La rencontre et la confrontation. L’amour et la violence. La paix et la guerre. Le football a offert, samedi, ce qu’il véhicule de meilleur et de pire en l’espace de quelques heures, au deuxième jour de l’Euro en France. Une affaire de supporters plus que de ballon. D’Albanais et de Suisses qui frayent comme des proches à Lens, de Russes, d’Anglais et de locaux qui s’affrontent comme des ennemis à Marseille.

Le Nord d’abord. Dans une petite ville qui compte moins d’habitants que de places dans son stade de football, les maillots rouges à croix blanche et rouges à aigle noir se retrouvaient aux mêmes terrasses et dans les mêmes rires, patientant jusqu’au match dans la même joie d’être là. Certains portaient les signes distinctifs des deux équipes, la coiffe traditionnelle albanaise et le drapeau suisse, d’autres un t-shirt spécial arborant les écussons des deux pays frères; marqué du nom-symbole de Xhaka forcément. L’aîné Taulant joue pour son pays d’origine, le cadet Granit pour son pays d’accueil. Une fois dans le stade, les positions étaient plus tranchées et la ferveur balkanique sans égal, avec de cruels sifflets à l’encontre des stars suisses d’origine albanaise. Mais les limites de l’acceptable n’ont été dépassées que pour craquer un fumigène. Chacun s’en remettra.

Au Sud, toute autre ambiance. Scènes de chaos sur le Vieux-Port. Batailles rangées dans les rues du centre et les tribunes du Vélodrome. Jets de bouteilles, de chaises, de tout ce qui passe à portée de main. Des ultras russes pour qui l’affrontement est un sport. Des jeunes fans anglais imbibés d’alcool, d’autres plus anciens nostalgiques de la grande époque – révolue – du hooliganisme britannique. Des Marseillais qui s’en mêlent. Des blessés par dizaines.

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Un message fort de l'UEFA

Aux nouvelles angoisses liées au terrorisme reviennent s’ajouter les menaces séculaires de la planète football, celles que font planer les casseurs. Bien sûr, il faut condamner fermement ces agissements et tout faire pour qu’ils ne puissent se reproduire, mais les sollicitations se multiplient. Après Angleterre-Russie samedi à Marseille et Turquie-Croatie dimanche à Paris, trois matches de risque 3 sur une échelle de 4 sont encore à jouer au cours du premier tour et les forces de l’ordre sont déjà épuisées par sept mois d’état d’urgence, depuis les attentats parisiens du 13 novembre. Pour elles, l’Euro sera long et pénible. Les rapprochements entre supporters de nations différentes, les chants et les bières partagées n’y changeront rien. Le pire peut éclipser le meilleur.

L’UEFA a bien compris le danger et a réagi sans tarder. Au lendemain des très violents incidents qui ont entouré le match Angleterre-Russie samedi à Marseille (1-1), l'organisatrice de l’Euro a envoyé un message fort dimanche. Si les violences des supporters des deux équipes devaient se reproduire, elle «n’hésitera pas à imposer des sanctions additionnelles sur les fédérations anglaise (FA) et russe (RFU), dont une éventuelle disqualification de leur sélection du tournoi si de telles violences devaient se reproduire», a-t-elle menacé dans un communiqué.

Justement, la presse britannique craint que la proximité géographique et temporelle entre le prochain match des Russes (mercredi à Lille) et celui des Anglais (jeudi à Lens, à 40 km au sud de Lille) ne soit l’occasion d’un «match retour» entre hooligans. La menace d’exclusion de l’UEFA est indépendante de la procédure disciplinaire ouverte dimanche contre la fédération russe à cause des bousculades et empoignades provoquées par une charge de ses fans dans le stade au coup de sifflet final.

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Les violences dans les rues de Marseille ont fait 35 blessés, dont 7 hospitalisés parmi lesquels trois dans un état grave. Le fan anglais frappé à coups de barre de fer qui était entre la vie est la mort samedi est dans «un état stable», a indiqué dimanche matin la préfecture de région à l’AFP. Dix personnes – des Anglais, un Autrichien, un Allemand, des Français et des Russes – étaient en garde à vue dimanche.

En affichant sa fermeté, l’UEFA veut aussi éviter que les affrontements de Marseille ne fassent tache d’huile. Des bagarres ont impliqué quelques supporters nord-irlandais samedi soir à Nice. De son côté, le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a annoncé dimanche l’interdiction de la vente et de la consommation d’alcool dans les «périmètres sensibles» les veilles et jours de match de l’Euro.