés en night session (à partir de 9h en Suisse): le choc des deux espoirs canadiens, Félix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov, le troisième tour de Novak Djokovic face à l’ex-espoir américain Taylor Fritz, et surtout le duel entre le chouchou du public, Nick Kyrgios, et celui des bookmakers, l’Autrichien Dominic Thiem.

Spectateurs poussés à partir

Ce Kyrgios-Thiem avait la capacité d’enflammer une dernière fois le public de Melbourne, mais peut-être aussi de durer fort tard et de se terminer au-delà de l’instauration du confinement strict. «Les spectateurs seront accueillis dans un environnement sanitaire sain, mais s’ils ne veulent pas venir, ils seront remboursés», avait assuré le directeur du tournoi Craig Tiley.

La partie, une furieuse bataille en cinq manches, tint toutes ses promesses. Mais Nick Kyrgios, comme souvent, ne tint pas la distance et Thiem, un modèle de professionnalisme, eut la tête et les jambes pour remonter deux sets de retard et s'imposer 4-6 4-6 6-3 6-4 6-4. Il n'était pas encore 23h et les spectateurs avaient largement le temps de rentrer chez eux. Ce ne fut pas le cas de ceux qui assistaient au match entre le numéro un mondial Novak Djokovic et l'Américain Taylor Fritz.

A 23h30, lors d'un changement de côté dans le quatrième set alors que Djokovic menait deux manches à une mais venait de se blesser, l'arbitre de chaise annonça aux spectateurs qu'ils devaient quitter le stade afin de respecter le confinement. Cela ne se fit pas sans mal, ni sans huées, et la partie fut interrompue une bonne dizaine de minutes. Lorsqu'elle reprit, à huis clos, Djokovic parvint à s'imposer en cinq sets (7-6 6-4 3-6 4-6 6-2). Le Serbe a visiblement été diminué par une douleur abdominale survenue dans le troisième set. Péniblement sorti du court, il avouait en conférence de presse ne pas savoir s'il serait en mesure de défendre ses chances au prochain tour face au Canadien Milos Raonic.


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