Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Luka Modric durant le quart de finale Russie-Croatie le 7 juillet 2018 à Sotchi.
© Carl Recine/Reuters

Coupe du monde 2018

Luka Modric, le souci du beau geste

Le meneur de jeu de la Croatie, qui affronte l’Angleterre ce mercredi en demi-finale, fait oublier son implication dans une affaire judiciaire louche en régalant par un football d’une rare élégance

Luka Modric n’a ni les bras colorés de tatouages, ni les cheveux humectés de gel. Sa vie avec Vanja et leurs trois enfants n’a rien de bien rock’n’roll. Dans un milieu du football où l’excentricité s’est faite norme, il a l’extravagance de la simplicité. Cela ne l’empêche pas d’être l’un des meilleurs milieux de terrain qui soient, et un véritable moteur pour les équipes qui l’alignent. Ce n’est pas lui qui prend le mieux la lumière, mais il n’est ni étranger aux trois Ligues des champions consécutives remportées par le Real Madrid, ni au fait que la Croatie disputera ce mercredi une demi-finale de Coupe du monde (contre l’Angleterre, à 20 heures).

Les grands costauds m’as-tu-vu peuvent se faire voler la vedette, comme le ballon, par de petits gars d’apparence tranquille. En Russie, le football international a fait ses adieux avec émotion à Andrés Iniesta (1m71) et souhaité la bienvenue parmi les meilleurs à Ngolo Kanté (1m68). Pendant ce temps, Luka Modric (1m72) continue d’impressionner par son volume de jeu. A 32 ans, il récupère d’innombrables ballons. Il dicte rythme et orientation au jeu croate. Il est capable de temporiser et d’accélérer, de distribuer et d’éliminer.

Destins fracassés

Ses réussites balle au pied n’ont jamais ôté de son visage l’air un peu inquiet du gamin qui s’attend à se faire embêter à la récré. Mais le numéro 10 assure dans les très rares interviews qu’il accorde que rien ne le préoccupe. Qu’il est timide, mais sans complexe. Et s’il fut bien terrorisé pendant son enfance, ce n’était pas l’affaire de chamailleries de gosses mais de bêtises de grands.

Lire aussi: Ivan Rakitic: «Il faut profiter du football»

Le sport offre à certains destins fracassés une opportunité de revanche. Vitrine extraordinaire du parcours de vie de ses participants, la Coupe du monde en Russie a mis en lumière la jeunesse déchirée par la pauvreté du Belge Romelu Lukaku, l’innocence si tôt perdue suite à l’assassinat de son père de l’Anglais Raheem Sterling, la précarité absolue de l’arrivée en Suisse de Xherdan Shaqiri. Comme ce dernier, Luka Modric est un fils de la guerre qui a déchiré les Balkans au début des années 90.

Il a 6 ans quand sa famille doit fuir son village de Modrici à l’arrivée des soldats serbes. Direction la ville de Zadar, à 40 kilomètres de là, où elle survit tant bien que mal dans une chambre d’hôtel. Le petit Luka remplit ses journées d’école et de football, jouant au-delà même des horaires d’entraînement sur des terrains aux alentours desquels s’abattent parfois des obus. Il racontera que dans ce contexte, son père et ses premiers entraîneurs lui auront donné toutes les bases, l’envie de consacrer sa vie au ballon rond, et celle de réussir grâce à lui. «Je pense que ce que j’ai vécu enfant en Croatie m’oblige à ne pas faiblir», disait-il en début d’année dans un entretien publié en Suisse par 24 heures.

L’inspiration des «Flamboyants»

La misère comme motivation. Pour lui comme pour la Croatie. Le pays ne compte que quatre millions d’habitants, près de deux fois moins que la Serbie voisine. Son équipe nationale de football n’a été créée qu’en 1991 mais n’a pas tardé à se faire remarquer sur la scène internationale. En 1998, elle monte sur le podium de sa première Coupe du monde en remportant la petite finale face aux Pays-Bas. Le parcours des «Flamboyants» illumine tout un pays. Le petit Luka rêve alors d’être à la place de Zvonimir Boban, numéro 10 et capitaine d’une Croatie troisième d’une Coupe du monde. Il est aujourd’hui en position de réussir. En cas de victoire contre l’Angleterre, le numéro 10 et capitaine sera même assuré de faire mieux que son idole de jeunesse.

Lire également: La Croatie met fin au rêve russe

Pour en arriver là, il a fait les choses dans l’ordre malgré un contexte particulier. Les heures à taper le ballon par plaisir. Les premiers pas dans un petit club de Zadar. Le déménagement à Zagreb, la capitale, pour rejoindre une structure plus à même d’encadrer un talent vite repéré. Quelques prêts pour s’aguerrir, avant de s’imposer avec la première équipe du Dinamo, puis de prendre le chemin de l’étranger.

Convoité par plusieurs clubs, Luka Modric atterrit à Tottenham, où il disputera quatre saisons avant de rejoindre le Real Madrid pour une quarantaine de millions d’euros, en 2012. Lorsqu’il débarque en Espagne, les observateurs doutent de la capacité de ce petit bonhomme à se hisser au haut niveau d’un des meilleurs clubs du monde. Il leur donnera rapidement tort. Ses entraîneurs Carlo Ancelotti puis Zinédine Zidane ne manquent jamais une occasion de l’encenser.

«Dieu du football»

Ses compatriotes ne sont pas en reste. Pour l’ancien attaquant Alen Boksic, Luka Modric est tout simplement «le meilleur footballeur croate de tous les temps». L’ancien entraîneur Miroslav Blazevic le voit comme «le meilleur ambassadeur de la Croatie dans le monde depuis que le football relie les peuples».

L’éloge le plus enflammé a été publié dans Sportske Novosti, sous le titre «Gospel pour Luka» et la plume de l’ancien international croate Mario Stanic. «Modric ne joue pas au football, il le prêche […]. Ceux qui comprennent n’ont pas besoin de commentaires. Pour ceux qui ne comprennent pas, on ne peut rien faire. […] Il a quelque chose qui disparaît progressivement et qu’on voit de plus en plus rarement sur les terrains, l’humilité footballistique, quand le meilleur joueur ne pense pas qu’à lui quand il est sur le terrain. C’est la pierre angulaire sur laquelle Modric a bâti son sanctuaire pour devenir un Dieu du football.»

Cela ne suffit pas à le mettre à l’abri de la justice des hommes. Hors des terrains, l’image du footballeur a souffert de son rôle dans le procès de Zdravko Mamic, ancien dirigeant du Dinamo Zagreb et décrit comme le «parrain» du football croate, qui a été condamné début juin à 6 ans et demi de prison pour corruption et malversations lors de transferts de joueurs. Luka Modric, lui, a été inculpé en mars dernier pour faux témoignage présumé. Il risque jusqu’à 5 ans de prison.

En attendant le verdict, son visage semble inquiet mais son football prouve qu’il n’est pas si préoccupé. Buteur contre le Nigeria et l’Argentine, étincelant lors des matchs à élimination directe malgré un penalty raté contre le Danemark, il est pour la Croatie une des meilleures raisons de croire que le chemin ne s’arrêtera pas en demi-finale.


Luka Modric en dates

1985 Naissance à Zadar, au bord de la mer Adriatique.

2000 Déménagement à Zagreb, pour poursuivre sa formation au Dinamo.

2006 Première sélection en équipe nationale (il en compte 111).

2008 Transfert à Tottenham.

2012 Transfert au Real Madrid.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL