Le jugement porté sur la qualité d'une équipe est fortement influencé par le résultat. Sur un match, la victoire offre souvent des vertus démesurées au vainqueur. La défaite apporte des critiques exagérées au vaincu. C'est pourquoi l'impression générale laissée par les contradicteurs devient un outil d'analyse utile pour se débarrasser des émotions provoquées par le succès ou l'insuccès.

Le football s'explique souvent. Avant. Pendant. Après. Rarement de la même façon. Après un premier quart d'heure raté contre la Grèce, et un score déficitaire dans une rencontre d'ouverture à grand stress, le Portugal de Scolari est présent au rendez-vous. Les difficultés lors de l'entame du tournoi se comprennent aujourd'hui. Les Hellènes sont plus forts que leur modeste réputation. Ce qui biaise l'opinion portée sur leur adversaire. Qu'il soit Helvète, Lusitanien ou Gaulois.

Après les quinze minutes initiales d'errance provoquée par l'allant, la présence physique agressive dans le marquage et le pressing grecs, les coéquipiers de Figo ont su donner du rythme à tous leurs matches. La vitesse de jeu semble d'ailleurs être un des chevaux de bataille de l'entraîneur brésilien champion du monde. Après la déconfiture contre le onze de Rehhagel, il a sorti l'arrière central Couto, plus de cent sélections, au profit de Carvalho du FC Porto. Après cinq quarts d'heure de jeu contre l'Angleterre, il a sorti son capitaine Figo pour faire rentrer Helder Postiga, qui a égalisé.

La volonté d'avancer rapidement sur le but adverse et de passer par les côtés séduit, même si le Portugal semble manquer de présence devant le but. Car Pauleta n'est pas en réussite. Mais le potentiel des artistes enchante. Cristiano Ronaldo, avec la vivacité de son jeu de jambes, ses dribbles étourdissants, sa percussion vers l'avant déclenche les frissons. Figo, dans un style moins puissant, plus coulé, aussi. Rui Costa est capable de créer l'imprévu. Deco déstabilise par sa passe. Maniche par son tir. Nuno Gomes par son jeu de tête et sa motivation effrénée. Et tous courent comme des dératés devant un public enthousiaste.

Les Pays-Bas auront besoin de leur Advocaat pour bien se défendre. Le premier combat à gagner sera celui de la possession du ballon. Car les deux contradicteurs sont plus à l'aise avec que sans le cuir. L'avantage néerlandais se situe en attaque. Pas forcément sur les côtés où Robben et Van der Meyde sont capables de déborder et de centrer comme à la parade, mais bien dans l'axe, dans la surface de réparation, où les buts sont marqués. Avec Van Nistelrooy, le buteur. Mais aussi avec toutes les solutions de rechange. Pour apporter du poids avec Van Hooijdonk. Pour amener de la précision avec Makaay. Pour amener de la technique avec Kluivert.

Le choc du soir s'annonce exaltant et ouvert. Il sera probablement bloqué. Comme souvent dans les matches décisifs quand le tableau d'affichage reste coincé et que le scénario ne promet aucune folie. Mais le talent de certains solistes promet une soirée de gala. Avec avantage au Portugal qui joue chez lui.