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Lucien Favre a imposé sa marque à l'OGC Nice dès sa première saison.
© Sébastien Nogier

Football

Lucien Favre, la conquête de la France

Le Vaudois est l'un des quatre candidats au titre d'entraîneur de l'année en Ligue 1. Il a permis à l'OGC Nice de réaliser sa meilleure saison depuis quarante ans, mais aussi relancé Mario Balotelli, révélé des jeunes et convaincu tout le milieu par ses méthodes

Le championnat de France de football n'est pas tout à fait terminé, mais l'OGC Nice a d'ores et déjà réussi sa saison depuis longtemps. Pour la première fois depuis 1975-1976, le club de la Côte d'Azur terminera sur le podium de première division. Cet été, il tentera de se qualifier pour la Ligue des champions. L'exploit, réalisé au détriment des grosses machines que sont Lyon ou Marseille, est collectif mais un homme l'incarne mieux que les autres aux yeux de tous: Lucien Favre. Ce lundi, le Vaudois de 59 ans sera peut-être élu entraîneur de l'année. Mais quoi qu'il arrive, lui aussi a réussi sa saison depuis longtemps.

Lucien Favre et la France, c'est l'histoire d'une conquête. Le mercredi 25 mai 2016, à l'hôtel Plaza, le président Jean-Pierre Rivière présente à la presse locale un technicien peu connu. Un homme déjà prophète en son pays et star en Allemagne mais aux références trop germaniques pour être précédé par sa (bonne) réputation dans l'Hexagone. Alors le patron de l'OGC Nice y va de tout son enthousiasme pour permettre au Suisse de prendre ses fonctions dans la sérénité. «Lucien était notre premier choix. Tout a été étudié. Il y a de la passion dans le discours. Ce projet va contribuer à faire progresser le club.»

Bouleversé par l'attentat

Les supporters sont circonspects. Comment leur club pourrait-il faire mieux que la saison dernière? Une quatrième place en Ligue 1. Une qualification pour l'Europa League. La résurrection d'Hatem Ben Arfa. L'exercice 2015-2016: le plus abouti des quarante dernières années, une apothéose. Mais le départ de l'entraîneur Claude Puel, d'un «commun accord» avec la direction, s'était abattu comme un éclair dans le ciel de la Côte d'Azur. Après le beau temps ne peut que venir la pluie.

Avec sa prudence habituelle, Lucien Favre ne contredit pas la métaphore météorologique. «Ceux qui se renseignent savent que sur les quatre dernières saisons, l’OGC Nice a terminé quatrième, dix-septième, onzième puis à nouveau quatrième. Cela montre très clairement que ce qui est difficile, c’est de stabiliser l’équipe dans la partie haute du classement. Cette saison peut s'avérer très délicate», nous déclare-t-il lors d'un camp d'entraînement d'avant-saison organisé à Divonne. La transition sportive ne sera pas la seule difficulté à surmonter cet été-là.

Lire aussi notre interview de Lucien Favre en début de saison: «Les plans de carrière, cela n'existe pas»

L'interview accordée au Temps se déroule le 15 juillet. La veille au soir, un camion fonçait dans la foule réunie sur la promenade des Anglais. La France touchée au coeur le jour de sa fête nationale. Nissa la bella défigurée. 86 morts. 458 blessés. Une épreuve pour le pays, la ville, et les footballeurs de l'OGC Nice - qui s'informent fiévreusement, comme ils peuvent, depuis la région lémanique. Face à nous, Lucien Favre se dit bouleversé, peine encore à prendre la mesure de l'événement. Il racontera plus tard la persistance des terribles images. Les discussions de vestiaire ressassant le drame. Sa difficulté à trouver les mots face à ses joueurs.

Champion d'automne

Difficile d'évaluer ce qui se joue lors d'une telle épreuve. Toujours est-il qu'un mois jour pour jour après l'attentat, l'OGC Nice remporte son premier match de la saison contre le Stade Rennais (1-0). Une victoire supplémentaire sur le même score, à Angers, et les Aiglons atteignent la troisième place du classement de Ligue 1. A aucun moment de la saison ils ne descendront du podium. De la sixième à la dix-neuvième journée de championnat, ils pointeront en tête. Leur première défaite ne surviendra qu'en novembre, contre Caen. Le football français n'en revient pas. Les supporters se pincent pour y croire. Les experts hésitent: convoquer le bon sens pour se convaincre que cela ne durera pas, ou les exemples de Leicester City et de Montpellier en 2012 pour affirmer que oui, c'est possible, Nice peut aller au bout?

