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Les chaussures de Stan Wawrinka, le 24 janvier 2017.
© Keystone

Tennis

A l’Open d’Australie, le tennis suisse à son apogée

Stan Wawrinka et Roger Federer se sont qualifiés pour la demi-finale de l’Open d’Australie. «La» et non pas «les», car ils s’affronteront jeudi pour une place en finale. Récit d’une journée extraordinaire pour le tennis suisse

«Don’t worry, be happy». Sur sa chaise, Novak Djokovic sifflote l’air de Bobby McFerrin. Il y a belle lurette que le Serbe s’est fait sortir du tournoi mais ses spots publicitaires continuent de tourner en boucle sur les écrans TV à chaque changement de côté. Probable que l’on emportera le refrain en quittant Melbourne. Il est onze heures du matin et, comme presque tous les jours, c’est l’une des sœurs Williams qui ouvre le programme. Hier et demain Serena, aujourd’hui Venus.

Lire aussi: Roger Federer rejoint Stan Wawrinka en demi-finale de l’Open d’Australie

Mais l’événement du jour, c’est la présence de deux Suisses en quarts de finale du tableau masculin. Roger Federer contre l’Allemand Mischa Zverev et Stan Wawrinka contre le Français Jo-Wilfried Tsonga. Là aussi, le cérémonial est bien rodé. Roger Federer n’est programmé qu’au meilleur horaire, à 19h en «night session» (9h du matin en Suisse). Comme d’habitude, Stan Wawrinka doit se coltiner le match de l’après-midi, avec le risque de jouer en plein cagnard.

Tsonga a les faveurs du public

Pour faire monter la sauce, la télévision diffuse un extrait live de son entraînement, bande-annonce du choc, présenté comme explosif, contre Tsonga. Le tournoi approche de la fin. Même les doubles ont droit aux grands courts et l’on occupe les autres avec les épreuves juniors ou des exhibitions de vieilles gloires, souvent rapiécées de partout. Boris Becker, lui, ne joue plus: il boite affreusement et peine à marcher.

Stan Wawrinka n’en est pas là mais il entre sur le court avec un bandage de plus que lors de son match précédent. Son adversaire a les faveurs du public. Tsonga, qui fut finaliste ici en 2008, jouit d’une belle cote de sympathie. L’an dernier, il avait interrompu son match, constatant qu’une ramasseuse de balles était sur le point de faire un malaise. La jeune fille lui a écrit cette année une lettre, qu’il partage sur les réseaux sociaux.

Le début de match est un peu poussif. Les joueurs sont nerveux, s’observent et se neutralisent jusqu’au tie-break. Wawrinka le gagne, pour la cinquième fois de suite: un contre Victor Troïcki au 3e tour, trois contre Andreas Seppi en huitième de finale, un contre Tsonga. Les deux joueurs semblent s’accrocher du regard, puis se parler, au changement de côté.

Café glacé et crème solaire

Il fait beau mais pas si chaud et le court est presque entièrement à l’ombre. Les spectateurs sans billet pour la Rod Laver Arena ne sont pas à plaindre. Installés dans des chaises longues, ils suivent le match à l’extérieur, sur écran géant, en sirotant un café glacé, en se passant de la crème solaire ou simplement en discutant entre amis. Melbourne est le «Happy Slam», moins guindé que Wimbledon, plus spacieux et moderne que Roland-Garros, moins stressé que Flushing Meadows.

Sur la terrasse, les changements de côté ne sont pas squattés par Bobby McFerrin mais par Roger Federer. Trois heures avant son match, le Bâlois vient s’échauffer sur le court N°16 et c’est déjà un événement. Prise d’antenne en direct, interview du public qui se presse contre le plexiglas. Le premier break de Tsonga à 4-3 dans la deuxième manche est anodin (d’autant que Wawrinka riposte immédiatement et enchaîne six jeux consécutifs). Quant à Mischa Zverev, l’adversaire de Federer, qui doit bien s’échauffer quelque part, il semble ne pas exister.

