Football

A Lugano, la jeunesse d’un coach à l’épreuve du maintien

Lugano a mis fin samedi à une série de six défaites consécutives en accrochant Thoune (1-1). L’équipe était dirigée pour la première fois par Guillermo Abascal, choisi pour sauver la formation tessinoise malgré l’inexpérience de ses 29 ans

Nommé il y a une semaine à la tête du FC Lugano, Guillermo Abascal a failli réussir un départ parfait samedi au Cornaredo face à Thoune, un adversaire direct dans la lutte contre la relégation. Son équipe n’a concédé l’égalisation qu’à la 82e minute, sur la seule véritable occasion des Bernois (1-1 score final). Si la prestation tessinoise n’a pas été réellement convaincante, elle a le mérite de mettre un terme à une série de six défaites consécutives, qui a vu l’équipe chuter de la 4e à la 9e place du classement de Super League et l’entraîneur Pierluigi Tami se faire licencier. Avec les résultats du week-end – victoire de Sion (1-0 à Lucerne), défaites de GC (1-2 contre Saint-Gall) et Lausanne (1-2 à Bâle dans les arrêts de jeu), Lugano, GC et Thoune comptent 32 points, Sion et Lausanne 31.

Pas sûr toutefois que ce nul inaugural suffise à convaincre les sceptiques quant au choix du nouveau coach. Le profil de l’Espagnol a de quoi surprendre dans l’élite du football suisse: Guillermo Abascal n’a que 29 ans, il vient d’être licencié du FC Chiasso, huitième de Challenge League, et il officiait la saison passée à la tête des moins de 13 ans (!) du FC Séville.

Joie et enthousiasme

Croisé dans les travées du Cornaredo vendredi à la fin de l’entraînement matinal, le président luganais Angelo Renzetti se défendait pourtant de tout coup de folie. «Nommer un nouvel entraîneur à huit journées du terme de la saison et en pleine lutte contre la relégation comporte une part de risque, peu importe son profil. Je ne crois pas que son âge soit un problème, car il a un charisme suffisant pour compenser. Le plus important est qu’il ramène dans l’équipe la joie et l’enthousiasme qui s’étaient un peu perdus ces derniers temps. Pour secouer le vestiaire, je crois qu’il est aussi la bonne personne. Et même pour le futur du club», assénait-il, vantant les «idées nouvelles» amenées par Guillermo Abascal.

L’âge n’a pas d’importance, ce qui compte est de transmettre des idées valides aux joueurs. C’est comme ça qu’on acquiert leur respect.

Steve Rouiller, défenseur du FC Lugano

Celles-ci sont enracinées dans une doctrine qui, en fait, est de moins en moins moderne: celle du FC Barcelone, où il a évolué comme joueur jusqu’à ses 19 ans, âge précoce auquel il décide de raccrocher les crampons pour devenir entraîneur. «Il prône un football alléchant, fait d’enchaînements de passes courtes et de gros pressing à la perte du ballon», confirmait vendredi le défenseur Steve Rouiller, qui est resté sur le banc contre Thoune. A 27 ans, le Valaisan est de la même génération que son nouveau patron. «C’est vrai que son âge a surpris l’équipe au début. Mais on a vu cette semaine qu’il avait une grande connaissance du football, et on oublie très vite qu’il n’est pas plus vieux que nous.» L’intéressé balaie d’ailleurs les réserves liées à sa jeunesse du revers de la main. «L’âge n’a pas d’importance, ce qui compte est de transmettre des idées valides aux joueurs. C’est comme ça qu’on acquiert leur respect.»

Philosophie barcelonaise

Steve Rouiller comptait en tout cas sur l’arrivée d’Abascal pour produire le fameux choc psychologique escompté lors de tout changement d’entraîneur et briser la spirale négative du FC Lugano. «L’équipe joue bien, et on se crée souvent plus d’occasions qu’on en concède. Il ne manque vraiment pas grand-chose pour repartir de l’avant. Derrière Bâle et Young Boys, tout le monde se tient, et la différence se fait dans les têtes», lançait-il.

J’ai essayé d’insister sur trois ou quatre éléments précis cette semaine. Je ne vais pas tout chambouler.

Guillermo Abascal, entraîneur du FC Lugano

Guillermo Abascal est du même avis. Et il estime avoir déjà reboosté le moral des troupes en trois séances d’entraînement. «Je trouve que les joueurs ont à nouveau la tête haute, et qu’ils ont retrouvé le sourire», affirmait-il sans sourciller à la veille du match. Le jeune homme, souriant, sûr de lui et maniant parfois l’humour, sait bien qu’il n’aura pas le temps de tout changer d’ici à la fin de la saison. «J’ai essayé d’insister sur trois ou quatre éléments précis cette semaine. Je ne vais pas tout chambouler.» Contre Thoune, il a joué avec le même 3-5-2 qu’utilisait Pierluigi Tami et six joueurs dans des rôles identiques que lors du match précédent, contre Bâle.

Le nul obtenu samedi n’est pas une mauvaise opération. Mais le baptême du feu n’est pas fini pour Guillermo Abascal. Avec des déplacements chez deux autres rivaux directs dans la lutte contre la relégation (à Sion mercredi et à Zurich contre GC samedi), une semaine à douze points attend son FC Lugano.

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