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Le musée offre une succincte partie historique qui s’attache surtout au développement de la FIFA 
© ENNIO LEANZA

Football

Ludique et un peu superficiel, le nouveau musée de la FIFA évite les sujets qui fâchent

Ouvert fin février à Zurich, le musée ambitionne d'attirer 250 000 visiteurs par an. Mais cet héritage des années Blatter peine à convaincre. Le succès peut-il être au rendez-vous?

Sport le plus populaire du monde, jeu le plus universel, le football est-il si pauvre culturellement? C’est la question que l’on se pose en sortant – assez vite – du musée que lui consacre la FIFA à Zurich. Eclipsé par l’élection deux jours plus tôt de Gianni Infantino, ce musée a été inauguré le 28  février. «C’est une très belle idée de Sepp Blatter, un musée dont il a initié la création», a souligné le nouveau président, sans que l’on sache s’il tenait à rendre hommage à son prédécesseur ou à se dédouaner par avance d’un possible désastre industriel.

Le musée se situe Tessinerplatz, à côté de la très belle gare de Zurich Enge, assez loin des quartiers habituels de la FIFA, de part et d’autre du Sonnenberg. La demande de permis a été déposée en avril 2012. Le projet a coûté 140 millions de francs, dont 30 pour le musée proprement dit. La FIFA a créé une société d’exploitation, FIFA Museum AG, dirigée par Stefan Jost. Sur quatre étages, le musée présente plus de 1000 objets, 1480 images et 500 vidéos. Il comprend un bar, une cafétéria et une bibliothèque contenant près de 4000 ouvrages sur le football.

Objectif: 250 000 visiteurs par an

Sous le règne de Sepp Blatter, la grenouille FIFA s’est mise à se croire plus grosse que le bœuf football. Le projet était lancé mais la nouvelle gouvernance qui prévaut sur les hauts de Zurich impose désormais de faire profil bas. «La difficulté consistait à faire un musée à la gloire du football mondial, pas à celle de la FIFA», reconnaît David Ausseil, le directeur artistique. Coupons la poire en deux: c’est le musée de la Coupe du monde.

La FIFA a annoncé l’objectif ambitieux de 250 000 visiteurs par an (800 par jour). C’est un peu moins que le Musée olympique de Lausanne (300 000 visiteurs par an), mais plus que le Musée national suisse de Zurich qui, avec 230 000 visiteurs en 2015, a battu son record de fréquentation. A Lausanne, l'ancien conservateur (de 1981 à 2001) Jean-François Pahud se souvient que le succès du Musée olympique n’était pas dû qu’à la qualité des pièces présentées. «Deux choses ont fait sa réussite: l’architecture extérieure, et le fait que l’on ouvrait une propriété privée au public. On vient d’abord pour le cadre, avant de regarder ce qu’il y a à l’intérieur.»

Ce mercredi matin, dix jours après l’inauguration, il n’y a pas grand monde. Une douzaine de personnes, en majorité des jeunes hommes, et quelques mamans avec leurs gamins. La première impression est positive. L’ambiance est apaisante, accueillante malgré la dominante de gris, de verre et de métal. Disposés en arc-en-ciel, les maillots des 209 pays qui composent la FIFA sont rangés par couleur. Tout autour, des écrans muraux et une excellente sonorisation restituent l’atmosphère de matchs amateurs captés aux quatre coins du monde. Le ton est donné: c’est très beau, très bien fait, mais cela n’apprend pas grand-chose, à part qu’une équipe nationale sur trois joue en rouge.

La visite se présente sous la forme d’un parcours balisé et guidé. Il n’y a qu’à suivre le sens de la marche, comme dans un magasin Ikea. La partie historique, concise, s’attache surtout à l’histoire de la FIFA. Elle mène au sous-sol où se cache le trophée original de la Coupe du monde. «Notre Mona Lisa», ose David Ausseil. Viennent ensuite les évocations des 24 éditions de la Coupe du monde. Chacune a sa vitrine, les 22 déjà disputées et les deux prochaines, en Russie (2018) et au Qatar (2022). Les scandales récents sont à peine évoqués. On trouve par contre toutes les affiches, toutes les mascottes, tous les hymnes, tous les ballons. On peut revoir des matchs, comme sur YouTube, et même, plus original, jouer au commentateur. Certaines pièces émeuvent, comme le ballon étonnamment rabougri du France-Allemagne de Séville en 1982. Mais le maillot de Chapuisat, l’accréditation de Klose ou le fanion de France-Brésil 1998 impressionneront surtout les collectionneurs.

Flipper géant dans un décor de Teletubbies

Le passage à l’étage supérieur se fait via une salle de cinéma qui propose, toutes les huit minutes, un film sur les finales de Coupe du monde. Le montage, vu et revu 100 fois, est sans intérêt mais prépare à ce qui va suivre. Le premier étage est un fourre-tout dédié à «l’influence du football dans le monde». On y montre des bénévoles, un fétiche vaudou, une imitation en bois de la coupe. L’aspect culturel est expédié en cinq vitrines: une photo de Bob Marley ballon au pied, la licence d’Albert Camus au RU Alger, un Scrabble suédois composant le mot zlatanera (reconnu officiellement par le Conseil de la langue suédoise en 2012). La partie ludique, elle, prend ses aises, sorte de flipper géant transposé dans un décor de Teletubbies. Une dernière installation – une très belle suspension de ballons de fortune (en papier, en osier, en chiffons, en plastic) – est une franche réussite, gâchée par les effluves de pop-corn qui annoncent la sortie, via la boutique Adidas, euh… souvenirs.

David Ausseil réfute l’idée d’un «musée pour les enfants». «Vous pouvez passer une heure ou rester toute la journée. On espère en effet que les enfants vont se régaler, car le contraire voudrait dire qu’on a échoué. Pour autant il n’y a pas de Messi et de Cristiano Ronaldo partout. Franchement, un amateur de football de plus de 15 ans a de quoi passer un très bon moment.» L’historien du sport Paul Dietschy, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Franche-Comté, a visité le musée de la FIFA. Et l’a apprécié. «C’est une réussite, intelligemment pensée compte tenu des défis de ce type de projet. Il peut séduire tous les publics tout en sachant que celui du football ne va généralement pas au musée et que celui des musées n’aime souvent pas le football. L’autre difficulté, c’est de dépasser le stade du vide-greniers, de donner du sens sans tomber dans la volonté systématique d’anoblir son sujet.»

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