Wawrinka a remporté la deuxième manche (6-4) et déjà breaké dans la troisième (2-0). C’est le signe du départ pour de nombreux «plagistes». D’autres se concentrent sur leur smartphone, où l’altercation de la fin du premier set refait surface. «Pourquoi tu me regardes?», demande Wawrinka. «Toi aussi, tu m’as regardé», répond Tsonga. Un «You’re talking to me?» version La Côte (Tsonga habite Gingins), ou Jo le Taxi Driver…

«Roger, c’est toujours spécial»

En tennis, les matchs Suisse-France provoquent toujours un peu d’étincelles. Et souvent une victoire suisse. Wawrinka s’impose en trois manches et 2h15 (7-6 6-4 6-3). Le public qui a un ticket «journée» sort, celui muni d’un sésame «soirée» attend son tour. En salle de presse, les journalistes romands «amorcent» leurs confrères de «L’Equipe». Il y avait 13 joueurs français au départ, pour deux Suisses. Une annonce leur coupe l’envie de rire: «Stan Wawrinka sera en salle d’interview à 19h20». En plein pendant le match de Federer! Il faudra choisir. «Ça va nous faire manquer la moitié du match», peste un suiveur, qui se souvient que le précédent Federer-Zverev (en 2013) s’était soldé par un cinglant 6-0 6-0 en 39 minutes.

A 19h00, Roger Federer entre sur le court, juste derrière Mischa Zverev. Ils encadrent un mignon petit garçon noir qui s’est fébrilement entraîné juste avant à lancer la pièce pour le toss. Il s’en sort comme un chef. Zverev, sans doute nerveux lui aussi, est beaucoup moins à son avantage. Il y a seulement dix minutes de jeu et déjà 4-0 Federer lorsque Stan Wawrinka s’assoit face aux micros. Après quelques questions d’usage, tout le monde embraye déjà sur la demi-finale 100% suisse. Fait rare: Wawrinka entre dans le jeu, sans conditionnel. «Ça sera sûrement un match très intéressant. Roger, c’est toujours spécial, mais je l’ai déjà battu en Grand Chelem. Il faut que j’envoie des «lattes», que j’essaye de le faire reculer. Mais il est difficile de l’entraîner dans un schéma de jeu. Généralement, c’est lui qui décide…»

Lire aussi: Roger Federer, retour vers le futur

La finale, «c’est encore loin»

Les acclamations du stade descendent jusqu’au sous-sol. Federer a sûrement empoché le premier set. Le buzz de l’altercation s’est lui aussi propagé. Wawrinka, visiblement, est au courant. A une question sur les détails de cette dispute, il répond dans un demi-sourire: «Je crois que vous savez déjà ce qu’on s’est dit.» Il retrouve tout son sérieux lorsqu’on lui parle du titre. «C’est encore loin. Je ne pense à gagner le trophée qu’à partir du moment où je suis en finale.» Match après match, ultime tabou.

La semaine passée, mes filles voulaient que je gagne encore pour rester plus longtemps en Australie.

Au dessus, Roger Federer continue de tracer sa route. C’est moins fluide qu’au début – Zverev joue mieux – mais il a de la marge. Dans la troisième manche, Federer gratifie le public de son fameux SABR (acronyme de Sudden attack by Roger Federer), qui consiste à venir se placer très à l’intérieur du court sur le second service de l’adversaire. Il gagne (6-1 7-5 6-2), sans démonstration de joie trop ostensible, et fait encore le spectacle au micro de Jim Courier. «La semaine passée, mes filles voulaient que je gagne encore pour rester plus longtemps en Australie mais ce matin, l’un d’elle m’a dit que maintenant, ça serait bien de rentrer pour aller skier en Suisse.»

Lire également: A l’Open d’Australie, Stan Wawrinka attend Roger Federer

Patience les filles, papa a encore au moins un match à jouer jeudi. Il arrive très en avance et déjà douché à la conférence de presse. «Maintenant que j’en suis là, j’aimerais gagner le tournoi», admet-il. S’il ne découvre pas le nom de son futur adversaire, il avoue n’avoir compris que récemment qu’il pouvait affronter Wawrinka. «J’avais vu qu’on jouait le même jour, sans réaliser qu’on était dans la même partie de tableau.» Et alors? «On a déjà passé beaucoup de temps ensemble ici, on s’est déjà tout raconté. D’ici à jeudi soir, on va s’éloigner un peu, ça sera un peu plus chacun pour soi mais tout redeviendra ensuite comme avant.»

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