La vidéo est enfin utilisée dans le football. Après chaque match, l'UEFA visionne les images télévisées pour sanctionner des actions litigieuses ayant échappé à l'arbitre. Pour démasquer les tricheurs? Pour verbaliser les tireurs de maillots? Pour punir les vicieux coups de coudes au visage? Pour châtier le défenseur qui ceinture l'attaquant lors de chaque corner? Pour protéger le spectacle? Que nenni. La chasse aux lamas est lancée. Après le Totti gaffeur, le Totti cracheur. Après le Frei buteur, le Frei cracheur et le Frei menteur. Qui font couler plus de salive et d'encre que si Alexander avait réalisé un hat trick. Quel beau triomphe pour le football, pour l'UEFA et pour la presse qui s'en lèche les babines!

Pour alourdir le dossier d'Alex, permettez-moi une petite anecdote qui fait de moi un entraîneur de Ligue 2 en France. Lors du match entre Le Mans et Rennes, la marque est de 2 à 1 à la 92e minute. A la suite d'un long ballon, mon arrière central va repousser le cuir de la tête. Il baisse la tête. Car Frei a crié: «Laisse!» S'ensuit une situation chaude. Un corner. Un deuxième corner qui amène l'égalisation. Et qui nous prive de deux points synonymes de maintien.

J'ai beaucoup d'admiration pour la malice. Même si elle s'exerce à mes dépens. De la part d'un Suisse allemand au détriment d'un Suisse français. Dans des rôles contraires à ceux que nous croyions définitivement établis. Victime de quelques crachats en pleine face et d'un tacle qui a explosé mon tibia et ma carrière (sans sanction pour le responsable), j'ai le sentiment que l'UEFA et la presse se trompent de cible. Pour nettoyer le football, point besoin d'essuie-glaces ou de détecteur de mensonges. Un visionnage attentif d'images faciles à se procurer, semble-t-il, suffirait amplement à purifier durablement le football de l'antijeu.

La sanction en point de suspension de Frei lors du match contre la France nous permet de nous projeter vers l'avenir. Vers 2006. Vers 2008. Avec confiance. L'équipe nationale suisse de football a un style de jeu conquérant. Elle avance sur l'adversaire. Joue pour marquer et pour gagner. Pratique un football de qualité quand elle possède le ballon. Son organisation défensive est de qualité. Sa générosité est sans limite. Ce qui lui vaut quelques fins de parties difficiles, par manque d'énergie dans les mollets. Mais sur le fond et sur la forme, il n'y a rien à jeter.

La direction prise est la bonne. Reste à corriger quelques fondamentaux essentiels dans le football d'aujourd'hui et de demain. La vitesse de course des attaquants et (ou) des défenseurs est indispensable pour s'ouvrir la route des plus grands succès. Henry et Pires l'ont écrit au fer rouge contre les Helvètes. Puissance et vitesse sont des qualités requises pour accrocher le haut niveau. Certaines jeunes pousses suisses semblent posséder ces propriétés athlétiques. Streller fait passer sa puissance dans le jeu en profondeur et dans les airs. Vonlanthen, qui a pris du muscle depuis deux ans, a toutes les qualités pour venir se greffer à l'acquis et améliorer une équipe qui n'a pas fini de nous enthousiasmer.

La Suisse est morte. Vive la Suisse! Et n'oubliez pas de brancher votre téléviseur pour suivre Portugal-Angleterre. Parce que l'Euro nous présente beaucoup de matches pleins de panache et d'émotions.