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L’US Open, le Grand Chelem qui prend l’eau

Chaque année, la pluie perturbe le tournoi, au point de renvoyer la finale au lundi depuis quatre ans. Les organisateurs prévoient des rénovations, mais toujours pas de toit

L’US Open a commencé lundi comme il s’était terminé l’an dernier. Sous la pluie. Ici, les années se suivent et se ressemblent. Les tempêtes aussi. En 2011, New York avait attendu Irène dans la paranoïa. Puis subit Hanna. A cause d’elle, la finale de Flushing Meadows avait eu lieu le lundi pour la quatrième année consécutive. Avec elle s’était levé un vent de protestation; une fronde des joueurs contre une fédération américaine (USTA) qui n’en fait qu’à sa tête.

L’édition 2012 a commencé par deux heures d’interruption sous les trombes d’eau. Ici, on ne connaît pas les bâches. Et certains courts annexes sont restés inutilisables pendant une bonne partie de la journée, faute de personnel et de matériel pour les éponger dans les temps. L’ironie de ce scénario est venue apporter la confirmation que, non, rien n’a changé. La colère des grands noms du Circuit – agacés l’an dernier d’être renvoyés sur des terrains encore détrempés après le passage de Hanna – n’aura pas fait couler d’eau sous les ponts, tout au plus de l’encre dans les journaux. Un an plus tard, le tournoi new-yorkais refuse toujours de revoir sa copie et de s’équiper contre la pluie.

Pourtant, l’USTA ne connaît pas la crise. Le 14 juin dernier, la fédération américaine a dévoilé un important projet de rénovation de son National Tennis Center de Flushing Meadows. 500 millions de dollars pour refaire et agrandir deux des principaux courts, le Louis-Armstrong et le Grand­stand. Mais aucune intention de construire un toit. Actuellement, le tournoi voit défiler 700 000 personnes sur la quinzaine. L’objectif est d’augmenter la capacité d’accueil de 10 000 personnes par jour. Le nombre de places sur le Louis-Armstrong passera à 15 000, soit 50% de plus. Et le Grandstand, qui sera déplacé, offrira 2000 sièges de plus, pour un total de 8000.

L’USTA, qui assurera elle-même le financement du projet, a prévu de lancer l’opération à la fin de l’édition 2013 et de l’achever à l’horizon 2018. En attendant, le tournoi pourra continuer de fonctionner normalement. Avec un défi toute de même, vu que le stade Louis-Armstrong sera reconstruit exactement au même endroit. La fédération, qui a déjà investi 500 millions de dollars ­depuis 1978, estime que la restauration des infrastructures est nécessaire pour qu’elles restent compétitives. Ce projet, assure les autorités, constituera un boost pour l’économie locale. «L’US Open est l’un des plus grands événements sportifs de notre ville. Il génère une activité économique de plus de 750 millions par an», assurait Michael Bloomberg, le maire de New York, lors de l’annonce officielle du projet. Selon lui, le tournoi fournit plus de 5000 emplois saisonniers pour les New-Yorkais, soit 40 millions de dollars qui vont directement et indirectement dans la poche d’employés du quartier du Queens.

Mais le dessein avant tout mercantile de ces grands travaux ne convainc pas. «L’US Open idéal serait celui qui débuterait avec l’annonce du remplacement du court Arthur-Ashe, le pire central de tous les Grands Chelems», écrivait une journaliste du New York Times dans l’édition de lundi soir, après le coup d’envoi arrosé du tournoi. «L’Arthur-Ashe idéal aurait un toit rétractable – bien sûr – mais aussi la possibilité de distinguer les joueurs depuis n’importe quel siège sans être obligé d’avoir recours à un télescope. Actuellement, depuis les rangées du haut, on différencie mal Roger Federer d’Ernest Gulbis.»

Alors que même le Central de Roland-Garros sera bientôt doté d’un toit, l’absence de volonté des organisateurs de couvrir le court principal d’un tournoi dont la finale est systématiquement reportée au lundi, depuis quatre ans, en raison des intempéries, irrite fortement le milieu. «Rien ne me ferait plus plaisir que d’avoir un toit», se défend pourtant Jon Vergosen, le président de l’USTA. Ce n’est pas une question de volonté ou d’envie, mais de faisabilité, économique et technique. Nous voulons un toit. Nous en aurons un un jour. Je ne peux juste pas vous dire quand.» Son collègue Gordon Smith, chef d’exploitation, estime que les modifications prévues pour 2018 sont tout aussi importantes et nécessaires. «Nous n’allons pas attendre de pouvoir mettre un toit avant de procéder à ces améliorations.»

Smith concède plusieurs écueils à la couverture de l’immense stade Arthur-Ashe. Le poids est un premier obstacle. Le court a été construit sur une décharge et peut difficilement supporter un poids supplémentaire. La taille XXL du court pose aussi problème et la surface du toit serait largement supérieure à celui du Central de Wimbledon. Enfin, la météo est également un casse-tête pour les ingénieurs. Etant donné le caractère extrême du climat new-yorkais, la température, sous serre, pourrait enregistrer des variations de 15 degrés en 15 minutes. «Cela nécessiterait la mise en place d’un efficace système de circulation de l’air et de refroidissement.» Ces considérations techniques sont perçues par le milieu comme des excuses avancées par la fédération pour continuer de botter en touche et maintenir le caractère archaïque de l’US Open, incapable de protéger ses courts contre les gouttes.

En attendant éventuellement, un jour, de s’aligner sur les autres Grands Chelems et de couvrir leur court central, les organisateurs du tournoi new-yorkais ont décidé de tenter de résoudre une autre source de conflit avec les joueurs, l’épineuse question de la programmation. Pour éviter l’enchaînement demi-finales et finale ­imposé par le concept, télévisuellement payant, du «Super Saturday» (demi-finales hommes et finale dames le même jour), l’USTA envisage d’instaurer le principe définitif d’une finale le lundi.

Ce qui noierait le problème du report répété du dernier round en raison de la météo. Sauf que les joueurs, qui réclament une plus grande part du gâteau des colossaux droits télé, ne sont pas enchantés à l’idée de «bosser» une journée de plus pour les beaux yeux cupides de l’USTA. L’US Open a commencé comme il s’était terminé, sous la pluie et par un désaccord profond entre joueurs et organisateurs.

La finale est systématiquement reportée au lundi, depuis quatre ans, en raison des intempéries

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