Pour la deuxième année consécutive, la finale de l’US Open aura lieu un lundi (22 h en Suisse/TSR2), «par un bel été indien», annonce le présentateur madré de la chaîne CBS. La programmation était certaine de tomber à l’eau depuis une semaine déjà. Les organisateurs auraient pu décrêter le temps de crise, au nom de la cohérence ou de l’égalité des chances, et modifier l’horaire. Ils ne l’ont pas envisagé.

Depuis trois jours, il pleure dans les cœurs comme il pleut sur la ville (Verlaine), et les qualifiés passent au compte-gouttes, dans des conditions inqualifiables. Bis repetita: l’an dernier, Hanna une tempête tropicale au caractère bien trempé, était passée en coup de vent – mais quel vent. Cette fois, la perturbation est un ouragan qui ne dit pas son nom, et qui, pour manquer d’air, traverse la ville timidement, voire lentement.

CBS aux commandes

Sous un déluge de critiques, la direction du tournoi reste imperméable aux pressions, et réitère son engouement pour le «Super Saturday». Cette tradition est voulue depuis trente ans par la chaîne CBS, afin de muscler les audiences du tennis aux Etats-Unis. Elle consiste à rassembler les demi-finales hommes et la finale dames dans la même journée, un samedi baptisé «Super», avec un certain esprit de synthèse, et vendu à renfort d’intrusions publicitaires.

Il a fallu un cadeau du ciel, une sorte d’intervention providentielle, pour que Rafael Nadal achève son quart de finale samedi, et n’entraîne pas un nouveau report de la finale à mardi. Par «chance», Gonzalez était dans le coltard, et n’a pas marqué le moindre jeu depuis l’interruption du bras-de-fer, jeudi aux environs de minuit, à 7-6 6-6 (3-2). La rencontre était à peine bâchée que, déjà, il se remettait à pleuvoir.

«Les inconvénients sont les mêmes pour tout le monde, élude sportivement Rafael Nadal. Il est clair que, aux vestiaires, personne ne vous défendra le concept du «Super Saturday». Il suffit d’imaginer que j’aie dû disputer la finale de Melbourne au lendemain de mon duel en cinq sets avec «Nando» Verdasco. C’est bien simple: je n’aurais eu aucune chance. Aucune! Mais ici, les télévisions décident de tout. Nous devons l’accepter.»

Les chantres du show déchantent, et comptent leurs pertes sèches. A l’US Open, il n’y a même pas de bâches, faute de canalisations où évacuer l’eau. Le projet de toit amovible, devisé à 120 millions de dollars, sera également ajourné: «Le coût, mais aussi la nature marécageuse du sol, rendent l’opération exagérément aventureuse», sourit Jim Curley, directeur du tournoi.

Vieille tradition

Gordon Smith, directeur exécutif de la fédération américaine, renchérit avec hardiesse: «Il est absolument clair que dans l’absolu, nous souhaiterions disposer d’un un toit. Ne croyez pas que soyons pingres. Aujourd’hui, les bénéfices de l’US Open financent quantité de programmes à travers le pays. Nos adhérants ont besoin de cet argent.»

Jim Curley ne renie pas davantage le principe du «Super Saturday»: «Oui, je suis à l’aise avec cette programmation. Je ne crois pas qu’elle nuise à l’éthique ou qu’elle manque de respect envers les joueurs. Le «Super Saturday», avec ses défauts, est une vieille tradition de l’US Open. Dans d’autres lieux, il est interdit de jouer le dimanche pour ne pas déranger le voisinnage (ndlr: allusion perfide à Wimbledon). Pourquoi devrions-nous renoncer à nos spécificités?»

Pluie qui rase les murs, comme un lâche rampe sans bruit, sans même laisser d’empreintes sur les vitres. Pluie légère, si pesante. En trois jours, Roger Federer aurait presque eu le temps de partir en week-end à Miami, puis de revenir pour la fin. «Nous ne sommes jamais égaux devant la pluie, philosophe Mats Wilander. Néanmoins, ces contrariétés affectent davantage la «classe moyenne», rivée sur des objectifs précis et maîtrisables. Les favoris, eux, ont un horizon plus large. Ils ne s’arrêtent pas à ce genre de péripéties.»

Au players lounge, les patients attendent dans une salle bruyante, parmi les canapés en cuir, les écrans LCD, un restaurant, une salle de repos, et des tablées rieuses. Tous y passent: parents, coaches, agents, journalistes. «S’il doit patienter deux jours dans ce chahut, un joueur perd beaucoup d’influx», admet Mats Wilander. Pluie, pluie, pluie. Tel est le temps qui lasse .