Ski alpin

L’ultime conquête du Viking Lund Svindal

Pour ses adieux, le Norvégien de 36 ans a remporté la médaille d’argent de la descente des Championnats du monde d’Åre. Un épilogue à la hauteur d’une des plus belles carrières de l’histoire de la discipline

La mer était agitée, l’ennemi était préparé, mais le vieux Viking a mené à bien son ultime conquête.

Samedi après-midi, Aksel Lund Svindal a remporté à 36 ans et pour sa toute dernière course la médaille d’argent des Championnats du monde d’Are, en Suède. Il a terminé à 2 centièmes de seconde de son compatriote Kjetil Jansrud pour offrir à la Norvège un nouveau doublé dans l’épreuve reine après celui réalisé il y a une année aux Jeux olympiques de Pyeongchang. Les deux Attacking Vikings ont juste échangé leurs places sur le podium.

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Les skieurs autrichiens sont réunis au sein de la Wunderteam, l’équipe merveilleuse, pour leur position souvent dominante sur le Cirque blanc. Du temps des succès acquis à la faveur d’une importante prise de risque, les Canadiens se désignaient comme les Crazy Canucks. La Norvège pioche elle dans l’histoire et la mythologie scandinaves pour baptiser ses spécialistes de vitesse. Le surnom est apparu lorsque brillaient Kjetil André Aamodt et Lasse Kjus (retraités en 2007 et 2008), il perdurera bien sûr avec le champion du monde Kjetil Jansrud, mais peut-être ne sera-t-il jamais mieux porté que par Aksel Lund Svindal.

Le bon numéro à la loterie

L’homme est un colosse de 1,95 mètre pour près de 100 kilos, qui est allé arracher chaque brique de l’un des plus beaux palmarès de l’histoire du ski alpin sur des territoires qui n’offrent quelque chose qu’aux plus courageux. Il a remporté 14 descentes et 17 super-G en Coupe du monde, sur les pistes les plus difficiles du monde (Wengen, Kitzbühel, Bormio). Lorsque, fin janvier, il a renoncé à prendre d’assaut la Streif («sa version 2019 est plus forte que la version 2019 de moi-même»), il était clair que sa carrière touchait à son terme. Deux jours plus tard, il annonçait que les Mondiaux d’Are allaient constituer son dernier défi.

A propos de Lindsey Vonn, une autre légende qui prend sa retraite

Il l’a relevé dans des conditions épiques. Le bâton gauche scotché à son gant parce qu’encore convalescent d’une opération à la main. Dans la tempête. La descente de samedi a été raccourcie. Repoussée. Repoussée encore. Et lorsqu’elle a finalement été lancée, bien des voix criaient à l’aberration sportive: quel gâchis d’ainsi tronquer la plus prestigieuse des courses du plus important rendez-vous de l’année… A l’arrivée, le Bernois Beat Feuz (quatrième) a parlé d’une «loterie». Aksel Lund Svindal, lui, trépignait simplement de savoir s’il avait le bon numéro. «J’ai tellement attendu ce moment que j’étais nerveux, j’étais prêt à courir dans n’importe quelles conditions. Je ne voulais pas repousser la course. Il neigeait, mais quand le vent s’est calmé, j’ai trouvé que les conditions étaient les mêmes pour tous, et n’étaient pas dangereuses.»

De sa carrière, il a en conférence de presse déclaré qu’elle avait été «un long et beau voyage». Il a aussi dit que, pour ses adieux, une médaille d'argent, il n'en espérait pas tant, mais qu’en aucun cas elle ne remettait en cause sa décision d’en finir. «Je pense que la retraite est un bon choix. Je suis très réaliste. La décision est prise, je ne veux pas revenir en arrière.»

L’absence d’une mère

Le Norvégien a remporté deux fois le grand globe de cristal du classement général de la Coupe du monde (2007 et 2009). Il a été deux fois champion olympique et cinq fois champion du monde. En rangeant ses lattes, il laisse un peu plus de latitude à ses concurrents dans la lutte pour le podium. Mais pour l’heure, ceux-ci lui tirent leur chapeau – ou plus exactement leur casque ainsi que l’a fait Beat Feuz samedi à Are. Le Cirque blanc parle d’une seule voix pour dire qu’il est quelqu’un de bien. Derrière le corps de guerre du Viking, il y a une âme de paix, que les épreuves ont façonnée sans la faire tourner.

Lorsqu’il avait 8 ans, Aksel Svindal a perdu sa mère Ina, décédée en mettant au monde un petit frère qui ne vivra qu’un an. C’est pour lui rendre hommage qu’il a accolé à son nom son patronyme de jeune fille, Lund. En février dernier, devenu le premier Norvégien champion olympique de descente, il a évoqué sa douleur avec beaucoup de pudeur: «Je peux imaginer que tout ce que j’ai accompli, tout ce que j’ai pu vivre avec mon père et mon frère, ça aurait été mieux si elle avait été là aussi. Alors, tout aurait été parfait. Mais ce n’est pas ainsi que va la vie.»

Comme la plupart des skieurs à très haut niveau, le Norvégien n’a pas échappé aux chutes qui laissent au bout d’une carrière de près de vingt ans le corps bien abîmé. Deux de ses blessures ont particulièrement marqué les esprits. En novembre 2007, il retombe sur le dos à la réception d’un saut lors d’un entraînement en vue de la descente de Beaver Creek (Etats-Unis). Son visage est explosé (fractures du nez et de la pommette droite) et la carre d’un ski manque de peu de toucher l’artère fémorale de sa jambe gauche. Il s’en tire avec une profonde entaille au niveau de la fesse. En janvier 2016, il passe par la classique rupture du ligament croisé lors de la descente de Kitzbühel. A chaque fois, il parviendra à revenir plus fort et à gagner encore.

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Mais la résistance a ses limites. «Aujourd’hui, je ne risque pas seulement de manquer les prochaines courses, mais de ne plus pouvoir aller en mer, de ne plus pouvoir skier avec mon père», disait-il cette semaine à Are. Même pour les Vikings, il y a une vie après les conquêtes.

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