Football

Lucien Favre, l’exploit pour habitude

Pour mener la fronde contre un Bayern Munich tout-puissant en Allemagne, et les meilleurs clubs sur la scène européenne, le Borussia Dortmund a choisi l’entraîneur vaudois de 60 ans qui, partout où il est passé, a réussi un coup d’éclat

Le Borussia Dortmund a attendu la fin du Championnat de Ligue 1 française et laissé filer le week-end de Pentecôte avant d’annoncer officiellement ce que le monde du football tenait pour acquis depuis une bonne semaine: Lucien Favre sera son prochain Cheftrainer. Le Vaudois de 60 ans quitte ainsi l’OGC Nice après deux saisons pour retrouver la Bundesliga, où son départ précipité du Borussia Mönchengladbach en septembre 2015 n’avait en rien détérioré une réputation construite en huit saisons.

Prédécesseur peu convaincant

Ce «transfert» ne fait que des heureux. Le «Gym» récupère une contrepartie financière bienvenue de 3 millions d’euros en laissant son entraîneur quitter la Côte d’Azur à une année de la fin de son contrat. L’intéressé se voit offrir pour la première fois de sa carrière le banc d’une des plus grosses cylindrées européennes, qualifiée pour la prochaine Ligue des champions. Le Borussia Dortmund, enfin, accueille avec un peu de retard l’homme qu’il avait cherché à enrôler l’été dernier pour succéder à Thomas Tuchel.

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A l’époque, l’OGC Nice s’était opposé au départ de son coach suisse, et le club de la Ruhr – au nord-ouest de l’Allemagne – s’était tourné vers Peter Stöger. Mais l’Autrichien n’a convaincu ni par le jeu présenté, dans un Signal Iduna Park gavé aux folies offensives du nouveau coach du PSG et de Jürgen Klopp avant lui, ni par les résultats obtenus: une élimination au premier tour de la Ligue des champions, puis en huitièmes de finale de l’Europa League par le Red Bull Salzbourg, et enfin une quatrième place en Bundesliga.

Echallens, premier coup d’éclat

C’est le strict minimum pour un club qui tourne avec un budget évalué, selon les sources, entre 350 et 400 millions d’euros. Ses dirigeants n’entendent pas, comme ils ont dû le faire cette saison, lutter jusqu’à la dernière minute avec Hoffenheim et Leverkusen pour une qualification en Ligue des champions. Ils souhaitent ramener du suspense dans un championnat dominé sans partage depuis six ans par le Bayern Munich, et jouer les trouble-fête sur une scène européenne qui consacre toujours les mêmes. Et si Lucien Favre n’a pas d’expérience à la tête d’un grand club, il sait précisément insuffler aux footballeurs qu’il dirige le goût du coup d’éclat. En 25 ans de carrière, il a évidemment connu des déconvenues. Mais partout où il est passé, il a surtout accompli un exploit significatif.

Dès ses débuts comme entraîneur, il conduit le FC Echallens de la 1re ligue à la Ligue nationale B. Le petit club du Gros-de-Vaud ne restera qu’une seule saison au deuxième échelon de la hiérarchie du football suisse, mais Lucien Favre, lui, est promu dans le cercle des entraîneurs qui comptent. En Ligue nationale B, il récupère en janvier 1997 une formation d’Yverdon Sport à la peine, qu’il redresse jusqu’à fêter une promotion en première division en 1999. L’année suivante, le club nord-vaudois termine à la cinquième place du classement, le meilleur résultat de son histoire.

A Genève, «Lulu» mène Servette à son dernier titre national à ce jour (la Coupe de Suisse 2001), mais l’exploit – une fois n’est pas coutume pour un entraîneur souvent plus à l’aise sur la longueur d’un championnat – est cette fois-ci accompli sur la scène européenne. En Coupe de l’UEFA, les Grenats sortent le Slavia Prague, le Real Saragosse et le Hertha Berlin avant de s’incliner contre Valence en huitièmes de finale.

La revanche des sous-cotés

Au milieu des années 2000, son FC Zurich interrompt la domination naissante du FC Bâle le temps de deux titres en Super League. Pour sa première saison à l’étranger, il conduit ensuite le Hertha Berlin à la quatrième place du classement de Bundesliga, inespéré au vu des moyens financiers et de l’effectif du club. A Mönchengladbach, il reprend en février 2011 des Fohlen en sérieux danger de relégation, les sauve, et les qualifie la saison suivante pour les barrages de la Ligue des champions. En France, enfin, il trouve le moyen de hisser Nice sur le podium de la Ligue 1 malgré un budget limité lors de sa première saison sur la Côte d’Azur.

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D’Echallens dans l’arrière-cour du football suisse à l’OGC Nice dans l’un des cinq championnats majeurs européens, les exploits de Lucien Favre ont toujours suivi le même fil rouge: le technicien vaudois sait tirer le meilleur des individualités à sa disposition, et souvent les faire progresser, tout en insufflant une âme collective à ses équipes. En Suisse, en Allemagne, en France, il a participé à la revanche des sous-cotés, au grand rendez-vous des inattendus.

80 000 spectateurs

Le défi qui l’attend la saison prochaine s’annonce d’un tout autre ordre. Le Borussia Dortmund aime se poser – à raison – en outsider du Bayern Munich, mais il est aussi le premier club européen en nombre de spectateurs (près de 80 000 de moyenne), le douzième en revenus financiers (332,6 millions d’euros annuels selon l’étude «Football Money League 2018» de Deloitte) et le 21e meilleur de l’histoire des compétitions continentales selon un palmarès établi en 2017 par l’UEFA. Il est aussi le dernier club à avoir privé l’ogre bavarois du titre national (2010-2011 et 2011-2012) et s’est hissé en finale de la Ligue des champions en 2013.

Le club de la Ruhr est un authentique poids lourd. Tottenham ne l’était pas encore lors du passage de Christian Gross en 1997-1998. La Lazio avait pour horizon de se qualifier pour la Ligue des champions davantage que d’y briller lors du passage de Vladimir Petkovic avant qu’il ne prenne les rênes de la Nati en 2014. A 60 ans, Lucien Favre entre dans une dimension inexplorée jusqu’ici par les entraîneurs suisses. En soi, c’est déjà un exploit.

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