Le Gym sera champion d'automne, mais ne résistera pas longtemps au retour de l'AS Monaco, puis à celui du PSG. Les deux plus grosses écuries de la Ligue 1 se disputeront le titre au final mais, pour autant, ceux qui voulaient résumer le succès niçois à une bulle doivent reconnaître qu'elle n'explose pas. Les Aiglons termineront le championnat avec un nombre de points qui, certaines saisons, leur aurait permis d'être champion. A domicile, ils ont dominé toutes les meilleures équipes du pays. Il y a d'abord eu Marseille le 11 septembre 2016, un succès 3-2 fondateur, estime l'entraîneur dans une interview publiée ce dimanche par Le Matin Dimanche: «On est mené 2-1, ils pressent, on change de système et ça tourne. Cette victoire nous a fait un bien fou. (...) La confiance s'acquiert par le travail mais aussi par des résultats charnières.» Il y aura ensuite, tout au long de la saison, Monaco (4-0), Lyon (2-0) et enfin Paris (3-1) voilà quinze jours.

Lucien Favre n'est plus un inconnu. Dès l'automne, la France du foot - médias, observateurs, fans - l'érige en phénomène. Du Nice de Claude Puel, plusieurs piliers sont partis dans de plus grandes maisons. Le phénix Hatem Ben Arfa a rejoint Paris. Le milieu de terrain Nampalys Mendy a pris la succession de Ngolo Kanté à Leicester City. L'attaquant Valère Germain a rejoint Monaco. Et pourtant, l'entraîneur vaudois prolonge l'oeuvre de son prédécesseur. Mieux, il semble l'améliorer.

Révélation et retour

Le nouvel OGC Nice porte sa marque. Il n'a pas pu diriger tout le mercato d'été mais on lui prête un rôle déterminant dans l'arrivée du Brésilien Dante, qu'il a côtoyé à Mönchengladbach, et qui deviendra sa tour de contrôle. Dans l'axe de la défense, il accorde toute sa confiance à un gamin de 17 ans issu du centre de formation du club, Malang Sarr. A Noël, il est le joueur de champ le plus utilisé - il jouera moins au printemps - et le président Rivière protège sa pépite d'une clause libératoire fixée à 50 millions d'euros.

Et puis il y a Mario Balotelli. Le fantasque attaquant italien à Nice, c'est d'abord une folle rumeur, puis un pari risqué des dirigeants. Le club réalise un coup marketing parfait en accueillant l'ancien joueur de Liverpool, mais sa carrière a besoin d'un second souffle. Tout le monde le sait. Lucien Favre le premier. «Il n’a pas joué depuis je ne sais pas combien de temps. Je n’ai pas vu d’images de lui à la télé depuis des années», lâche-t-il en conférence de presse peu avant que l'arrivée de Super Mario ne soit entérinée. Les mois suivants, tout en relevant ses efforts, il ne cessera d'insister sur les progrès qu'il attend de la star de son effectif. Courir davantage. Travailler sur le terrain. Se replacer.

Pourtant, la magie opère. A Nice, Mario Balotelli en est à 17 buts après 27 matches disputés toutes compétitions confondues. Son deuxième meilleur total en une saison. Il faut remonter à l'exercice 2013-2014, lorsqu'il évoluait à l'AC Milan, pour le trouver plus prolifique. Après Hatem Ben Arfa, c'est le second enfant terrible du football à retrouver sérénité et efficacité sur la Côte d'Azur. Et le principal intéressé y voit très tôt la marque de son coach suisse. «J'ai découvert un grand entraîneur avec Lucien Favre, lance Balotelli à la Gazzetta dello Sport en novembre dernier. Il est bon tactiquement mais aussi dans la gestion du vestiaire. Pour moi, le meilleur de tous reste Roberto Mancini. Mais en deuxième position, je mets Mourinho et Favre.»

Des choses simples

Au-delà des cas individuels, au-delà même des résultats, le Vaudois de 59 ans impressionne le milieu du football français par ses méthodes. Des séances longues. Beaucoup de travail technique. Des choses très simples: la posture, la conduite de balle, les contrôles, les passes. En un mot: les fondamentaux. Son contingent est ce qu'il est - il en soulignera les limites quantitatives jusqu'au bout - mais Lucien Favre a la volonté et la capacité, étrangement rare parmi les entraîneurs de très haut niveau, de faire progresser ses joueurs.

L'automne dernier, après les arrivées de Dante, Belhanda et Balotelli, il restait sur la défensive: «Nous sommes encore loin du niveau de la saison dernière.» Son OGC Nice finira pourtant par faire beaucoup mieux. Qu'il soit sacré entraîneur de l'année ou pas, qu'il reste sur la Côte d'Azur ou pas, «Monsieur Favre» - ainsi qu'on l'y appelle - aura conquis Nissa la bella, le coeur des supporters locaux et l'admiration de tous les fans de football en France.


Un match avec Jardim

Lucien Favre sera-t-il désigné meilleur entraîneur de Ligue 1 ce soir lors de la cérémonie des Trophées UNFP? Ce serait la sixième récompense individuelle de sa carrière. Le technicien vaudois a déjà été consacré deux fois en Suisse (2006 et 2007 avec le FC Zurich) et trois fois en Allemagne (2009 avec le Hertha Berlin, 2011 et 2015 avec Borussia Mönchengladbach). Très apprécié en France, «Lulu» pourrait cependant se voir préférer Leonardo Jardim. Le Portugais, nommé pour la première fois en trois saisons à l’AS Monaco, a mis fin à l’hégémonie du Paris St-Germain en championnat et a conduit l’ASM en demi-finale de la Ligue des champions, ce qu’aucun club français n’avait réussi depuis sept ans. Il l’a fait en développant un football très spectaculaire (meilleure attaque d’Europe après le Barça). Jardim a tiré le meilleur d’un groupe restreint (19 professionnels seulement) et amené cinq joueurs en équipe de France (Mendy, Sidibé, Lemar, Bakayoko, Mbappé). Les autres entraîneurs nommés sont Unai Emery (PSG) et Jocelyn Gourvennec (Bordeaux). (L. Fe)


Une saison et puis s’en va?

Lucien Favre a déjà conquis le football français. C’était en 1984. Avec Daniel Jeandupeux sur le banc, il composait un duo suisse qui porta Toulouse à hauteur des grands clubs de l’époque, Saint-Etienne, Nantes et Bordeaux. A la surprise générale, le numéro 10 du «Téfécé» ne resta qu’une saison sur les bords de la Garonne. Favre préféra s’en retourner au Servette.

Les supporters niçois craignent de voir ce scénario se répéter cet été. Leur entraîneur est désiré en Allemagne, et il semble ne pas y être insensible. Surtout si le Borussia Dortmund le réclame, ce qui n’est pour l’heure qu’un bruit. «Je ne commente pas les rumeurs», se borne à dire Favre, sous contrat à Nice jusqu’en 2019. Le président Rivière a eu le nez creux ces dernières années dans le recrutement et a tendance à penser que nul n’est irremplaçable. Nice-Matin évoque les noms d’Eduardo Berizzo, disciple de Bielsa au Celta Vigo (mais il est aussi courtisé par Séville et Saint-Etienne) et de Claudio Ranieri (mais il est cher: 4 millions de salaire annuel, selon L’Equipe). Au cas où, pour le moment.

Lucien Favre semble se plaire sur la Côte d’Azur mais cet éternel inquiet doute des capacités du Gym à franchir un cap. A Nice, le Suisse est d’une certaine manière victime de son succès. Sa capacité à faire progresser ses joueurs a fait de ceux-ci des cibles privilégiées pour les recruteurs. Son joyau Jean-Michael Seri devrait partir (malgré une clause libératoire fixée à 40 millions d’euros), comme le capitaine Paul Baysse, laissé libre. La star Mario Balotelli s’est refait une réputation et ira sans doute voir ailleurs. Lucien Favre tient beaucoup plus à Younes Belhanda mais le milieu offensif marocain, prêté par le Dynamo Kiev, est devenu trop cher pour Nice, tout comme le défenseur Ricardo Pereira, que le FC Porto vendra au plus offrant. Lulu conservera le buteur Alassane Pléa et le milieu Wylan Cyprien, mais ces deux piliers du début de saison sont blessés depuis de longs mois et ne seront pas opérationnels tout de suite, alors que la reprise de l’entraînement est fixée au 18 juin et que le barrage de la Ligue des champions aura lieu fin juillet déjà.

Lire aussi: Grand club cherche grand entraîneur. Pas célèbre s'abstenir

A Dortmund, Lucien Favre aurait enfin les moyens d’aller chercher le titre, et non plus seulement une place d’honneur. Le défi serait tentant. A bientôt 60 ans (le 2 novembre), il tient peut-être l’opportunité d’entraîner un très grand club, sans doute l’un des dix meilleurs au monde actuellement. Les places y sont très rares et, à tort ou à raison, souvent réservées à un petit groupe de coaches, toujours les mêmes. En maniant le «cas Balotelli» bien mieux que Roberto Mancini ou Jürgen Klopp n’ont pu le faire, Favre a démontré sa capacité à gérer les égos de stars. (L. Fe)

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